Économie de la mer : la France a une carte à jouer

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Navire GNL CMA CGM
Le géant français du transport CMA CGM a modernisé les ports de Guadeloupe et de Martinique pour constituer un hub antillais.

En France, 2025 est l’année de la mer. Emmanuel Macron l’avait décidé en 2023, avant de subir quelques tempêtes politiques. Le sujet est donc passé sous les radars médiatiques. Mais cette année thématique est une bonne occasion de mieux connaître ce domaine d’excellence tricolore pour mieux le protéger. Car avant d’être une richesse économique, la mer est d’abord une source de biodiversité et un immense puits de carbone à préserver. C’est aussi l’habitat d’une ressource alimentaire incomparable pour des milliards d’humains et un canal de commerce incontournable : 90% des produits consommés dans le monde passent par la mer.

«La France a une zone maritime de 11 millions de kilomètres carrés, rappelle Nathalie Mercier-Perrin, la présidente de Cluster maritime français. C’est un atout pour sa souveraineté, avec deux colonnes vertébrales. La première, ce sont les ports, à l’origine de tout un écosystème. Le plus gros, celui du Havre, est connecté avec le maritime et le fluvial jusqu’à Paris. La deuxième, ce sont les câbles, qui sont sous-marins à 90% et par lesquels passent nos communications, les ordres bancaires, internet…» En 2023, les activités maritimes ont atteint une valeur de production de 116 milliards d’euros, avec près de 530 000 salariés.

La souveraineté passe par le maritime, avec deux colonnes vertébrales : les ports et les câbles sous-marins.

—   Nathalie Mercier-Perrin, présidente de Cluster maritime français

Quelle part de cette manne profite aux territoires ultramarins, qui concentrent 97% du domaine océanique français ? L’économie marine devrait être un levier de développement majeur pour ces régions parfois maltraitées. En décembre 2024 a été signée la feuille de route de l’économie bleue pour les territoires d’outre-mer. La modernisation des ports de Guadeloupe et de Martinique est en marche, avec un projet de hub antillais porté par le géant français du transport CMA CGM et par l’État. Dans certains cas, la mer est à la fois le problème et la solution. Des algues nocives se transforment ainsi en produits, comme la sargasse, qui peut être un puits de carbone, mais aussi entrer dans la composition de briques, de biocarburant voire de montures de lunettes.

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Un contrat stratégique de filière pour la pêche

Le gouvernement agit sur de multiples fronts pour développer l’économie bleue. En février, au Salon de l’agriculture, Agnès Pannier-Runacher, la ministre de la Transition écologique (dont le large périmètre inclut la mer et la pêche), a présenté la feuille de route pour le développement de la filière algues française. Et a signé le contrat stratégique de filière pour la pêche, avec pour objectifs la souveraineté alimentaire et une pêche durable. «Les logiques de filières doivent favoriser les convergences entre industries, rappelle Philippe Berterottière, le PDG de GTT et président du comité stratégique de la filière des industriels de la mer. Le but est également de  permettre aux plus petites entreprises de se développer et de mener une action sur l’emploi.»

Certains secteurs sont matures, comme le transport maritime et la construction navale civile et militaire ; d’autres sont en développement, comme les énergies renouvelables, l’exploitation des ressources de la mer pour la santé et l’agroalimentaire, la recherche sur les fonds marins… Mais des moyens manquent souvent pour aller plus loin. Aujourd’hui, il existe deux grands chantiers navals – Naval Group et les Chantiers de l’Atlantique – et des constructeurs de petits navires, souvent saturés, mais aucun pour les bâtiments de taille intermédiaire. «C’est une question de politique européenne. L’Europe doit installer des chantiers sur son territoire. C’est la priorité», demande Nathalie Mercier-Perrin. D’ici à 2050, ces chantiers doivent être opérationnels. Une filière de la force vélique est aussi en pleine émergence, parfois sous l’impulsion de grands noms de la course à la voile.

La France, deuxième territoire maritime mondial

Image d'illustration de l'articleCrédit : L'Usine Nouvelle - Source : CMF (chiffres 2023)
Infographie des filières maritimes françaises Infographie des filières maritimes françaises

Un secteur riche en innovations

L’économie de la mer est un secteur riche en innovations. Au-delà de l’éolien en mer, les énergies marines se développent. Sur la décarbonation du transport maritime, l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer (Ifremer) travaille avec une start-up, Bluefins, sur l’énergie de la houle. Ils testent à Brest «une solution disruptive qui peut être complémentaire à la voile et réduire de 15 à 20% la consommation de carburant des navires à moteur thermique», explique Romain Charraudeau, le directeur innovation de l’Ifremer. Il s’agit d’équiper un navire d’un hydrofoil inspiré de la nageoire de la baleine.

L’institut se penche également sur l’aquaculture afin d’améliorer la productivité et de réduire l’impact environnemental. La start-up Bioceanor développe une analyse prédictive de la qualité de l’eau, notamment sur son taux d’oxygène. Les sujets d’étude de l’Ifremer et de ses partenaires sont très variés : un vaccin pour les huîtres, la robotique pour l’observation en mer et une meilleure cartographie des fonds marins, l’IA pour le transport maritime (encore mal utilisée)… Mais les entreprises privées ne sont pas en reste dans la recherche médicale et l’éclosion de nouvelles filières.

La Conférence des Nations unies sur l’océan pour une protection internationale

Si l’innovation fait avancer la protection des océans, menacés par la surexploitation et les pollutions, c’est surtout grâce à une volonté politique internationale que les ressources marines pourront être préservées, tout en misant sur l’économie de la mer. La prochaine Conférence des Nations unies sur l’océan (Unoc-3), coorganisée par le Costa Rica et la France, se tiendra à Nice du 9 au 13 juin. Un projet d’accord sera présenté pour rappeler le lien majeur entre les océans, le climat et la biodiversité. L’Unoc ne pourra ignorer la pollution plastique et abordera les financements, l’exploitation (très controversée) des fonds marins, la protection de 30% de l’espace maritime.

En parallèle, le Traité pour protéger la haute mer et la biodiversité marine (BBNJ), ratifié par le gouvernement français et par une petite vingtaine de pays, avance lentement. Or il faut 60 pays signataires pour qu’il soit mis en application. La France a confirmé son opposition à toute exploitation des grands fonds marins. Une décision jugée beaucoup trop dogmatique par certains industriels. Et trop légère par des ONG de protection de la nature. «On est loin d’un code minier qui garantit la préservation des fonds marins, regrette Rémy Parmentier, l’ancien responsable de Greenpeace International, cofondateur du Varda Group, un cabinet de conseil spécialisé dans le développement stratégique et le plaidoyer. Le principe de la protection des océans doit être la norme, et non l’exception.» 

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Vous lisez un article de L'Usine Nouvelle 3741 - Avril 2025

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