Chronique

[Climato-éthique] Ne pas confondre sobriété énergétique et électrification

Electrifier notre mobilité, notre chauffage et d'autres pans de l’industrie ne va pas suffire à atteindre la neutralité carbone. Même en construisant 14 réacteurs nucléaires, comme le souhaite Emmanuel Macron, il faudra aussi réaliser d’importantes économies d’énergies pour garantir notre souveraineté énergétique.

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Véhicule électrique recharge
Passer à la voiture électrique et aux pompes à chaleur ne va pas suffire pour sortir des énergies fossiles.

Je dois le reconnaître : un court instant, j’ai pensé que l’idée selon laquelle on ne pourra pas atteindre la neutralité carbone sans sobriété avait atteint le plus haut niveau de l’État français. « Le premier grand chantier est de consommer moins d’énergie, en d’autres termes, de gagner en sobriété », a déclaré Emmanuel Macron le 10 février à Belfort, au début de son discours sur l’énergie. Pour sortir des énergies fossiles d’ici à 2050 afin d’atteindre la neutralité carbone, « nous devons en 30 ans baisser de 40% nos consommations d’énergie », a-t-il rappelé. Un objectif très ambitieux, fixé par la stratégie national bas carbone (SNBC). 

Mais pour l’atteindre, le président de la République, qui appuie la nouvelle politique énergétique de la France sur le rapport « Futurs énergétiques 2050 » qu’il avait commandé en 2018 au gestionnaire de réseau électrique RTE, confond sobriété, effectivité énergétique et électrification. « Ce n’est pas par la décroissance, ce n’est pas par la restriction que l’on arrivera à réduire nos consommations d’énergie. C’est par l’innovation, par la transformation de nos processus industriels », a-t-il insisté. C’est en partie vrai. Avec de l’hydrogène produit par électrolyse et des fours électriques, ArcelorMittal va produire de l’acier bas carbone. Une voiture électrique consomme deux fois moins d’énergie que son ancêtre thermique, et une pompe à chaleur trois fois moins qu’une chaudière au fioul.  

L'électrification ne fera pas tout

Une efficacité énergétique qui permettra de faire une partie du chemin de la réduction de la consommation d'énergie, mais pas d'arriver au bout. D’abord, parce que tout ne pourra pas être électrifié, comme l’aviation et le transport maritime. En 2050, l’électricité ne représentera que 55% de nos consommations d’énergie, contre environ 25% aujourd’hui. Or, les ressources en biomasses ou en déchets organiques pour fabriquer des biocarburants sont et resteront limitées en volume. Sans oublier que les procédés pour produire des carburants de synthèse sont excessivement gourmands en énergie, rappelle l’Ifpen.

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Rien que pour électrifier notre mobilité et nos chauffages et produire l’hydrogène nécessaire pour décarboner l’industrie lourde, il va falloir augmenter d'au moins 35 % notre production d’électricité, sans l'aide des énergies fossiles. Dans u scénario hyperindsutrialisaiotn, retenu par le président de la république, c'est 60% d'électricité en plus qu'il faudra produire pour répondre à une demande de 755 TWH par an, efficacité énergétique (environ 200 TWh selon RTE) comprise. Un vrai défi : non seulement il va falloir construire 90 GW supplémentaires de solaire, 40 GW d’éolien en mer et 18,5 GW d’éolien terrestre en trente ans, mais aussi construire 14 nouveaux réacteurs nucléaires EPR, alors qu’EDF n’a un plan et les ressources que pour six d’ici à 2045 au mieux ! Sans parler des mini-réacteurs nucléaires sur lesquels la France est franchement en retard.  

Sans compter que s'il s'accompagne d'un large développement d'hydrogène, la demande en électricité grimpera encore, à moins d'avoir, comme les allemands, à l'importer. Garantir l’approvisionnement en électricité sans sobriété énergétique semble impossible. Mais une vraie sobriété, celle qui implique que l’on modifie nos habitudes de transport et de logement, voire que l'on produise moins et mieux.

Concilier fin du monde, fin du mois et souveraineté

RTE a d'ailleurs produit un scénario de sobriété permettant de réduire de 90 TWh la demande, qui pourrait se cumuler à celui de réindustrialisation forte pour revenir au scénario de référence de RTE qui table lui  sur une consommation de 645 TWh par an en 2050. Un scénario à étudier d'urgence. « Le sujet du climat ne saurait pas s’arrêter à l’énergie et devra s’étendre à l’ensemble des sujets d’organisation de notre société », écrivent Nicolas Goldberg, expert énergie chez Colombus Consulting  et Antoine Guillou, responsable du pôle Energie et Climat de Terra Nova en introduction de leur très intéressant « Plan de bataille pour le climat qui soit socialement désirable ».  

Pourtant, la crise énergétique qui secoue le monde donne l’occasion aux politiques d’introduire cette idée de nécessaire sobriété pour réconcilier « fin du monde », « fin du mois » et souveraineté énergétique. Les experts de Terra Nova le rappellent : « L’inaction contre les énergies fossiles n’est pas seulement climatiquement explosive : elle l’est également socialement pour les ménages qui souffrent de la précarité énergétique, et industriellement pour les entreprises qui doivent réduire leurs activités pour limiter leurs factures énergétiques ». Pour eux, si « le report de consommation d’énergies fossiles vers l’électricité est inévitable », les économies d’énergie, elles, « seront indispensables ». C’est peut-être le bon moment d’intégrer cette évidence dans les programmes.

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