Chronique

[Chronique RH] Les nouvelles fractures du télétravail

Gare à ne pas faire du télétravail la solution miracle pour résoudre tous les problèmes posés aux entreprises. A la sortie de la pandémie, une application rapide et non réfléchie pourrait créer de nouvelles fractures entre les entreprises et au sein d'entre elles. 

Réservé aux abonnés
télétravail
Télétravail, du rêve au cauchemar ?

Une étude réalisée par Viavoice/les Temps nouveaux pour Radio Classique et les Echos révèle que l'avenir du télétravail ne sera pas le même selon la taille de l'entreprise. La probabilité de pérenniser le télétravail après la crise du Covid croît avec la taille de l'entreprise. Et l'écart est significatif. Seulement 23 % des dirigeants d'entreprises comptant de 20 à 99 salariés répond positivement à ces questions. Dans les entreprises de plus de 1000 salariés, la proportion de dirigeants prévoyant de continuer à pratiquer le télétravail atteint ... 80% !

Marque employeur

Un tel écart pourrait bien avoir un impact sur le recrutement et la rétention dans les années qui viennent. Si on a dans un premier temps surestimé l'attrait du télétravail, les études se suivent et montrent globalement que les salariés qui y ont goûté souhaitent pouvoir continuer à y recourir, au moins un jour par semaine. Que se passera-t-il quand, au moment de changer de poste, ils découvriront que leur futur employeur est fermé au télétravail ? Répondront-ils seulement à une offre qui ne mentionne pas la possibilité de travail à distance ?

D'ores et déjà, on entend des cadres qui se sont organisés au cours de la dernière année, dire sans hésiter, qu'ils démissionneront si ils n'obtiennent pas dans le futur d'autant de télétravail qu'ils le souhaitent. Des paroles aux actes, il y aura sûrement un chemin, d'autant plus long que la situation économique en sortie de pandémie sera détériorée. Reste que les entreprises qui décideraient de ne pas bouger parce que la peur de la conjoncture sidère les salariés gagneront peut-être à court terme... et qu'elles devraient en profiter pour prendre les mesures indispensables pour se transformer. 

Fracture générationnelle

Une autre facture pourrait apparaître au sein des entreprises. Les études d'opinion montrent une moins grande appétence des plus jeunes en faveur du télétravail, contrairement à ce qu'on aurait pu penser intuitivement. On peut cependant faire quelques hypothèses à ce sujet. Résidant dans des appartements plus petits, parfois en colocation, il est assurément plus difficile de travailler depuis son domicile, notamment dans les grandes villes, où l'on trouve les plus grosses cohortes de jeunes cadres et diplômés. Ensuite, pour les plus jeunes, le travail est le lieu où on retrouve sa bande de potes/copines. La socialisation comme à l'école mais dans le monde du travail. Seul à la maison, le travail a d'un coup un côté moins attractif (il est où le fun, il est où ?). 

Le risque est donc grand que dans de nombreuses entreprises, direction et élus du personnel (qui sont rarement des salariés juniors) signent des accords pour organiser le télétravail. Les quadras et les quinquas apprécieront cette vie nouvelle assurément deux ou trois jours par semaine. Les plus jeunes, eux, continueront d'aller dans l'entreprise, où ils seront seuls. Pour peu qu'on ne l'anticipe pas - en prévoyant que certains jours les uns et les autres se retrouvent- c'est aussi une partie de la transmission qui pourrait bien ne plus se faire.

Le refus français du télétravail d'avant le Covid était incompréhensible. La conversion parfois pour de mauvaises raisons (plus de télétravail c'est moins de bureaux donc moins d'argent à sortir) au télétravail pourrait aussi avoir des résultats négatifs inattendus. Les solutions magiques n'existent pas. La meilleure solution est souvent celle qui minimise les différents inconvénients. 

Newsletter La Quotidienne
Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.