Il va falloir s’y faire. Ce n’est pas avec de vieilles recettes que l’Europe atteindra la neutralité carbone en 2050. Le projet final de taxonomie verte, qui reconnaît à titre transitoire le nucléaire et le gaz comme énergies ouvertes aux financements durables, en est un bon exemple. Attendu depuis deux ans, dévoilé finalement le 31 décembre 2021, le compromis trouvé par la Commission européenne prend au mot les défenseurs de l’atome et du gaz comme énergies indispensables à leur pays pour atteindre leur propre neutralité carbone en 2050, malgré leurs impacts environnementaux.
Aux Français, Polonais ou Tchèques qui ont besoin de ce label « taxonomie » européen pour financer la construction de nouveaux réacteurs nucléaires ou prolonger ceux existants, la Commission rappelle par ce texte qu’il faut traiter le problème des déchets et des combustibles usés maintenant, avant de lancer de nouveaux projets, et non après, comme tous les pays pro-nucléaire actuels l’ont fait jusque-là. A l'exception de la Finlande, tous peinent à trouver et valider une solution pérenne de stockage millénaire des déchets le plus radioactifs à vie longue. Sans parler d’en calculer, et provisionner, le coût réel.
Accélérer sur les nouveaux réacteurs
La Commission rappelle aussi au nucléaire européen qu’il est urgent d’investir - comme la Chine qui a pris une sérieuse avance - dans les technologies de quatrième génération, qui permettent de limiter les déchets et de produire de la chaleur décarbonée. Et si elle ne permet des financements verts que pour la prolongation de centrales avant 2040 et pour la construction de nouveaux réacteurs sous réserve d'une validation avant 2045, c’est qu’il y a urgence à remplacer le charbon et à électrifier l’industrie et à produire de l’hydrogène vert afin de décarboner le transport lourd et l’acier. Quand on voit que la France n’envisage pas la mise en service de deux premiers nouveaux réacteurs EPR2 avant 2035-2037, soit dans plus de treize ans, et l’état du parc nucléaire français, dont la prolongation au-delà de 50 ans n’est toujours pas garantie, on comprend les exigences de Bruxelles vis-à-vis de l’atome.

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En demandant de valider et suivre les projets de nouvelles centrales nucléaires, la Commission est peut-être allée un cran trop loin dans l’ingérence énergétique. D’autant qu’elle n’en a pas forcément les compétences et que les autorités de sûreté nucléaire nationales font très bien le travail. De même, en imposant le recours à de nouveaux combustibles résistant aux accidents ("accident tolerant fuel") - qui seraient encore au stade de développement selon la Société française d’énergie nucléaire - Bruxelles semble retirer d’une main ce qu’elle autoriserait de l’autre. Sauf à pousser le nucléaire à se surpasser et à arrêter d’invoquer le temps long nécessaire à cette technologie, incompatible avec l’urgence climatique.
Développer le CCS sur les centrales gaz
Bon fourrier, la Commission est (presque) aussi exigeante avec les gaziers. Les centrales actuelles en émettent plus de 400 gCO2/kWh. En demandant de nouvelles centrales à gaz émettant moins de 270 grammes de CO2eq/kWh produit d’ici à 2030 et 100 grammes de CO2eq/kWh ensuite, Bruxelles va obliger la filière soit à réserver tout le biogaz produit à la production d’électricité, ou à investir massivement dans les technologies de captage de CO2, ce que le secteur n’avait pas vraiment l’intention de faire, évoquant notamment le manque de capacité de stockage ! « D’ici à 2030, on ne sait pas faire 270 gCO2/kwh. Cela ne serait tenable que si ce taux est entendu sur toute la durée de vie de la nouvelle centrale, quand à la fin elle sera intégralement alimentée par du biogaz », explique un expert d’Eurogas, le syndicat européen des gaziers.
En liant la construction de nouvelles centrales combiné gaz à la fermeture de celles au charbon, le texte limite aussi l’accès à des financements verts à certains aux acteurs ayant gardé leurs centrales à charbon et à certains États, comme l’Allemagne, créant une distorsion de traitement. Mais l’objectif de cette taxonomie est de permette de cibler les investissements pour atteindre la neutralité carbone en 2050, pas de bénéficier uniformément au développement des filières gaz et nucléaire. Pour mémoire, le texte est en consultation jusqu’au 21 janvier. Une fois publié, il aura quatre mois pour être adopté, ou non, par vote simple du Parlement européen… Le Conseil européen pourrait aussi s'y opposer, si 20 des 27 États le demandent. Ce qui est peu probable.



