A l’exception des transformateurs, la filière de la forêt, du bois et du papier, habituellement prompte à travailler en silo, a tenu conférence commune, mardi 13 février, pour imaginer son futur. «Sur les dix à quinze dernières années, l’impact du changement climatique commence à se faire ressentir sur le plan national, avec une augmentation de la mortalité en forêt», rappelle Gabriel Follin-Arbelet, senior consultant au cabinet d’études Carbone 4, qui a signé une étude pour l’interprofession France Bois Forêt, le Comité professionnel de développement des industries françaises de l'ameublement et du bois (Codifab) et l’Union française des industries des papiers, cartons et celluloses (Copacel).
Pour préserver son poids économique (416 000 emplois dans 60 000 entreprises et 64 milliards d’euros de chiffre d’affaires pour 27,6 milliards d’euros de valeur ajoutée en 2023), la cause est entendue : face au changement climatique, la filière devra mieux protéger sa ressource. «70 000 hectares ont été brûlés en 2022 ; on a aussi eu plus de 600 000 hectares considérés comme dépérissants au cours des cinq dernières années», constate Christine Deleuze, la directrice de projet stratégie carbone à l’Office national des forêts.
La chaleur industrielle, enjeu de compétitivité
Entre 2013 et 2021, la mortalité des arbres était en hausse de 68% dans les forêts métropolitaines françaises, par rapport à la période 2005-2013. Les experts de Carbone 4 recommandent de développer une surveillance proactive de la santé des massifs forestiers et des parcelles, et de veiller à l’efficacité des plans de reboisement - on compte 156 espèces en France, contre une quarantaine en Allemagne et quatre à cinq dans les pays du Nord de l’Europe. D’après le scénario établi par le cabinet pour la période 2020-2050, le puits de carbone forestier s’établirait à 12 mégatonnes (Mt) de CO2 par an en moyenne, contre 24 Mt en moyenne en 2019.
L’étude prospective commandée par la filière forêt-bois-papier cite aussi la nécessité de développer la transformation des produits en France, sans apporter de solutions pour autant. Parmi les passages obligés, celui de renforcer la compétitivité des usines. Le séchage du bois induit de recourir à de fortes capacités de chaleur.

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«La transformation génère des chutes, des écorces, une matière de qualité secondaire qui peut permettre de produire, sur place dans les usines, de la chaleur industrielle. Les autres grands pays forestiers autour de la France le font déjà», cite Jean-Luc Dunoyer, directeur de projet au Comité stratégique de filière bois, qui compte notamment sur le fonds chaleur de l’Ademe pour le développement des équipements, et sur un fléchage priorisé de la biomasse.
Vers davantage de recyclage
«A horizon 2050, malgré la décarbonation des autres produits de la construction, acier et ciment, les produits bois conservent une meilleure compétitivité carbone et une forte pertinence d’usage», complète Hughes-Marie Aulanier, le responsable de la stratégie chez Carbone 4. Un volet sur lequel la nouvelle réglementation environnementale RE2020, dont les seuils seront relevés à l’avenir, intervient en favorisant les matériaux biosourcés dans la construction neuve.
Autre recommandation, celle d’un recours plus poussé aux matériaux issus du recyclage. La filière de l’ameublement français y répond actuellement avec 35 à 40% de matière recyclée dans ses panneaux. «Il faut éco-concevoir les produits, pour allonger la durée de vie des meubles, de 15 à 20 ans aujourd’hui, donc stocker du carbone plus longtemps», appuie Cathy Dufour, la déléguée générale de l’Ameublement français. Autant de suggestions pour un avenir estampillé durable que la filière promet de suivre dans les prochaines années. Elle mise notamment sur un nouveau simulateur commun dédié à son empreinte carbone.



