[Climato-éthique] Ce qu’il manque aux programmes d’Emmanuel Macron et Marine Le Pen pour répondre à l’enjeu climatique

Présents au deuxième tour de l'élection présidentielle, Emmanuel Macron et Marine Le Pen ont une approche différente vis-à-vis des énergies renouvelables. Mais ils promettent tous les deux de construire de nouveaux réacteurs nucléaires. Ils ne proposent en revanche rien pour réduire les consommations.

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Emmanuel Macron et Marine Le Pen mettent l'accent sur la construction de nouveaux EPR, mais ne prévoient rien dans leurs programmes pour réduire la consommation finale d'énergie.

Trois ans ! C’est le temps qu’il reste au monde pour agir concrètement et avoir une chance de limiter la hausse des températures sous les 2°C en 2100, comparé à 1990, clament les experts du Giec. Les promesses de l’accord de Paris, même si elles étaient mises en œuvre, ne suffiront pas. Décarboner la production d’électricité est indispensable, mais ne suffira pas non plus. Il faut aussi, dès à présent, réduire les consommations d’énergie et de produits et services à forte empreinte carbone, comme les transports aériens et routiers. Et même en France, avec son électricité déjà largement décarbonée. Considérées comme impopulaires, ces mesures de sobriété ne figurent dans aucun des programmes des deux finalistes à l’élection présidentielle, Emmanuel Macron et Marine Le Pen.

Tous les deux misent au contraire sur la construction de nouveaux réacteurs nucléaires pour répondre à l’enjeu de transition énergétique, mais avec une approche différente. En matière de transition énergétique, le président-candidat s’appuie sur un bilan en demi-teinte. La réduction de 12% des émissions de gaz à effet de serre en cinq ans qu’il met en avant est en deçà des objectifs. Mais il peut mettre à son crédit d’avoir inscrit en 2019 dans la loi l’objectif de neutralité carbone en 2050, le développement d‘une filière batteries pour véhicules électriques, et un plan industriel pour l’hydrogène décarboné de 9 milliards d’euros. Il a aussi refinancé la rénovation énergétique des bâtiments, mais sans oser s’attaquer à la réduction des consommations.

14 EPR et des renouvelables pour Emmanuel Macron

Dès 2018, Emmanuel a décidé de faire du nouveau nucléaire un sujet de la campagne présidentielle de 2022. Mais ce n'est que fin 2021 qu'il a annoncé sa volonté de construire 14 nouveaux réacteurs EPR en France, en lançant l’étude immédiate pour huit et un SMR. De quoi laisser encore cinq années aux opposants aux énergies renouvelables pour bloquer en France leur développement, et l'obliger à prévoir une loi d’exception de dernière minute pour lever les freins afin de multiplier par dix la puissance solaire et déployer 50 parcs éoliens d’ici à 2050.

Il va en effet falloir aussi beaucoup de renouvelables pour électrifier notre économie et notre industrie dans le scénario technologique de forte réindustrialisation qu’a choisi Emmanuel Macron pour la France. Construire 14 réacteurs nucléaires ne suffira pas, d’autant que le premier des futurs EPR ne serait pas mis en service avant 2037, et que la disponibilité du parc nucléaire actuel vieillissant, au plus bas cette année, ne va cesser de décroître.

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La fin de l'éolien et 20 EPR chez Marine Le Pen

Marine Le Pen rejette, elle, toute notion de sobriété, expliquant dans son programme qu’elle « ne fera pas beaucoup avancer la cause climatique en consacrant ses moyens à la décroissance et à la baisse du niveau de vie ». La candidate d'extrême-droite mise sur la technologie et le nucléaire pour répondre à l’enjeu climatique et électrifier une industrie, qui passerait de 10 à 20% du PIB en France. Une réindustrialisation massive qui créerait un besoin de 250 TWh d’électricité supplémentaires et porterait la consommation finale à 940 TWh en 2050, contre environ 750 TWh dans les scénarios de RTE, sur lesquels se base Emmanuel Macron.

Marine Le Pen veut faire disparaître l'éolien, en stoppant tous les projets en cours et les subventions, jusqu’à démanteler progressivement les machines installées, à la charge des installateurs. La représentante du Rassemblement national mise tout sur le nucléaire et un peu sur l’hydraulique. Faisant fi des limites industrielles exprimées par la filière, elle veut rouvrir la centrale de Fessenheim (Haut-Rhin), prolonger tous les réacteurs à 60 ans et lancer « la construction de 5 paires d’EPR dès 2022 pour une livraison à partir de 2031, et 5 paires d’EPR2 pour une livraison à partir de 2036 ».

Pas de sobriété en vue

Complété par l’installation de SMR à partir de 2031, son programme doit permettre d’installer 1 600 MW de puissance nucléaire moyenne (soit un EPR) par an de 2040 à 2060. Si elle est élue, le projet Astrid sera relancé, avec pour objectif la mise en service d'un prototype industriel en 2030. A cette échéance, la France produira dans le même temps un million de tonnes d’hydrogène vert, notamment avec une usine pilote vers Gravelines (Nord). Pour financer cette réindustrialisation et les infrastructures nécessaires de train, de réseaux d’eau et d’énergie, Marine Le Pen propose un Fonds souverain français qui mobilisera l’épargne des Français.

Pour être mis en œuvre dans les délais, le programme de la candidate du RN ne pourra s’encombrer d’aucune concertation citoyenne. Comme celui de son rival Emmanuel Macron, il ne dit rien non plus des pistes de la nécessaire réduction de 40% notre consommation d'énergie finale d'ici à 2050, sachant que l'électrification ne fera pas tout.

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