Chute du marché de la bière, les malteurs trinquent aussi

Boortmalt, Malteurop ou Soufflet font état de volumes en baisse depuis le début des mesures de confinement. La fermeture des cafés, bars et restaurants a affecté les ventes des brasseurs, et donc celles de ces fabricants de malt qui fournissent les ingrédients de la bière.

Réservé aux abonnés
Malt - Germination de l'orge
Les malteurs ressentent déjà l'effet de la forte baisse de consommation de bière hors foyer, engendrée par le confinement et la fermeture des bars.

En France, les volumes vendus de bière ont chuté de 35 % en mars, suite à la fermeture des cafés, bars et restaurants et à l’arrêt des événements. Une mesure de précaution généralisée dans plusieurs pays, qui ne fait pas les affaires des fabricants de malt.

"Cela fait quatre semaines que nous voyons le marché changer. La quasi-totalité de nos clients brasseurs revoient leurs commandes, parce que la consommation ralentit en raison de la disparition du marché on-trade. Ce sont des livraisons qui ont été décalées dans le temps ", indique le PDG de Boortmalt, Yvan Schaepman. L’entreprise, filiale de la coopérative française Axereal, est le premier malteur mondial avec 26 usines et 1 000 collaborateurs).

La restauration hors-foyer représente en moyenne 40 % de la consommation mondiale de bière, avec des disparités en fonction des pays. "Nous accusons naturellement une baisse des commandes de la part de nos clients brasseurs, en lien bien sûr avec la fermeture de la restauration hors-foyer depuis la mise en confinement de plus de la moitié de la population mondiale. Le timing est extrêmement négatif, car il intervient juste au démarrage de la saison estivale, propice à la production et à la consommation de bière", regrette-t-on chez Malteurop (filiale de Vivescia), qui ne communique pas ses chiffres pour l’heure.

Des réductions de capacités

Vos indices
Indices & cotations
Tous les indices

En avril-mai-juin, Boortmalt prévoit des tonnages vendus en baisse de 25 %. En fonction des sites, le groupe a adopté un mode dégradé, soit en réduisant la cadence, soit en produisant de plus petites quantités à la fois. Une dizaine d’usines sont passées en 2x8 au lieu du rythme habituel en 3x8. Un ralentissement est envisagé en mai en France et à Anvers (Belgique), où se trouve la plus grande malterie au monde. En Australie, le recours à la prise de congés a été déployé. Les multiples tâches de maintenance ont, à date, permis d’éviter le passage en chômage partiel. " Nous pourrions nous intéresser à tout l’arsenal de mesures proposées par chaque gouvernement, tout en privilégiant l’emploi du personnel ", précise Yvan Schaepman.

Même constat chez Malteries Soufflet. Sur les 27 usines du groupe, dont 8 en France,  25 continuent de fonctionner. L’usine britannique de Burton est arrêtée temporairement. En Inde, la demande gouvernementale de fermeture des industries a induit un arrêt de la malterie, tandis que la collecte d’orge se poursuit. Malgré une " forte baisse " du marché, la malterie brésilienne de Soufflet poursuit ses opérations. En Allemagne, le marché domestique est moins affecté, tandis que l’export est en chute, notamment vers l’Italie et l’Espagne.

La chute du grand export compte tenu de la fermeture de nombreux ports à l’international, la réduction importante de l’activité des artisans brasseurs et la réduction de la demande des grands brasseurs ont affecté la demande. " Cette réduction, qui représente plusieurs dizaines de milliers de tonnes, nous a conduits à ralentir la production de plusieurs usines en mars et avril et débouchera vraisemblablement sur l’arrêt temporaire de certaines unités à partir de mai ", explique le groupe. Ces arrêts seront mis à profit pour procéder aux opérations de maintenance des outils.

La reprise, déjà attendue

Certains pays ont déjà fixé une date de réouverture des cafés-bars-restaurants, d’autres non – la France n’a pas encore tranché. "Après la crise, les consommateurs vont revenir sur la bière, un produit plaisir et peu cher", pense Yvan Schaepman. "La demande repartira lentement à la suite des déconfinements progressifs. A long terme, nous estimons que la consommation de bière ne devrait pas être trop affectée", analyse-t-on chez Soufflet, où l’on assure se tenir prêt à fournir les quantités nécessaires.

Moins de difficultés se posent quant aux débouchés chez les fabricants de whisky. Boortmalt fait seulement état d’un léger ralentissement de l’activité en Ecosse, essentiellement lié au manque de personnel dans les distilleries, ainsi qu’à un manque de bouteilles ayant pénalisé certaines entreprises.


Le commerce de l’orge brassicole pâtit aussi de la fermeture des bars et cafés

Le 15 avril, l’établissement public France AgriMer a abaissé de 45 000 tonnes, d’un mois sur l’autre, ses prévisions d’utilisation d’orges brassicoles par les malteurs, réduites à 255 000 tonnes. A l'export vers l'Union européennee, les prévisions de ventes d’orges en grain ont été revues à la baisse de 60 000 tonnes en un mois, pour atteindre 3,7 millions de tonnes (Mt) au terme de la campagne commerciale le 30 juin prochain. Les prévisions d'exportations d’orges en direction des pays tiers (hors Union européenne) ont quant à elles été rehaussées à 3,6 Mt (+ 100 000 tonnes). Le 10 avril, 3 Mt avaient déjà expédiées, dont 1 Mt vers la Chine et 0,7 Mt vers l’Arabie saoudite.

 

Newsletter La Quotidienne
Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.
Les webinars
Les services L'Usine Nouvelle
Détectez vos opportunités d’affaires
Trouvez des produits et des fournisseurs