[Climato-éthique] Réduire le cheptel bovin sera bon aussi pour la souveraineté énergétique

Dans deux avis parus la même semaine, l’un sur les aides aux éleveurs bovins, l’autre sur la gouvernance des besoins de biomasse, la Cour des comptes et le Conseil économique, social et environnemental parviennent à une même conclusion : il faut réduire l’élevage bovin en France. Mais pas n’importe comment.

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Troupeau de vaches
L'augmentation des surfaces de prairies ne conduit pas à réduire les émissions de GES, si elle s’accompagne d’un cheptel supplémentaire émettant toujours davantage de GES que sa prairie n’en stocke, rappelle la Cour des comptes.

Ce sont deux sujets complexes et clivants. Mais que la nouvelle stratégie française énergie climat (SFEC), en cours d’élaboration, devra traiter, d’autant qu’ils sont liés. La sobriété, l’efficacité énergétique et l’électrification des usages ne seront pas suffisants pour atteindre les objectifs climats de la France. Il faudra aussi s’attaquer à la réduction des émissions de l’agriculture, qui représente 19,8% des émissions domestiques dont 11,8% dus à l’élevage bovin. Mais aussi à la question du fléchage de la biomasse, dont les besoins dans l’industrie et l’énergie doivent augmenter d’au moins 40 %.

Si le gouvernement a bien publié, le 22 mai, des objectifs chiffrés de décarbonation de la France d’ici à 2030 pour atteindre l’objectif de -55 % net de l’Europe, dont 5 % de puits de carbone du plan Fit to 55, on ne sait encore pas comment l’agriculture va réduire ses émissions de 81 à 68 millions de tonnes équivalent CO2 par an d’ici à 2030 et les transports de 129 à 92 MtCO2e/an. Tous les véhicules ne pourront pas être électrifiés. En attendant l’hydrogène et les carburants de synthèse, les transports aériens et routiers moyenne et longue distance vont avoir besoin de biocarburants de deuxième génération, à base de biomasse végétale.

Moins de biomasse pour l'alimentation animale, plus pour l'énergie

La France produit 310 tonnes de matières sèches (MTMS) par an, dont 23 % de graines, fruits et légumes, 25 % de fourrage, 26 % de résidus de cultures et 26 % de bois. Cette biomasse est utilisée à hauteur d'un tiers (110 MtMS) pour  l’alimentation animale, et environ 10% à des fins énergétiques (combustion, méthanisation, biocarburants). Or la SNBC (Stratégie nationale bas carbone) prévoit que d’ici à 2050, c’est près de la moitié de la biomasse qui devra être orientée vers l’industrie et l’énergie. Or la production de biomasse est peu flexible et le sol ne peut pas être exploité n'importe comment, rappelle le Conseil économique, social et environnemental (Cese) dans un avis sur la gouvernance de la biomasse adopté le 24 mai dernier. D'autant que la transformation des usages du sol prend du temps.

Il faut donc faire des choix sur l’usage de terre et de la biomasse qu’elle produit, sans nuire à l’alimentation humaine et au rôle de puits de carbone et de préservation de la biodiversité de l’exploitation des sols. Le Cese préconise donc de réduire la part de la biomasse exportée et de celle dédiée à l’alimentation animale, et donc mécaniquement de l’élevage, bovin surtout. Cela devra s’accompagner d’une baisse de la consommation, pour ne pas continuer d’augmenter nos importations de viande et délocaliser le problème des émissions de la biomasse.

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Changer le mode de subvention aux agriculteurs

Dans un avis portant sur les soutiens publics aux éleveurs bovins du 22 mai, la Cour des comptes arrive au même constat. La France doit «définir et rendre publique une stratégie de réduction du cheptel bovin», pour diminuer ses émissions de gaz à effet de serre mais «en tenant compte des objectifs de santé publique, de souveraineté alimentaire et d’aménagement du territoire». Elle doit aussi mieux accompagner les éleveurs en révisant notamment le système d’aides, «plus individualisées, conciliant les paramètres de performance économique et de performance socio-environnementale». Et changer de politique et d’indicateurs.

Car non seulement le Plan stratégique national de la PAC (Politique agricole commune européenne) élaboré par le ministère de l’Agriculture et de la souveraineté alimentaire «n’aborde pas directement l’enjeu de la réduction du cheptel», mais il retient «certains indicateurs non pertinents» pour mesurer l’effort de l’agriculture dans la lutte contre le réchauffement climatique. L’augmentation des surfaces de prairies ne conduit pas à réduire les émissions de GES, si elle s’accompagne d’un cheptel supplémentaire émettant toujours davantage de GES que sa prairie n’en stocke, rappelle la Cour des comptes. Pour remplacer les énergies fossiles importées par les biogaz et biocarburants nationaux et gagner en souveraineté énergétique, tout en réduisant nos émissions domestiques, mettre davantage de vaches au pré ne va pas suffire. Il faudra aussi changer le contenu de nos assiettes. L'élaboration de la SFEC ne pourra pas se faire sans associer le ministère de l'Agriculture et de la souveraineté alimentaire, et sans une politique climat nationale ne laissant pas les sujets qui fâchent sous le tapis.

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