Construire 105 000 mètres carrés de bureaux en région parisienne, en 2024, une hérésie ? Pas du tout selon WO2. Fondé il y a dix ans, ce promoteur français s’apprête à livrer à l'été 2024, un important projet immobilier construit en bois à Nanterre (Hauts-de-Seine) pour 650 millions d'euros. Baptisé Arboretum, il s'agit du plus grand ensemble immobilier tertiaire fabriqué dans ce matériau en Europe. 32 400 mètres cubes de bois ont ainsi été mis en œuvre pour la superstructure des cinq nouveaux bâtiments et leurs murs.
Premier fournisseur de produits en bois en Europe, le finlandais Stora Enso, (9,4 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2023), a fourni à cette occasion, du bois lamellé contrecollé (CLT). «Le CLT peut remplacer le béton dans 80% des usages. Les lamelles de bois permettent d’avoir une solidité multilatérale», se réjouit Guillaume Poitrinal, cofondateur de WO2.
Franck Stassi Les bureaux témoins illustrent la place accordée au bois sur les plateaux, avec une structure apparente. Les éléments techniques sont dissimulés sous des plaques de bois (photo : Franck Stassi).
Pour bien marquer sa spécificité, Arboretum, possède des poteaux et des faux-plafonds en bois massif. Afin de prévenir le risque d'incendie, les équipements ont été renforcés pour correspondre aux préconisations de la Brigade des sapeurs-pompiers de Paris (BSPP). «La France est l’un des pays moteurs de la construction bois», indique Lars Völkel, vice-président exécutif de la branche Produits bois de Stora Enso. Ce dernier apprécie aussi que la réglementation environnementale RE2020 fasse la part belle aux matériaux biosourcés.
La promesse d'une empreinte carbone réduite de moitié
Franck Stassi WO2 promet que les bureaux pourront être entièrement éclairés naturellement. (photo: Franck Stassi)
Si l'on note la présence massive de verre en façade (tous les plateaux bénéficient d’une lumière naturelle), l'habillage du complexe est aussi composé d’aluminium, ses escaliers sont en acier et les sous-sols en béton. Selon WO2, les nouveaux immeubles bénéficieront d'une «fraîcheur naturelle» et d'une empreinte carbone abaissée de 47% par rapport un bâtiment tertiaire classique sur l'ensemble de son cycle de vie (673 kg de CO2 eq/m² de surface de plancher).
Franck Stassi WO2 mise sur ce parc privatif pour convaincre les locataires potentiels de quitter leurs tours de bureaux (photo: Franck Stassi)
En plus de la construction bois, et des 160 000 m3 de terres issues des déblais réutilisées sur place, le campus sera alimenté par dix puits de géothermie couvrant 80% de ses besoins de chaud et de froid, et réutilisera 20 000 m3 d’eaux pluviales par an. Pour parfaire le bilan environnemental du projet, 160 espèces d’arbres ont été plantées dans un parc privatif de 8 hectares autour duquel sont construits les bureaux.
Franck Stassi Deux bâtiments vestiges de l'ancienne papeterie construite sur le site ont été reconvertis (photo: Franck Stassi)
Deux bâtiments de l’ancien site industriel des Papeteries de la Seine, fermé en 2011 par Smurfit Kappa accueillent un centre de convention ainsi qu’une salle d’escalade.
Des calculs d’empreinte carbone pour chaque matériau
La construction d’Arboretum (architectes Leclercq Associés, Nicolas Laisné Architectes et Dream Architecture) a été réalisée par l’entreprise Mathis, basée à Muttersholtz (Bas-Rhin) pour le lot bois et GCC pour le béton. Ce projet est l’occasion pour l’Association pour le développement du bâtiment bas carbone (BBCA), de s’enorgueillir du développement de la prise en compte des indicateurs carbone dans la construction. «On avait oublié la question des émissions de CO2 par mètre carré dans l’immobilier. Des calculs normalisés, sur l’ensemble du cycle de vie du bâtiment, permettent d’y remédier», explique son président, Stanislas Pottier.
WO2, qui a été l’un des fondateurs de BBCA en 2015, assure avoir comptabilisé les conséquences de chaque matériau employé dans ses nouvelles constructions, mais rencontre des limites sur certains matériaux du second œuvre - la moquette, issue du recyclage, doit faire l’objet de nouveaux calculs. «L’avenir, c’est de compter l’empreinte carbone de chaque matériau», estime Guillaume Poitrinal, qui se donne deux ans pour commercialiser les bureaux, un délai qu'il qualifie de classique dans la profession.



