L'étape du double grand oral est franchie pour Bernard Fontana. A 8 heures puis 11 heures ce 30 avril, l'homme de 64 ans choisi par Emmanuel Macron pour succéder à Luc Rémont à la direction d'EDF a été auditionné par les sénateurs, puis par les députés. Ceux-ci ont validé sa nomination au poste de PDG avec 55 voix pour et 40 voix contre.Il fallait 3/5e de "contre" pour retoquer sa nomination.
Cet industriel aguerri, à la tête de Framatome (filiale d'EDF) depuis 2015, a présenté son projet pour l'énergéticien. Sa parole était très attendue sur de nombreux sujets : le programme EPR2 et son financement, les prix de l'électricité post-Arenh (objet de négociations parfois houleuses avec les industriels, qui ont en partie coûté son poste à Luc Rémont), le démarrage de l'EPR de Flamanville, la stratégie d'EDF dans les renouvelables (hydraulique et éolien en mer notamment), le développement de la demande à travers l'électrification des usages...
Regardez l'audition de Bernard Fontana devant la commission des Affaires économiques du Sénat en vidéo :
Ce qu'il faut retenir
- «J'aime l'industrie, j'ai voulu commencer ma carrière dans une usine», affirme Bernard Fontana en préambule, en déroulant son parcours chez SNPE, Arcelor, Holcim puis Areva NP (devenu Framatome). Il défend son bilan chez Framatome, filiale d'EDF. «Framatome n'a plus de dette» et a amélioré son efficacité opérationnelle, souligne-t-il. A-t-il le vertige face à la tâche herculéenne qui l'attend ? «Non, par contre, j'ai bien conscience des enjeux», répond-il.
- Priorité numéro 1 chez EDF : «poursuivre le rétablissement de la production du parc nucléaire». Cela passera par une optimisation de la durée de vie des centrales actuelles et à une augmentation de leur puissance. Objectif : atteindre 400 TWh par an à l'horizon 2030.
- Deuxième priorité : «fournir une électricité compétitive aux consommateurs, en particulier les industriels». Le dispositif post-Arenh mis en place par Luc Rémont est jugé "mieux équilibré" que le précédent : «il permet l'accès à une électricité plus compétitive, couvre les coûts de production et assure d'importants programmes d'investissements». «Il reposera au 1er janvier 2026 sur des tarifs réglementés pour les ménages et les TPE qui le souhaitent, des contrats à moyen terme pour tout type d'entreprise, et sur des contrats d'allocation de production nucléaire (CAPN)».
- Face aux craintes des industriels électro-intensifs, Bernard Fontana promet de se montrer «attentif afin d'identifier rapidement les marges de manoeuvre possibles pour conclure des contrats avec eux». «J'ai à l'esprit un objectif de 40 TWH de contrats à long terme à destination des industriels présents sur les territoires. Un effort sur 40 TWH n'est pas considérable pour un groupe de la taille d'EDF. Il faut aller vite, donner une fenêtre de tir sans délai aux industriels qui le souhaitent, car ils ont besoin de savoir où allouer leurs investissements : ces métiers nécessitent de la visibilité».
- Troisième priorité : maitriser les délais et les coûts de relance du nucléaire. «Pour les EPR2 en France, il s'agit de figer rapidement les détails de design qui ne le seraient pas encore, renforcer une organisation de maitrise d'ouvrage et de maitrise d'oeuvre, et de travailler de façon plus partenariale avec les industriels de la filière française». Un devis et un calendrier engageants pour six EPR2 seront proposés d'ici la fin de l'année 2025. "Je crois beaucoup aux effets de série", commente Bernard Fontana.
- Sur le financement, Bernard Fontana rappelle les avancées du conseil de politique nucléaire du mois de mars : «l'Etat s'est engagé à apporter un soutien important, avec un prêt. Les positions entre EDF et l'Etat sont proches, il faudra les défendre au niveau européen».
- La décision finale d'investissement sera prise "au plus tard au deuxième semestre 2026" pour "garantir la mise en service de la première tranche au plus tard en 2038 et plus tôt si possible". «Je veillerai aussi à fournir d'ici fin 2026 les éléments nécessaires à une prise de décision sur un second palier de puissance de 13 GW, soit 8 EPR2».
- Priorité numéro 4 : la relance de l'investissement dans le parc hydroélectrique d'EDF, «très bénéfique pour contribuer à la stabilité des réseaux électriques». «La ligne rouge à ne pas franchir est la mise en concurrence des installations», prévient le dirigeant. Un développement de 20% soit 4GWe est envisageable. Deux solutions sont envisageables : un régime d'autorisation ou une "quasi-régie". La première option tient la corde, «moyennant un certain nombre de concessions, avec un système de prix sur une partie de la production». "La priorité est de pouvoir investir et de garder la maîtrise opérationnelle des outils".
- Le cinquième chantier est la mise en œuvre des projets d'éolien en mer déjà attribués en France. «Il faudra sécuriser l'exécution de ces grands projets pour constituer une base solide». Sur les renouvelables au sens large, «le tempo est fixé par le gouvernement, via les appels d'offres».
- Sur la santé financière d'EDF, Bernard Fontana rappelle que le groupe a réalisé de bon résultats en 2023 et 2024. «Il faudra donner une priorité aux investissements en France si c'est nécessaire et être attentif à la rentabilité des engagements à l'international, avec la maîtrise et le partage des risques». «Certaines cessions pourront être envisagées et la performance industrielle des projets et des unités sera un levier déterminant».
Regardez l'audition de Bernard Fontana par les députés :



