On sait combien va coûter la construction de six EPR 2 par EDF en France. Enfin, presque. Vendredi 18 février, le gouvernement a publié un rapport intitulé « Travaux relatifs au nouveau nucléaire, PPE 2019-2028 ». On peut y lire les « réflexions du gouvernement quant aux conditions techniques et économiques d’une décision de construction de nouveaux réacteurs nucléaires de grande puissance de technologie EPR 2 ». Outre un rappel des raisons invoquées pour relancer un programme nucléaire en France, exposées par Emmanuel Macron jeudi 10 février à Belfort - à savoir atteindre l’objectif de neutralité carbone en 2050 grâce à l’électrification et l’innovation dans un contexte de réindustrialisation forte -, ce rapport présente une synthèse de deux audits externes du dossier d’EDF relatif à la construction de trois paires d’EPR 2.
L’EPR 2 est présenté comme « le nouveau modèle de réacteur nucléaire de forte puissance développé par EDF à partir de l’EPR », intégrant le retour d’expérience des deux unités démarrées en Chine à Taishan, des deux en construction au Royaume-Uni à Hinkley Point C et des deux construits, mais toujours pas mis en service, en France à Flamanville (Manche) et en Finlande à Olkiluoto. Un retour d’expérience destiné à permettre d’améliorer la constructibilité « pour réduire son coût et ses délais de construction ». Mais, à fin 2021, la conception de l’EPR 2, plus standardisée, n’est qu’au stade de basic design. Il reste des dizaines de milliers d’heures d’études à réaliser avant de lancer la construction. Et encore ne seront-elles achevées qu'à 70% ou 75% au démarrage du premier EPR2, a prévenu Xavier Ursat, le directeur du nouveau nucléaire d'EDF. Un progrès. Ces études n'étaient avancées qu'à hauteur de 20% au démarrage de Flamanville.
Le premier EPR au mieux en 2037
« Le programme industriel de construction de réacteurs nucléaires de type EPR 2 n’étant pas encore finalisé, des incertitudes techniques et économiques demeurent », résume d’ailleurs le rapport du gouvernement, qui parle d’une « démarche prudente », d’un « rapport d’étape » et de « travaux devant se poursuive ». D’ailleurs, le deuxième audit de 2021 du tandem NucAdvisor et Accuracy a confirmé celui de BCG de 2019, qui avait fuité à l’automne 2021. Compte tenu de l’avancement du projet, le premier EPR 2 sera au mieux connecté au réseau en 2037, et non 2035, comme annoncé par EDF. Et encore, si le calendrier n’est pas retardé par le processus de consultation et d’autorisation réglementaire, prévient le gouvernement.

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Côté coûts, la construction des trois paires d’EPR 2 (soit 6 réacteurs), qui s‘étalerait sur 25 ans, est estimée en moyenne à 51,7 milliards d’euros, si tout va bien, et à 56,3 milliards d'euros en cas de scénario industriel dégradé, coûts de démantèlement et de gestion des déchets (1,7 milliard d'euros) et provisions pour incertitudes, risques et aléas compris. Ces coûts sont estimés à 6,9 milliards d'euros, soit 16% du coût du programme sans marge. Ils ne prennent pas en compte d’éventuels surcoûts pour la gestion des combustibles usés, qui ne sont pas considérés comme des déchets, et pour lesquels EDF va devoir débourser un milliard pour construire une nouvelle piscine de stockage à la Hague (Manche).
Entre 40 et 115 euros du MWh
Comme c’est le cas pour les coûts donnés pour Flamanville 3 (12,7 milliards d'euros), ce prix s’entend hors coût de financement, un casse-tête pour EDF, mais aussi pour l’État, qui va encore de recapitaliser EDF à hauteur de 2,1 milliards d’euros pour rassurer les investisseurs et pourrait avoir à nationaliser l’entreprise. De ces coûts de financement, dépendront les coûts de production. Selon une première estimation des cabinets d’audit, le coût actualisé du mégawattheure serait de 40 euros pour un coût de capital de 1%, de l’ordre de 60 euros du MWh pour un coût du capital de 4%, et de l’ordre de 100 euros du MWh pour un coût du capital de 7%. EDF retenant un taux de disponibilité de ses EPR 2 de 88%, contre 82% pour le parc actuel avant 2014 et à peine 70% actuellement. En cas de scénario industriel dégradé avec un coût de capital de 8%, le coût grimperait à 115 euros du MWh, ont calculé les auditeurs de NucAdvisor et Accuracy.
Des chiffres qui ne veulent finalement pas dire grand-chose. « À ce stade, EDF n’ayant pas remis d’offre engageante et certains sujets restant ouverts avec les autorités de sûreté nucléaire et de sécurité, le chiffrage du programme comme son calendrier ne peuvent être totalement stabilisés », tranche le gouvernement. Mais pas de panique, « les incertitudes, qui peuvent être de nature à faire évoluer les coûts et les délais, sont normales à ce stade du projet ». Pour le coût, EDF pourra toujours s’arranger avec Bercy. Mais pour les délais, au regard de l’état actuel du parc nucléaire français et du peu d’entrain des Français vis-à-vis des renouvelables, aucun dérapage ne serait supportable pour assurer la sécurité d’approvisionnement.



