Cinq questions sur le blocage de l'usine hydro-électrique EDF de Grand’Maison

Le 21 janvier, la CGT a annoncé la "reprise en main" de l'usine hydro-électrique de Grand'Maison (Isère), la plus puissante de ce type en France. EDF et les syndicats nous éclairent sur l'impact de cette action.

Réservé aux abonnés
Barrage Grand'Maison EDF isère
En service depuis 1988, le barrage de Grand’Maison est installé à près de 1 700 mètres d’altitude, dans le vallon du torrent de l’Eau d’Olle.

“Il va faire tout noir !” C’est l’avertissement lancé mardi 21 janvier par le syndicat CGT-FNME. Le secteur de l’énergie connaît de multiples actions depuis le début de la semaine. Coupures de courant, barrages filtrants devant les sites d’EDF ou même blocages… L’importante centrale hydro-électrique de Grand’Maison en Isère fait partie des sites visés. De quoi soulever des questions sur l’impact du mouvement social pour le réseau électrique.

Pourquoi l’usine de Grand’Maison est-elle bloquée ?

Les mouvements sociaux dans le secteur de l’énergie s’inscrivent dans l’opposition au projet de réforme des retraites. Mercredi 22 janvier, la contestation a atteint le 49e jour de mobilisation. Avec le secteur des transports, l’énergie fait partie des plus mobilisés.

Quelques 140 000 salariés, travaillant principalement chez EDF et Engie, pourraient être concernés par la fin du régime spécial des industries électriques et gazières (IEG). Malgré un recul de gouvernement sur l’âge pivot, plusieurs syndicats comme la CGT continuent de demander le retrait pur et simple du projet de loi.

Vos indices
Indices & cotations
Tous les indices

Quels sont les autres sites visés ?

Depuis le 20 janvier, Enedis a constaté plusieurs coupures d’électricité, notamment au siège parisien de la CFDT, syndicat réformiste favorable à un système de retraites universel. Mardi 21 janvier, le gestionnaire du réseau électrique a aussi constaté une important coupure en Île-de-France, autour d’Orly et Rungis dans le Val-de-Marne. Elle aurait concerné 35 000 clients selon Enedis qui a annoncé vouloir porter plainte.

Hormis le barrage de Grand’Maison, la Fédération nationale des mines et de l'énergie (FNME) liste d’autres cibles industrielles : blocages aux plateformes Serval d’Enedis-GRDF “qui fournissent le matériel pour les chantiers et les interventions” à Bordeaux (Gironde), Caen (Calvados), Champigneulles (Meurthe-et-Moselle), Gennevilliers (Hauts-de-Seine), Ploërmel (Morbihan) ; ralentissements aux terminaux méthaniers d’Elengy à Fos Cavaou (Bouches-du-Rhône) et Montoire (Loir-et-Cher) ; barrage filtrant devant la centrale nucléaire de Gravelines (Nord).

Pourquoi l’usine de Grand’Maison est-elle si importante ?

En service depuis 1988, le barrage de Grand’Maison est installé à près de 1 700 mètres d’altitude, dans le vallon du torrent de l’Eau d’Olle. Avec une installation de 1 800 MW, la centrale hydro-électrique est la plus puissante de France. Elle regroupe en réalité deux usines, dont celle visée par la CGT d'une puissance de 1 600 MW. En comptant ces deux sites, elle représente 9 % du parc hydraulique français exploité par EDF.

La CGT a annoncé la “reprise en main” de l'usine depuis 6h55 le 21 janvier. “Avec une météo favorable à la consommation électrique, ce site devient donc capital pour maintenir le réseau”, estime le syndicat CGT Energie Isère dans un communiqué. “Les grévistes avec la CGT se sont installés en piquet de grève reconductible pour une durée indéterminée ; ils décideront dans les jours qui viennent des suites à donner au mouvement”, ajoutent les manifestants.

L’action menée au barrage aura-t-elle un effet sur l’approvisionnement en électricité ?

Du côté des syndicats comme d’EDF, on relativise l’impact de la “reprise en main” de la centrale de Grand’Maison sur l’approvisionnement en électricité. Tout d’abord parce que ce n’est pas l’objectif des grévistes. “La cible, ce ne sont certainement pas les usagers, argumente auprès de L’Usine Nouvelle Fabrice Coudour, délégué syndical CGT à EDF Hydro Alpes. Le piquet de grève tient la production entre ses mains. L’effet est d’avoir un rapport de force où nous tenons l’équilibre du réseau. Quand cela est nécessaire et que le réseau est en difficulté, nous fournissons les mégawatts qui sont nécessaires.”

“Sur le réseau électrique, il existe des messages de sécurité. Quand il reste très peu de marge de mégawatts, en grande responsabilité nous décidons de respecter les messages. Nous ne voulons pas que le réseau se casse la figure mais nous voulons être entendus”, poursuit Fabrice Coudour.

De la même manière, un porte-parole d’EDF nous précise que le mouvement social “se déroule dans le calme”. “La sécurité des personnes, la sûreté de l’installation ainsi l’équilibre entre l’offre et la demande d’électricité sont garanties en continu, conformément à la réglementation en vigueur”, ajoute-t-il.

EDF mentionne également le dispositif interne des “notes Benat” et “notes Daurès” (les noms font référence à d’anciens directeurs de la production et de la distribution). Etablies depuis 1989, celles-ci garantissent “que la production d’électricité disponible puisse garantir l’équilibre du réseau”. Avec ces notes, EDF peut faire appel à des salariés, y compris chez les grévistes, pour garantir la continuité de la fourniture d’électricité.

Jusqu’à quand va durer le mouvement social à Grand’Maison ?

Le projet de réforme des retraites doit être présenté vendredi 24 janvier en Conseil des ministres. Le mouvement à Grand’Maison devrait se poursuivre au moins jusqu’à cette date, en attendant d’éventuelles annonces du gouvernement. Au barrage isérois ou ailleurs, “la détermination est très présente pour aller jusqu’au retrait du projet de loi”, selon le délégué syndical CGT.

Abonnés
Le baromètre de l’énergie
Prix de l’électricité et du gaz, production nucléaire, éolienne et hydraulique… Notre point hebdo sur l’énergie en France.
Nos infographiesOpens in new window
Newsletter La Quotidienne
Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.