Trois en Allemagne, deux en Italie, deux encore aux Pays-Bas, un autre en Estonie… et un dernier en France. La course aux terminaux méthanier flottants ou FSRU (pour floating storage and regasification unit) est lancée en Europe, dans un contexte de déclin des importations d’hydrocarbures russes. L’Union européenne continue de diversifier ses approvisionnements en gaz et se tourne vers d’autres fournisseurs comme le Qatar, les Etats-Unis, l’Egypte et même Israël. Mais trouver des ressources de gaz est une chose, en importer en est une autre. Alors que les terminaux méthaniers hexagonaux sont saturés, le gouvernement a confirmé le projet, dévoilé en mars, d’installer un terminal méthanier flottant dans le port du Havre (Seine-Maritime) qui permettra de couvrir 10% de la consommation française de gaz.
Aucune décision d’investissement n’a été prise, mais elle ne saurait tarder. «Dans les prochaines semaines», assure le ministère de la Transition écologique. Cela semble être une simple formalité après que la Première ministre, Elisabeth Borne, en visite au centre de commande national de gaz de GRTgaz en Ile-de-France, a confirmé l’installation dans le port du Havre (Seine-Maritime) d’un FSRU. Ce type de navire est capable de regazéifier du gaz naturel liquéfié (GNL) pour ensuite l’injecter sous pression dans le réseau gazier. Le port du Havre, autrefois hôte d’un terminal méthanier, Antifer, a rapidement fait l’unanimité pour accueillir sous 15 mois ce FSRU.
Le quai de Bougainville privilégié pour le FSRU
Trois sites sont officiellement envisagés pour accueillir la barge flottante. Ils ont été éprouvés selon une multitude de critères (acceptabilité locale, distance par rapport au réseau de transport, problématique environnementale…). Selon les informations de L’Usine Nouvelle, c’est le quai de Bougainville, situé en plein cœur du port, dans un bassin à niveau constant, qui tire son épingle du jeu. Une convention d’occupation temporaire devrait être conclue prochainement. Le site de Bougainville est bien situé par rapport au réseau de transport de gaz (entre 0,5 et 3,5 kilomètres). Cette proximité avec les infrastructures de gaz existantes devrait faciliter son raccordement au réseau de gazoducs.
La Commission de régulation de l’énergie (CRE) a récemment donné son accord à GRTgaz, le gestionnaire du réseau de transport, pour procéder à des travaux de raccordement. La CRE garde un droit de regard sur le financement du projet, qu’elle devra approuver. De son côté, la filiale d’Engie indique que «les travaux devraient débuter à l’automne 2022, pour une mise en service prévue pour l’été 2023». Mais ne s’étend pas davantage sur le sujet. Selon nos informations, entre 20 et 30 millions d’euros seront débloqués pour agrandir le réseau de transport jusqu’au navire.

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3 Avril 2026
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Une capacité de 5 milliards de mètres cubes par an
La barge flottante pour décharger et regazéifier le GNL devrait, elle, être fournie par TotalEnergies, dont on dit qu'il est «à la manoeuvre» sur ce projet. L’énergéticien français dispose de deux FSRU, le Neptune et le Cape Ann. Si le premier a un temps été envisagé pour venir mouiller au Havre, le second, actuellement en Chine, pourrait être finalement disponible à partir de l’automne 2022. Long de 283 mètres et doté d’une capacité de 145 000 m3, il serait en mesure d’importer 45 térawattheures par an, soit 5 milliards de mètres cubes par an. A titre de comparaison, la consommation française en gaz s’élève à 45 milliards de mètres cubes par an.
Les discussions se poursuivent entre TotalEnergies, Haropa Port, l’agglomération du Havre, la Direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement (DREAL) de Normandie et le ministère de la Transition Ecologique. Il est encore nécessaire pour les acteurs du projet de s’assurer d’être en règle sur de multiples sujets, comme le respect des règlements portuaires, l'usage d’appareils à pression, ou encore le transport de matières dangereuses…
«L’objectif, c’est d’avoir une installation complète avant l’hiver 2023-2024, car c’est là que ce sera le plus utile pour la sécurité d’approvisionnement du territoire français», affirme un connaisseur du dossier. Le calendrier s’annonce serré. Elisabeth Borne a promis un plan d’accélération et «une simplification des procédures», ce dernier volet devant être inscrit dans la loi pouvoir d’achat, dont le vote est prévu cet été. La même source affirme que «quelques évolutions réglementaires sont à mettre en place, et il va y avoir besoin d’un appui du gouvernement sur le timing parce qu’il est nécessaire d’aller plus vite que sur des projets classiques».



