« Le parc éolien de Saint-Brieuc n’est ni fait, ni à refaire », pour le secrétaire d’État à la mer, Hervé Berville. Pourtant, ce projet est à plus d’un titre exemplaire. Gagné en 2012 lors du premier appel d’offres d’éolien en mer de 2011 par l’espagnol Iberdrola via sa filiale Ailes Marines, ce projet visait au départ à installer 100 éoliennes de 5 MW au large de la baie de Saint-Brieuc (Cote-d’Armor), réputée pour sa pêche aux coquilles Saint-Jacques. Dès 2012, Ailes marines noue le dialogue avec les pêcheurs et signe une convention avec le comité des pêches local la même année. C’est donc en concertation avec les pêcheurs que, pour minimiser l’impact du parc, le nombre d’éoliennes est réduit à 62 de 8 MW espacées chacune de 1300 mètres au lieu de 1000 mètres.
Impact réduit sur la faune marine et la pêche
La première est à 17 km de la côte à l’ouest du site naturel protégé du Cap Fréhel. Les lignes sont orientées au cap 314’, pour suivre l’axe des courants des marées, Pour minimiser l’impact sur la faune marine, des fondations de type jacket remplacent les fondations gravitaires prévues initialement. Elles seront installées par forage et sans battage, pour limiter la nuisance sonore pour les dauphins notamment.
Contrairement au parc de Saint-Nazaire, gagné lors du même appel d’offres, 100 % des câbles seront ensouillés, pour laisser la possibilité de continuer à pêcher au chalut, aux casiers et aux filets. Ces deux modifications majeures apportent des difficultés techniques supplémentaires, notamment au nord du parc où les fonds sont directement sur la roche. Ces améliorations portent le coût total du projet à 2,5 milliards d’euros, contre 2,2 milliards prévus initialement. Pour indemniser les pêcheurs durant les travaux, une enveloppe de 10 millions d’euros est provisionnée. Durant la phase de construction, qui a débuté en 2021 et finira en 2023, 2 millions d’euros par an seront consacrés à l’étude de l’impact environnemental du parc, avec des études scientifiques inédites sur le stress des coquilles Saint-Jacques et des mammifères marins au bruit et à la turbidité de l’eau liés aux travaux. Au total, 40 millions d’euros seront consacrés aux mesures environnementales sur la totalité de l’exploitation du parc, prévue pour vingt-cinq ans minimum.
Las, comme les autres projets éoliens des deux premiers appels d’offres, les neuf ans d’études complémentaires et de recours ont changé la donne de départ. Les quelques riverains très mobilisés contre le projet ont été rejoints à partir de 2019 par les pêcheurs, alors que toutes leurs demandes avaient été satisfaites, regrette Ailes Marines. Même celle de commencer l’installation des fondations par la partie nord du parc, zone techniquement la plus complexe. Ce qui donnera lieu au dépôt de deux plaintes pour pollution par le bateau chargé des forages. Les responsables politiques locaux, initialement très favorables au projet, les ont aussi suivis. Et le parc a reçu la visite des candidats opposés aux éoliennes aux élections de 2022. Un casse-tête pour Ailes Marines, qui paye les frais de l’impréparation du développement de l’éolien en France et de l’opposition aux renouvelables par les pro-nucléaire, sans bénéficier des soutiens politiques dont bénéficie EDF sur ses parcs.



