Une fine silhouette, un débit de mitraillette, des yeux qui pétillent et une force de conviction qui s’impose. On ne s’étonne pas que cette jeune ingénieure des Mines, précise et volontaire, ait réussi à convaincre les financiers d’investir plus de 40 millions d’euros en 2023 dans son entreprise H2air, un producteur d’électricité renouvelable. Des financements «non dilutifs», dit-elle fièrement.
Dans cette activité fortement capitalistique et de long terme, puisqu’il s’écoule souvent huit ans entre le début d’un projet de parc éolien ou solaire et sa mise en production, le financement est le nerf de la guerre. Roy Mahfouz, le fondateur de H2air, société créée en 2008, lui a confié, à 29 ans, la direction générale déléguée de l’entreprise, chargée des finances. Aujourd’hui âgée de 32 ans, elle pilote l’entreprise en binôme avec un autre directeur général délégué, lui au développement. Entrée en 2015 dans une entreprise de 15 personnes, elle gère aujourd’hui les finances, l’informatique et les process d’une organisation dont le nombre de collaborateurs a été multiplié par dix.
Dates clés
- 2009 Diplômée de Mines ParisTech
- 2015 Entre chez H2air comme analyste financière
- 2022 Devient directrice générale déléguée de H2air
Après son premier poste d’analyste financière, elle s’attaque au financement des parcs en montant une équipe dédiée, avant de prendre également en main le financement corporate. En réalité, comme elle l’explique, elle a longtemps été «couteau suisse». «Je montais le business plan des projets, rencontrais les investisseurs, construisais le réseau des auditeurs et avocats, négociais les contrats de fournitures de turbines…» Une situation qui n’est pas pour lui déplaire, elle qui a découvert, lors de son année de césure à San Francisco, dans une filiale de Total-Energies, l’effervescence entrepreneuriale de la côte Ouest. Mais aussi la lourdeur des grandes entreprises, et surtout que son destin se jouerait dans les énergies renouvelables.
Faire grandir ses collaborateurs
Élevée dans un petit village près de Lens, elle estime que cette expérience l’a ouverte à la diversité culturelle. «Aux États-Unis, j’ai rencontré des gens qui avaient déjà monté trois boîtes à 20 ans. Mon diplôme d’ingénieure généraliste des Mines n’impressionnait personne. On me demandait : tu es ingénieure, mais en quoi ?» Ni une, ni deux, la matheuse bosse pour obtenir un diplôme de «chartered financial analyst». De retour en Europe, dont elle préfère le modèle social à l’ultralibéralisme américain, elle embauche à Berlin dans la PME H2air, où elle pressent qu’elle aura un large rayon d’action. Elle vit encore dans la capitale allemande et se déplace toutes les deux semaines en France, au siège amiénois ou dans d’autres antennes régionales.
Ses deux plus grandes fiertés ? Savoir expliquer son business model aux financiers et faire grandir les collaborateurs. Lucie Juhué, recrutée pour la remplacer aux financements de projets, la décrit comme quelqu’un qui «partage son savoir et accorde une grande confiance aux gens, même s’il faut parfois canaliser son flux de créativité.» Pour gérer mille sujets, elle priorise. «Dans ma tête, j’ai des boîtes que j’ouvre et referme tout au long de la journée.» Pendant son temps libre, Camille apprécie la randonnée, les dîners entre amis et la lecture. «J’adore la montagne», s’enthousiasme-t-elle en vantant les beautés qui attendent le randonneur au refuge le plus haut d’Europe, la Capanna Margherita, qui culmine à 4500 mètres dans les Alpes. De quoi prendre de la hauteur.
L'œuvre qui la caractérise
Le livre High Exposure de David Breashears
«Parce que j’adore la montagne et que cet alpiniste et réalisateur d’un film Imax sur l’Everest incarne la persévérance face à l’adversité.»



