Chronique

L’autre leçon du conflit entre pêcheurs et éolien en mer à Saint-Brieuc

[ACTUALISE] Effectuer une consultation en amont du lancement des projets d’éolien en mer, comme cela vient d’être testé pour le parc de Centre Manche, ne va peut-être pas suffire…

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Eolienne mer
Eolienne mer

Interdits de manifestation en mer pour bloquer le chantier, les pêcheurs des Côtes d’Armor se tournent maintenant vers la justice pour stopper la construction d’un parc éolien en mer de 496 mégawatts (MW) à 16,3 km de la cote du site classé du Cap Fréhel et à 33 km du port de Saint-Brieuc. Le 27 août, ils ont saisi le parquet national financier (PNF) pour "délit d'atteinte à l'égalité des candidats dans les marchés publics", aussi appelé "recel de favoritisme", lors de l'attribution en 2012 du marché public du parc éolien en baie de Saint-Brieuc à Ailes Marines, filiale de l’énergéticien espagnol Iberdrola. Selon un article de Mediapart publié le 2 octobre, le PNF a décidé d'ouvrir une enquête préliminaire.

Les avocats des pêcheurs rappellent qu’en avril 2012, le ministère de l’Ecologie et de l’industrie lui a attribué le contrat pour la construction de 62 éoliennes de 8 MW et 205 mètres de haut en baie de Saint-Brieuc, alors que la Commission de régulation de l’énergie avait désigné le consortium d’EDF et Enbridge (Éolien Maritimes France). Pour mémoire, EDF a gagné les trois autres appels d’offres de cette première vague de projets à Saint-Nazaire, Fécamp et Courseulles-sur-Mer.

Consulter, c'est bien...

Comme Iberdrola, EDF a dû faire face à de multiples contentieux, qui ont repoussé à 2019 la construction du premier parc éolien en mer français, à Saint-Nazaire. Sa mise en service est prévue pour 2022. La construction du parc de Fécamp (500 MW, 71 éoliennes à 13 km des côtes) a débuté le 2 juin 2020 et celle du parc de Courseulles-sur-mer (450 MW, 64 éoliennes à 10 km de la côte de Bessin), a été lancée le 21 février dernier. De ces délais, le gouvernement a déjà retenu une leçon : il faut, comme cela vient d’être fait pour le projet de parc de Centre Manche de plus de 1 gigawatt, lancer une consultation en amont de l’appel d’offres avec toutes les parties prenantes. Cela n’empêche pas les oppositions, mais permet de mieux prendre en compte les craintes et les besoins des usages de la mer. Cela permet surtout que les acteurs économiques locaux s’emparent du projet, évitant ce sentiment de décisions prises à Paris tandis que l'impact est local.

Impliquer, c'est mieux

Les Bretons sont déjà très rétifs à tout projet énergétique décidé par autrui. Sans remonter au projet de centrale nucléaire de Plogoff (Finistère) en 1975, on le voit encore avec la construction de la centrale à gaz de TotalEnergies à Landivisiau (Finistère). L’engouement des pêcheurs de Saint-Brieuc pour un projet alternatif de production d’hydrogène en mer avec l’énergie de la houle, dans leur baie, le confirme. Mieux vaut se faire des marins bretons des alliés. Alors que le gouvernement a lancé en début d'année un projet éolien en mer flottant de 250 MW en Sud Bretagne, à l’ouest de Belle-Île-en-Mer (Morbihan), il est urgent de se le rappeler.

La leçon reste valable hors de Bretagne, et ne concerne pas que les pêcheurs. Pour mémoire, pour n'avoir pas été consultée, la Belgique veut faire annuler le projet éolien offshore au large de Dunkerque, en limite de ses eaux territoriales.

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