En dépit de la crise actuelle, la filière française des céréales résiste. Preuve s’il en est par les dernières prévisions d’exportations de blé tendre publiées par France AgriMer : au rythme actuel, elles atteindraient un niveau record de 13,2 millions de tonnes (Mt) en direction des pays-tiers à l’issue de la campagne commerciale 2019-2020, en hausse de 36,5% sur un an. Entre les mois de février et de mars, le chiffre a été revu à la hausse de 3,9%. "Les prix des blés français restent toujours extrêmement compétitifs par rapport aux autres origines", rappelle Marc Zribi, chef de l’unité Grains et sucre de l’établissement public.
A la date du 10 avril, plus de 10 Mt avaient déjà été exportées. Les professionnels ont dû résoudre plusieurs défis logistiques. Les flux ont été peu impactés par la réduction des horaires de fonctionnement des écluses. En revanche, pour les transporteurs routiers, le manque d’infrastructures sanitaires s’est fait ressentir. Plusieurs usines ont mis en place des locaux spécifiques à leur intention. "Nous prenons à notre charge les coûts de transport supplémentaires, notamment quand il y a des retours à vide", assure Jean-François Loiseau, président de l’interprofession Intercéréales. Les acteurs comptent sur la reprise du BTP et des carrières pour résoudre ce problème. La réduction du nombre de chauffeurs a également engendré des difficultés ponctuelles.
Pour les quantités acheminées par train, les professionnels se félicitent de l’écoute leur ayant été apportée par les opérateurs et SNCF Réseau. En aval de la chaîne, "tous les organismes stockeurs se sont organisés pour que les agriculteurs puissent continuer à travailler. La plus grosse inquiétude, c’est le froid et le sec que l’on va avoir au printemps après un hiver très humide", indique Benoît Piétrement, président du conseil spécialisé Grandes cultures de France AgriMer.

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Malteurs et meuniers font grise mine
Tous les indicateurs ne sont pas au beau fixe pour autant. L’utilisation d’orges par les malteurs reculerait de 7% entre les campagnes 2018-2019 et 2019-2020. La baisse de 35% des ventes de bière en mars n’y est pas étrangère. "Avec la fermeture des cafés, bars et restaurants, il y a de facto une forte baisse de la demande de bière en France. La baisse du tourisme jouera aussi", souligne Marion Duval, adjointe au chef de l’unité Grains et sucre. De fait, la mise en œuvre des quantités dans les malteries est réduite de 45 000 tonnes de moins en France, mais la bonne compétitivité des orges françaises sur le marché international permet d’entrevoir une hausse des utilisations totales de grains de 15,4 %, à 10,9 Mt.
Autre denrée sensible actuellement, la farine. "Je suis consterné quand je vois qu’on vend dans des grandes surfaces de la farine par paquets de 10 kg, ce qui n’est pas très civique et ne correspond pas aux comportements de consommation, de surcroît trois fois plus cher qu’en temps normal !", s’insurge Jean-François Loiseau. Pour les meuniers, la farine en sachets ne représente que 5% des 3,9 millions de tonnes de farine consommées par an. Leur principale préoccupation concerne la chute de 50% des ventes enregistrées dans les boulangeries artisanales depuis le début du confinement – ce segment assure les marges les plus importantes aux meuniers.
Le blé dur sauve la mise
Du côté du blé dur, "avec une hausse soudaine des ventes en grandes et moyennes surfaces de pâtes, la semoulerie a été fortement mobilisée depuis le début de la crise sanitaire", souligne France AgriMer. Les mises en œuvre de grains par les semouleries françaises ont été revues en hausse de 40 Kt d’un mois sur l’autre, sous l’effet d’une hausse de la demande et d’une reconstitution des stocks. "La fin de campagne peut très bien se dérouler, il y a les stocks qu’il faut", rassure Jean-François Loiseau.



