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Lever 100 milliards d’euros pour les EPR2, l’un des trois défis du successeur de Luc Rémont à la tête d’EDF

Trouver 100 milliards d'euros garantis par l’Etat pour financer les six EPR2, négocier une régulation sur l’hydraulique, et développer l’électrification des usages pour assurer l’équilibre du réseau… Lors d’une audition au Sénat sur les aides publiques, Luc Rémont a dressé les priorités de son successeur à la tête d’EDF.

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AFP NE PAS REUTILISER Luc Rémont EDF
Le 22 avril, Luc Rémont, toujours PDF d'EDF, a répondu aux questions d'une commission d'enquête du Sénat sur les aides publiques.

L’époque où EDF pouvait se passer d’aides publiques pour développer ses activités est révolue. A part les renouvelables pour lesquels l'énergéticien a été aidé «comme ses concurrents», «l'ensemble de notre appareil productif, le nucléaire, l'hydraulique, a été développé et financé par les Français en tant que clients et pas sur des aides d'État», a rappelé Luc Rémont, le PDG d’EDF débarqué en mars, lors d’une audition au Sénat le 22 avril dans le cadre d’une commission enquête sur les aides publiques. 

Si EDF arrive encore à financer lui-même la maintenance de son nucléaire historique (6 milliards d’euros par an) et le développement du réseau Enedis (5 milliards par an) grâce à une taxe spécifique, l’électricien national, fortement endetté (à hauteur de 54 milliards d'euros) a besoin du soutien public pour financer le nouveau nucléaire. Il appelle aussi l’Etat à l'aide pour libérer le potentiel hydraulique. Et ne pourra pas à lui seul développer la consommation pour assurer l’équilibre du réseau. Trois dossiers complexes qui devraient se trouver en haut de la pile sur le bureau du successeur de Luc Rémont à la tête d’EDF. Ce devrait être Bernard Fontana, l’actuel dirigeant des filiales Framatome et Arabelle Solutions d’EDF, qui sera auditionné par les députés le 30 avril.

Obtenir un prêt d’Etat de 75 milliards d’euros pour les EPR2

Pour développer son petit réacteur modulaire Nuward, EDF a déjà reçu 135 millions d’euros de subvention et doit en toucher encore 15. Mais la refonte du projet vers une solution de co-génération avec des technologies éprouvées pourrait remettre les aides en cause. C'est un petit sujet comparé à la construction des six EPR2, qu'EDF ne pourra pas financer seul, alors qu’ils sont nécessaires «pour assurer la puissance commandable disponible de la deuxième moitié de la prochaine décennie». Or la facture est deux fois plus élevée qu’annoncé en 2019, lorsqu’EDF évaluait le programme à 52,7 milliards d'euros. «On parle d'un ordre de grandeur de financement à lever pour réaliser ces 6 réacteurs d'une centaine de milliards d'euros courants», a expliqué Luc Rémont aux sénateurs.

Or «100 milliards d'euros courants, cela amène l'entreprise à un niveau d'endettement qui est difficile à soutenir, sauf si dans cet endettement il y a une quote-part de financement public.» Mais le compte n’y est pas dans l’accord entre l'État et EDF «qui doit tenir ce siècle», puisqu’il couvre la phase de construction, puis la phase d'exploitation, prévues sur 60 ans des EPR2. Si les deux parties se sont mises d’accord sur une garantie de prix de production finale à 100 euros le MWh, «nous avons encore du travail pour converger sur les modalités de financement par l'État», remarque Luc Rémont. Selon lui, alors que les financements publics des autres pays européens sont au minimum de 75% du volume de financement nécessaire, «là on est plutôt à 55% du volume de financement nécessaire». Un travail qui devra être mené par son successeur.

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Négocier un «Arenh hydro»

L’autre dossier brûlant, déjà présent à son arrivée en novembre 2022, que Luc Rémont va laisser à Bernard Fontana, est celui des concessions hydrauliques. Pour éviter leur ouverture à la concurrence, après avoir épuisé l’idée d’une quasi-régie, puis d’un régime d’autorisation, celle d’un mécanisme de type «Arenh hydro», semble tenir la corde. Même si «l'Arenh n'est pas ma marque préférée», ironise Luc Rémont, l’idée de la vente à prix régulé de l’hydroélectricité, «qui nous permet de réinvestir, avec d'autres, dans le secteur hydroélectrique, et donc de consolider la puissance commandable qui est nécessaire pour l'équilibre du système électrique», est «audible», a reconnu le PDG d’EDF. La feuille de route énergie 2025-2035 (PPE3) prévoit en effet 2,8 GW de capacités hydrauliques supplémentaires et notamment des STEP (stations de transfert d’énergie par pompage), qui permettent le stockage d’électricité. Or l'hypothèse de concessions non ouvertes à la concurrence comme promis à Bruxelles, empêche EDF d’investir. «Il appartient à mon successeur d'en déterminer les conditions qui sont admissibles», a rappelé le PDG d’EDF éconduit.

Trouver 150 TWh de consommation électrique

Le troisième gros chantier que Luc Rémont laisse au nouveau PDG d’EDF est celui de trouver un débouché aux nouvelles capacités de production électrique que le groupe est en train de développer, notamment renouvelables. Et de faire face à la maigreur des politiques publiques en faveur du développement de l’électrification des usages, dans le bâtiment et la mobilité. «Il y a un écart qui se creuse entre le désir d'électrification tel qu'il est projeté et planifié et la réalité de l'électrification des usages tel que nous la constatons, observe Luc Rémont. Les planifications économiques qui nous emmènent à 2035-2040 parlent de 650 à 700 TWh de consommation électrique dans notre pays. La réalité, c'est que nous sommes à 400 et que l'aiguille ne bouge pas.» Il regrette notamment le manque de stabilité des politiques publiques, faisant notamment référence aux aides à l’achat de véhicules électriques ou à MaPrim’Rénov, pour la rénovation énergétique, «qui peuvent évoluer 5 à 10 fois dans une période de deux ans sur ces critères, ce qui n'est pas un facteur de stabilité sur l'adoption de la pompe à chaleur par exemple».

Pour faire remonter la demande, Luc Rémont a fixé aux salariés d’EDF «d'ici 2035», d’avoir «contribué, nous, directement, à l'émergence de 150 TWh de demande en France». Il souhaiterait aussi que, dans la situation actuelle de surproduction électrique à certaines heures, et de forte progression des demandes de raccordement d’installations solaires, ce soient les demandes de raccordement des industriels qui s’électrifient qui soient priorisées.  «Si nous bâtissons un système de production conçu pour plus de 600 TWh avec seulement 400 TWh de demande, nous aurons à la fois des problèmes économiques et physiques.» Économique car, selon le PDG d’EDF, produire plus que la demande va faire augmenter les coûts. Physique, car cela va aussi obliger EDF à moduler encore d’avantage la production nucléaire aux heures de forte production renouvelable, ce qui a des limites.

Un quatrième chantier prioritaire qui va échoir au nouveau PDG d’EDF est celui de la signature de contrats à long terme pour la vente de l’énergie nucléaire aux électro-intensifs, qui bloquent aujourd’hui en raison de questions de tarifs. Un sujet qui a en partie coûté son poste à Luc Rémont. Déjà sur les contrats moyen terme, qui s’échangent autour de 60 euros le MWh, un tarif compétitif en Europe, «nous parvenons à peine à assurer notre équilibre à long terme», explique Luc Rémont. Descendre en dessous semble compliqué. «Ce débat concerne un tout petit nombre d'entreprises qui imaginent que EDF est fondée à subventionner leur décarbonation. Ils peuvent l'imaginer, mais même avec un autre PDG, ça ne sera pas le cas». À Bernard Fontana de le confirmer, ou pas.

Revoir l'audition de Luc Rémont en vidéo :

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