Un mal pour un bien. La guerre en Ukraine et les problèmes de maintenance sur le parc nucléaire d’EDF auront finalement forcé le gouvernement français à reconnaitre les vertus de la sobriété. Certes, pour l’instant, Élisabeth Borne ne veut rien imposer et ses ministres rappellent dès qu’ils le peuvent qu’ils ne parlent que d’une sobriété choisie, qui n’a rien à voir avec une quelconque décroissance. Le changement de discours serait, il est vrai, radical.
N’empêche que, le 6 octobre, lors de la présentation du plan de sobriété national, Agnès Pannier-Runacher, la ministre de la Transition énergétique, a bien expliqué que la réduction de 10% des consommations d’énergie en deux ans visée par le plan sobriété était « une première marche » vers la réduction de nos consommations d’énergie de 40% d’ici à 2050 pour atteindre l’objectif de neutralité carbone. De 1600 TWh par an, dont 25 % d’électricité, il faudra passer à 930 TWh dont au moins 55 % d’électricité, explique le scénario de RTE sur lequel s’appuie le gouvernement pour sa nouvelle politique énergétique.
La première marche est donc très haute. Collectivement, les foyers, les entreprises, les collectivités locales et les administrations vont devoir réduire de 160 TWh leur consommation. Or « les actions identifiées dans le plan de sobriété énergétique représentent un potentiel de réduction de consommation de l’ordre de 50 TWh », explique Matignon, dont près de la moitié, rien qu’en fixant le chauffage à 19 °C. Avec les 30 mesures d’économies d’énergie et d’efficacité énergétique fixées à l’administration, l’État prendra sa part. Mais cela ne représenterait que 2 TWh.
100 TWh d'économies encore à trouver
Et 50 TWh, c’est à peine un tiers du chemin à parcourir. Certes, le calcul du gouvernement ne prend pas en compte les économies d’énergie que les particuliers seront capables de réaliser de manière pérenne, et pas uniquement cet hiver. L’effet de la campagne de communication « Chaque geste compte » et du bouclier tarifaire, qui va limiter l’augmentation des tarifs d’électricité et de gaz à 15 % en 2023, reste inconnu. De plus, si l'exécutif s’est enfin engagé à suivre et à publier les consommations hebdomadaires de gaz et d’électricité en France en les comparant à l’année précédente, on ne sait rien du suivi des autres énergies, notamment le carburant.
Reste que l’on voit mal comment arriver à réduire de 10 % nos consommations d’énergie en deux ans uniquement avec des mesures de chasse au gaspillage et d’efficacité énergétique. Peut-être faudra-t-il imposer, comme aux agents du service public, de rouler moins vite. en fixant la vitesse maximale à 110 km/h sur les autoroutes. Ou renoncer à certaines activités ou déplacement. Parce que les plus gros consommateurs d’énergie du pays, comme l’armée ou l’industrie lourde, n’ont que peu de marge de manœuvre pour réduire leur consommation, sans réduction d'activité ou changement majeur de leur process de production. Ce qui nécessitera des milliards d’euros d’investissement et prendra beaucoup plus de deux ans. Emmanuel Macron le sait bien. Et il veut vite rencontrer les patrons des 50 plus grands sites industriels et profiter de cette période de crise pour les inciter à « changer (leurs) pratiques productives de manière beaucoup plus rapide».



