Enquête

Bricolage, piscine... Quand la crise sanitaire dope le marché de la rénovation

Confinés à domicile, les Français sont nombreux à avoir souhaité embellir, agrandir ou réorganiser leur espace de vie. Des aspirations qui profitent aux industriels des matériaux et du bâtiment.

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L’industrie du bois a tiré profit du regain d’intérêt des Français pour le do it yourself.

À Lamballe-Armor (Côtes-d’Armor), l’arrivée d’une nouvelle machine à raboter, prévue fin juin, est attendue avec impatience par les 80 salariés de Protac, une PME spécialisée dans la deuxième transformation du bois en produits pour l’habitat. L’engin permettra de soulager les équipes, épuisées par un rythme de travail intense depuis un an avec un passage en 3 x 8.

« Nous sommes assaillis de demandes de toutes parts, et avons été ralentis par des problèmes de capacités. Nous avons travaillé certains dimanches, mais on ne peut pas demander plus aux hommes », reconnaît Claudie Maindron, la directrice commerciale de protac. « Nous ne pouvons pas nous plaindre, mais entre les heures supplémentaires, les embauches d’intérimaires et les réorganisations de plannings, l’irritation monte », abonde Jean-Luc Guéry, le président d’Inoha, l’association qui fédère les industriels du nouvel habitat.

La cause de cet afflux de demandes ? L’incroyable rebond du marché du bricolage. Celui-ci a atteint 31 milliards d’euros en France en 2020, en hausse de 13 %. Les grandes surfaces de bricolage (67 % du marché) ont vu leurs ventes physiques progresser de 6,5 %, les négoces de 4,2 % et les pure players de 84 %. Le leader du secteur, ManoMano, affiche un taux de croissance de 100 % sur l’année, à 1,2 milliard d’euros de volume d’affaires. Un sursaut né du premier confinement, au printemps 2020. Après une brève période d’effroi pour la profession, les mois de mars et d’avril étant ceux de l’ouverture de la grande saison des travaux, la filière a constaté combien les Français confinés développaient une brusque envie de prendre soin de leur habitat. L’obligation de rester chez soi, un surcroît de temps, l’annulation de dépenses de loisirs, le besoin d’aménager des espaces de travail à son domicile et le retour du « do it yourself » ont constitué autant d’éléments porteurs pour le secteur.

Le boom du bricolage

  • 31 milliards d’euros de ventes sur le marché du bricolage en 2020
  • 200 milliards d’euros d’épargne collectée en France (estimation à fin 2021)
  • 7,72 milliards d’euros de chiffre d’affaires pour Leroy Merlin, premier distributeur, en 2020

Source : FMB

Les industriels touchent du bois

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« La crise sanitaire a fléché les dépenses vers des solutions simples à mettre en œuvre », commente Juliette Lauzac, chargée d’études au cabinet Add Power. Aux côtés de l’outillage (+ 28 %), le rayon peinture, droguerie et colles a vu ses ventes en grandes surfaces de bricolage progresser de 28 %, signant l’inversion de tendance pour une catégorie jusqu’alors en érosion. Un segment porté par les peintures et enduits extérieurs (+ 27 %) et les produits de traitement du bois (+ 20 %). Les ventes de panneaux et planches en bois ont, elles, gagné 10 %. « Une scie, des vis, un peu d’huile de coude : c’est simple et les gens voient tout de suite le résultat », confirme Sébastien Cossin, le PDG de Norsilk, spécialisé dans l’usinage et le traitement de bois nordiques. La PME normande a connu un mois de mars record cette année, avec des ventes supérieures de 40 % aux prévisions établies en 2019.

La forte demande que nous connaissons depuis un an nous a amenés à revoir l’organisation des flux dans notre production.

—  Yoann Arrivé, PDG de Concept Alu

« Après le premier confinement, nous avons dû accompagner nos clients face à une demande massive avec, sur certains produits, des volumes multipliés par trois ou quatre. Un fait consécutif à un arrêt de l’outil industriel, sans aucune visibilité sur la durée de ce phénomène mondial qui perdure aujourd’hui », rappelle Benjamin Bodet, le directeur général du groupe ISB. Malgré le ralentissement du bâtiment, le leader des solutions en bois pour la construction a conclu l’exercice 2020 avec un chiffre d’affaires en hausse de 12 %, à 230 millions d’euros. Au premier trimestre 2021, malgré de nouvelles restrictions, les ventes ont grimpé de 35 %. Un chiffre qui monte à 46 % pour les produits rabotés.

Les Français ont aussi exprimé des envies d’évasion… dans le jardin. Ceux qui le pouvaient se sont massivement équipés de piscines. En 2020, le nombre de bassins privés livrés a bondi de 27,5 %. « L’épargne supplémentaire des Français les a sans doute aidés à investir dans la piscine et dans leur patrimoine immobilier familial », avance Joëlle Pulinx-Challet, la déléguée générale de la Fédération des professionnels de la piscine. 

La France, premier marché pour la piscine

La France en est le premier marché européen, avec 1,47 million de piscines enterrées (70 300 unités supplémentaires en 2020) et 1,48 million de piscines hors-sol (126 500 unités de plus l’an passé). Le budget moyen d’une piscine est d’environ 24 000 euros. Fait nouveau, les industriels travaillent désormais toute l’année, là où historiquement les usines produisaient massivement jusqu’au début de l’été avant de tourner au ralenti. 

« L’habitat est devenu le lieu de tous les jours, abonde Yoann Arrivé, le PDG de Concept Alu, fabricant vendéen de vérandas, pergolas et abris de piscine, dont les ventes se sont appréciées de 30 % en 2020. La forte demande que nous connaissons depuis un an nous a amenés à revoir l’organisation des flux dans notre production, à investir dans l’humain et dans l’outil industriel. » À défaut de piscine et de jardin, ceux qui habitent en appartement ont surtout cherché à échapper à leurs voisins. À l’intérieur, les protections phoniques pour les cloisons et le GR32, une référence de laine de verre semi-rigide revêtue d’un surfaçage kraft, ont constitué les meilleures ventes du leader de l’isolation Isover, filiale de Saint-Gobain.

Reste à former les nouveaux bricoleurs. Après avoir placé la stratégie réseaux sociaux au sein de son service marketing, en France, le fabricant allemand de vis à bois Spax a déplacé cette fonction vers son service chargé de la formation des acheteurs. « Il n’y a pas de week-ends pour les questions techniques », constate Béatrice Porte, la directrice générale. Si les voyants sont au vert dans le secteur, reste à savoir si cet engouement va perdurer. D’autant que la flambée du prix des matières premières pourrait, elle aussi, peser sur le marché. 

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