C’est le bon moment pour supprimer les subventions aux fossiles, selon le Haut conseil pour le climat

Alors que des acteurs économiques font pression sur le gouvernement pour remettre à plus tard l’application de normes environnementales, le Haut conseil pour le climat dégaine un rapport pour intégrer sans attendre le climat dans le plan de sortie de crise .

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"Il est essentiel de placer les enjeux climatiques au cœur des stratégies post-crise", pour Corinne le Quéré, la présidente du Haut conseil pour le climat.

Chez les routiers, dans l’aéronautique, le bâtiment ou le secteur de la pêche, on va s’étrangler… "C’est le bon moment pour supprimer les subventions aux fossiles. Alors que les prix du pétrole sont au plus bas, cela aura moins d’impact", a lancé Corinne Le Quéré, la présidente du Haut Conseil pour le climat, le 21 avril lors de la présentation à la presse du rapport "Climat, Santé : mieux prévenir, mieux guérir".

Auto-saisie du HCC 

Un rapport non sollicité par le gouvernement, alors que le HCC a été créé pour évaluer les politiques climatiques du gouvernement, pas pour les dicter. "On s’est auto saisis", reconnaît Corinne Le Queré. Pour la présidente du HCC il ne fait en effet pas de doute que "la crise sanitaire aura un impact sur les capacités de la France à répondre aux enjeux climatiques".

Elle ne croit pas si bien dire. Dès le 3 avril, le Medef envoyait un courrier à la ministre de la Transition écologique Elisabeth Borne demandant un "moratoire" sur l’application de la loi du 10 février contre le gaspillage et pour l'économie circulaire, en raison de la crise du coronavirus. Dans une note, l’Association française des entreprises privées (Afep), qui rassemble 113 grandes entreprises françaises, réclame de son côté de reporter d'un an la révision de la directive sur les émissions industrielles de CO2.

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Impact du CoVId-19 sur les politiques climat

Les conséquences du confinement, et son cortège de baisse de consommation dans tous les secteurs, jouent aussi en défaveur des politiques climatiques. À commencer par la dégringolade des marchés du pétrole. "Le signal prix sur les énergies fossiles ne nous aide pas du tout, pointe Corinne Le Quéré. Un pétrole beaucoup moins cher réduit la compétitivité des énergies renouvelables." Sans parler de la baisse des revenus des taxes du pétrole, fléchées vers le développement des énergies renouvelables en France. Elle serait de l’ordre de 1,5 milliard d’euros selon une note de France Stratégie. Or combiné à une chute des prix de marché de l’électricité de 50 euros le mégawattheure (€/MWh), a environ 20 €/MWh durant le confinement, le soutien aux énergies renouvelables coûterait trois fois plus cher.

La même logique s’applique au gaz et au soutien au biométhane. De quoi revoir les feuilles de route énergie et neutralité carbone de la France ? Élisabeth Borne assure que non : "La crise que nous traversons, en dépit de sa violence, ne remet pas en cause les priorités du gouvernement en matière de transition écologique et de décarbonation des différents secteurs économiques". Pour preuve, le décret de la programmation pluriannuelle de l’énergie et celui de la stratégie nationale bas carbone ont été publiés le 23 avril.

Faire rimer relance et neutralité carbone

Pas de quoi complètement rassurer les experts du Haut conseil pour le climat. "Dans la précipitation, le risque c’est un retour au monde d’avant, à ce que l’on sait faire, à ce qui est confortable", craint Corinne Le Quéré. Pour elle et tous les membres du Haut conseil pour le climat, il ne faut surtout pas faire comme après la crise de 2008 et "investir dans des secteurs qui nous verrouillent dans le fossile, comme l’automobile". "Il est essentiel de placer les enjeux climatiques au cœur des stratégies post-crise", martèle-t-elle. "Toute perspective de relance doit suivre la trajectoire fixée dans la loi énergie climat" de novembre 2019 et "les mesures de sortie de crise doivent s’inscrire dans la feuille de route neutralité carbone", précise-t-elle encore.

Comment ? Le rapport "Climat, Santé : mieux prévenir, mieux guérir" liste 18 recommandations au gouvernement pour intégrer l’urgence climatique mais aussi tirer les enseignements de la crise en la comparant à celle de 2008-2009. Le HCC propose notamment de prioriser les actions qui contribuent à une "relance qui doit être verte et pas grise. Trop d’investissements gris ont été faits suite à crise de 2008", par exemple en bénéficiant aux voitures thermiques avec des investissements dans les autoroutes. Or "ces investissements gris ont des effets de long terme", rappelle Corinne Le Quéré.

Les vulnérabilités aggravées par les inégalités

L’analyse des crises amène aussi les auteurs du rapport à un double constat : "La catastrophe sanitaire rappelle de façon brutale notre fragilité et le peu d’attention aux signaux d’alerte". Or "si on néglige d’entendre les alertes des experts du climat, comme pour les pandémies, on sera dans un monde avec des impacts effroyables", rappelle Corinne Le Quéré. L’autre constat clé du rapport est que les inégalités aggravent les vulnérabilités.

Le rapport préconise donc de "renforcer les systèmes d’alerte précoce au sein d’un cadre international fort", de "compléter l’indicateur de l’exposition aux risques climatiques d’indicateurs de vulnérabilités spécifi­ques" et de "réduire les inégalités sous-jacentes pour renforcer la résilience" des organisations. Cruciale dans la gestion de la lutte contre le changement climatique, la question des inégalités fera par ailleurs l’objet d’une section plus approfondie dans le rapport annuel du Haut conseil pour le climat qui sera remis au gouvernement à la fin juin 2020.

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