Voilà plus de six mois que la Commission européenne a signé un premier contrat d’achat de vaccins. Le 13 mars, pourtant, l’institution a jugé bon de publier une nouvelle déclaration, clarifiant un peu plus son rôle dans la campagne de vaccination. Cette déclaration faisait suite à des accusations adressées à la Commission par l’Autriche, la République tchèque, la Bulgarie, la Slovénie, la Lettonie et la Croatie, selon lesquelles les vaccins contre le Covid-19 seraient répartis inégalement entre les vingt-sept pays membres de l’Union européenne.
Car c’est bien au niveau européen que se jouent la commande et la répartition des vaccins. En juin 2020, la Commission s’est en effet proposée de négocier des accords d’achats anticipés directement avec les entreprises pharmaceutiques, au nom des États membres. L’idée est de mobiliser des fonds européens (2,7 milliards d'euros au total) pour investir massivement dans le développement des vaccins avant même d’avoir les résultats des essais cliniques pour s’assurer des doses en nombre suffisant et au plus vite.
Qui reçoit quoi ?
Pour l’heure, la Commission a passé six accords d’achats anticipés et quatre ont abouti : quatre vaccins se sont révélés efficaces et ont obtenu, de l’Agence européenne des médicaments et de la Commission, une autorisation de mise sur le marché conditionnelle : celui du groupe américano-allemand Pfizer-BioNTech, en décembre 2020, puis, en janvier 2021, celui du fabricant américain Moderna et celui, désormais très controversé, du groupe britannico-suédois AstraZenecca. Et enfin, le 11 mars, celui mis au point par la société pharmaceutique Janssen Pharmaceutica NV, filiale belge de l’Américain Johnson & Johnson.
La Commission avait initialement proposé que les doses des vaccins approuvés soient attribuées au prorata de la population de chaque État membre. "Une solution équitable, étant donné que le virus frappe de la même manière partout dans l’UE", commente-t-elle dans la déclaration publiée le 13 mars. Les États, cependant, en ont décidé autrement : pour les six accords d’achats anticipés, les gouvernements nationaux ont permis que les doses puissent être réparties différemment. En tenant compte des besoins de vaccination de chacun. Ils ont adopté un système permettant à un État de renoncer à certaines des doses qui lui revenaient au prorata, afin que ces doses soient redistribuées entre les autres États membres intéressés et qu’une nouvelle clé de répartition puisse être décidée.
Vaccination et fabrication
Le rôle de la Commission européenne s’arrête-t-il là ? C’est en tout cas, en partie, la défense avancée par les porte-paroles de l’institution. Ces derniers rappelaient encore, le 12 mars, que les plans de vaccination sont définis au niveau national. C’est également aux États membres qu’il revient de passer commande aux entreprises, sur la base de la clé de répartition arrêtée au préalable. Et "c’est aux entreprises qu’incombe la responsabilité de fournir les doses", a martelé, à plusieurs reprises devant la presse, le porte-parole de l’institution Eric Mamer. "Globalement, nous avons sous-estimé la difficulté liée à la production de masse", avait, pour sa part, reconnu la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, devant les eurodéputés, le 10 mars.
L’institution compte aujourd’hui sur une multiplication par deux du nombre de doses de vaccins disponibles dans l’UE, pour atteindre un total de 300 millions de doses d’ici la fin du mois de juin. Un objectif ambitieux compte tenu de l’interruption, dans une dizaine d’États dont la France, du recours au vaccin d’AstraZeneca - moins coûteux et plus facile à conserver - et au vu des retards de livraisons qui s’accumulent. La Commission a demandé à son commissaire Thierry Breton, chargé du marché intérieur et de la politique industrielle, de travailler à l’examen des points de blocage.
L’institution européenne a, par ailleurs lancé, fin février 2021, un programme baptisé HERA, visant notamment à soutenir financièrement les entreprises lorsqu’elles devront adapter leur vaccin aux nouveaux variants, à raccourcir les procédures d’autorisation de mise sur le marché ou encore, à améliorer la certification des lignes de production des vaccins.
Erreurs au niveau européen
Une interview du vice-président de la Commission, Frans Timmermans, parue le 14 mars dans le journal allemand Der Taggesspiegel, et affirmant que des "erreurs ont été commises lors des commandes de vaccins", a toutefois ravivé les souvenirs des erreurs stratégiques commises par Bruxelles en janvier. Alors qu’AstraZeneca était soupçonné d'avoir privilégié ses livraisons au Royaume-Uni au détriment de l'Union européenne, la Commission s’était vu reprocher son absence de transparence dans la conclusion des contrats ainsi que son manque de fermeté vis-à-vis des entreprises.
Depuis, un mécanisme - dont l’application a été prolongée le 11 mars - a été mis en place afin de permettre à l’Union de contrôler les exportations vers des pays tiers des doses de vaccins produites au sein de ses frontières, afin que celles destinées aux Européens ne leur échappent pas.
Toutes les entreprises produisant des vaccins dans l'Union doivent donc désormais notifier leur volonté d'exporter des vaccins vers des pays tiers. 249 demandes d'exportations vers 31 pays ont déjà été déposées. Une seule demande aurait été refusée. Quant aux doses livrées en Europe depuis décembre 2020, elles seraient pour l’heure de 26 millions, selon les données avancées par Mme von der Leyen la semaine dernière, pour un total de 17 millions d’Européens vaccinés.



