«Une France qui fait le choix du climat, de son indépendance énergétique et se projette vers le futur : ça se passe aujourd’hui à Belfort», avait annoncé Emmanuel Macron sur son compte Twitter, en amont de son déplacement sur le site GE Steam Power ce 10 février, qui passera en 2023 sous le contrôle d'EDF. Après avoir visité l'usine et rencontré les représentants du personnel et les salariés - leur rappelant notamment qu'il n'était pas ministre mais simple "collaborateur" lorsque le site a été vendu par Alstom à GE -, il a livré sa vision de la stratégie énergétique de la France à l'horizon 2050. Elle s'appuie notamment sur les scénarios "Futurs énergétiques 2050" établis par le gestionnaire de réseau RTE. Voici ce qu'il faut retenir du discours du chef de l'Etat.
14 nouveaux réacteurs nucléaires
C'était l'annonce la plus attendue. Combien de nouveaux réacteurs vont être mis en chantier dans les prochaines années ? Réponse : Six EPR2 (en trois paires), avec l'objectif de démarrer le premier en 2035. Et «des études sont lancées pour 8 EPR2 additionnels», a déclaré le chef de l'Etat. Selon son calendrier, une concertation publique sera menée au second semestre 2022, la révision de la PPE (Programmation pluriannuelle de l'énergie) sera débattue en 2023, avant un démarrage du chantier en 2027 pour une mise en service «à l'horizon 2035». De quoi «donner de la visibilité à EDF» qui construira et exploitera ces réacteurs (le premier à Penly, en Normandie), et préserver «les compétences et les savoir-faire de la filière».
Surtout, l'Etat va demander à EDF de travailler à la prolongation des réacteurs nucléaires existants au delà des 50 ans d'activité. «Aucun réacteur en état de produire ne sera fermé à l’avenir, compte tenu de la hausse du besoin électrique, sauf si des besoins de sûreté s’imposent évidemment». La France consacrera aussi 1 milliard d'euros au développement des petits réacteurs modulaires, les SMR : 500 millions iront au projet Nuward d'EDF, 500 millions sur d'autres types de réacteurs innovants, portés notamment par des start-up.

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... Et en même temps des renouvelables
Emmanuel Macron l'a rappelé : il faudra produire 60% d'électricité de plus qu'aujourd'hui pour répondre aux besoins d'électrification, tirés par la transition énergétique. Et donc son choix sera de «développer tout à la fois les renouvelables et le nucléaire», car «les stratégies uniques sont des impasses», tranche-t-il. «Certains prétendent qu'on pourrait y arriver uniquement avec du solaire ou de l'éolien, ou uniquement avec du nucléaire : aucun expert ne dit que ces schémas sont réalistes et sérieux. Nous n'avons d'autre choix que de miser en même temps sur ces deux piliers. C'est le choix le plus pertinent au niveau écologique, le plus opportun d'un point de vue économique, et le moins coûteux d'un point de vue financier». Le président a admis que la France accusait un lourd retard dans les renouvelables. «Nous partons de loin, il faut le reconnaître. Nous n'avons pas toujours su convaincre de la nécessité de réussir les projets, pas employé la bonne méthode pour surmonter les réticences».
Emmanuel Macron fixe de nouveaux objectifs. La priorité sera donnée au solaire, avec le but de multiplier par dix la puissance installée d'ici à 2050, soit 100 GW au total, « avec un équilibre entre installations au sol et sur les toits». Dans l'éolien en mer, le président veut atteindre une cinquantaine de parcs en 2050, soit un potentiel de 40 GW. Le premier, au large de Saint-Nazaire, doit être mis en service en 2022. Sur l'éolien terrestre, pour apaiser les craintes, le chef de l'Etat s'engage sur un objectif qualifié de «raisonnable». La puissance installée, de 18,5 GW à fin 2021, sera doublée d'ici à 2050 et non d'ici à 2030 comme prévu jusque-là. Il promet surtout (sur ce sujet comme sur d'autres enjeux énergétiques) de mettre en oeuvre une planification territoriale de développement. Il veut laisser aux maires le soin de définir dans leur plan local d'urbanisme où des mâts pourraient être installés.
Emmanuel Macron promet de continuer à investir, pêle mêle, dans les barrages hydroélectriques, les biocarburants, la biomasse et le biogaz « indispensables pour remplacer le gaz et le pétrole», avec l'objectif de 10% de gaz renouvelable en 2030. Des appels à projets seront lancés dès les prochaines semaines pour financer des nouvelles technologies dans les renouvelables, grâce à une enveloppe d'un milliard d'euros.
De la planification
Durant son discours de plus de 45 minutes, Emmanuel Macron a évoqué à plusieurs reprises un besoin de "planification" sur les grands sujets énergétiques. Non sans arrières pensées électorales, puisque le terme fait écho à des propositions de candidats à la présidentielle comme Jean-Luc Mélenchon, Yannick Jadot ou Anne Hidalgo (et même le Medef y est sensible). Le but, selon le président, est de donner de la visibilité aux grandes filières de la transition énergétique, comme l’hydrogène ou les batteries, centrales pour décarboner les usages et permettre des économies d'énergie (la France veut consommer 40% d'énergie en moins en 30 ans). «Ce premier axe d'accompagnement des mutations des industries donnera lieu, dans les prochains mois, à une planification qui permettra de décliner des objectifs clairs, des stratégies réglementaires et des soutiens financiers pour chaque filière», a annoncé le président.
Emmanuel Macron a par ailleurs confirmé que le projet de gigafactory d'électrolyseurs de McPhy à Belfort bénéficiera d'un soutien de l'Etat de 114 millions d'euros, tout comme le projet d'usine de réservoirs à hydrogène de Faurecia à Allenjoie, à hauteur de 246 millions d'euros.



