La manœuvre était risquée. Alors que la colère des pêcheurs bretons et normands ne faiblit pas contre le parc éolien en mer en construction en baie de Saint-Brieuc, l’opérateur Ailes Marines, filiale de l’électricien espagnol Iberdrola, a invité début octobre un groupe de journalistes français en Belgique, à Anvers, sur le chantier de la sous-station. Comme le montre EDF sur un projet similaire à Saint-Nazaire (Loire-Atlantique), faire vivre le tissu d’entreprises locales (et le faire savoir !) est pourtant un des paramètres d’acceptation de ce type de projet controversé.
Ailes Marines le sait, et assure que le chantier, qui représente un investissement de 2,4 milliards d’euros, va créer 1 500 emplois, dont 500 en Bretagne, notamment sur le polder de Brest (250 équivalents temps plein) où est construite une partie des fondations. Faute d’infrastructure adaptée, les fondations des éoliennes et de la sous-station électrique sont pour leur part assemblées à Fene en Espagne.
Engagement tenu par Siemens
Mais c’est en Normandie, au Havre (Seine-Maritime), que seront fabriquées les turbines et les pales des 62 éoliennes de 8 MW, dans une usine de Siemens-Gamesa, presque prête à démarrer. Le groupe allemand tient ainsi une promesse du français Areva, qui avait fusionné avec le fabricant d’éoliennes Gamesa avant l’acquisition de ce dernier par Siemens.
Alors que les sous-stations des parcs éoliens en mer d'EDF sont construites à Saint-Nazaire par les Chantiers de l’Atlantique, celle de Saint-Brieuc fait travailler des Belges à Anvers. Sauf que « l’association momentanée », comme disent les Belges, qui pilote ce projet, est composée d'entreprises appartenant à des groupes français.
abarbaux Jusqu'à sept sous-stations peuvent être construites en même temps sur le site d'ex-chantier naval de Hoboken près d'Anvers. Crédit : Aurélie Barbaux
Filiale d’Eiffage, Smulders a la charge de l’architecture, de la conception et de la fabrication de la structure métallique, de l’aménagement et de la mise en service de la sous-station. Elle mesure 21,5 mètres de haut, 53,55 m de long et 31 m de large, et pèse 3 400 tonnes. Les structures métalliques ou jacket, mesurent 60 mètres de haut et pèsent 1 630 tonnes, plus 315 tonnes pour les pieux de 60 mètres de haut. La jacket, réalisée à partir d’acier allemand, est pré-assemblée par Smulders sur un ex-chantier naval de Hoboken, au bord de L'Escaut, près d’Anvers en Belgique. L’assemblage final est réalisé par Heerema à Vlissingen aux Pays-Bas.
David Plas Photography La sous-station de Saint-Brieuc mesure 21,5 mètres de haut, 53,55 m de long et 31 m de large, et pèse 3 400 tonnes. Crédit : Ailes Marines
Equans impliqué dans le consortium
Le site de Hoboken, où sont construites des sous-stations de parcs éoliens en mer depuis 2008, appartient à l’autre membre du consortium, Equans, nouveau nom des activités services d’Engie, notamment Engie Solutions et Engie Fabricom, qui sont en cours de cession. Eiffage est candidat au rachat. Ce site de 118 000 mètres carrés, dont 33 000 mètres carrés couverts, peut assembler sept sous-stations en même temps. Le jour de la visite, il y en avait trop trois en chantier, dont deux à l’extérieur.
Dans le consortium, Equans assure toute la conception, l'installation et la mise en service des équipements électrotechniques moyenne et haute tension, des groupes électrogènes diesel d’alimentation lorsque la plateforme est hors-réseau, et des 150 kilomètres de câbles.
Ailes Marines Les deux transformateurs moyenne et haute tension, de 250 tonnes chacun, ont été installés le 21 août. Crédit : Ailes Marines
Les équipements principaux, transformateurs et disjoncteurs moyenne et haute tension, sont eux fournis par General Electric, mais sont produits en France, à Aix-les-Bains (Savoie) dans l’ex-usine Alstom, devenue GE Grid. L’installation et la mise en service sont contrôlées par un français. Les pièces maîtresses de la sous-station, les deux transformateurs, ont été installées le 21 août dernier. Ils pèsent chacun 250 tonnes, et près de 350 tonnes une fois installés, lorsque les plus de 80 tonnes d’huile qu’ils contiennent ont été injectées.
abarbaux Les disjoncteurs haute et moyenne tension sont fabriqués par GE Grid à Aix-les-Bains (Savoie). Crédit : Aurélie Barbaux
La construction de la sous-station a débuté le 18 décembre 2019 et doit s’achever en mai 2022. À partir de cette date, et suivant les conditions climatiques, la sous-station pourra partir vers la Bretagne pour être implantée sur ses fondations installées en 2021. L’opération est réalisable en une journée. Comme pour tous les parcs éoliens offshore français, c’est le gestionnaire du réseau français RTE, qui s’occupe de la pose du câble de raccordement, entre la sous-station et la station à terre, dont la construction a, elle aussi, commencé.



