Pour les salariés, l’arrivée de Bernard Fontana à la tête de l’entreprise depuis le 5 mai ne devrait pas s’accompagner de bouleversement majeur. C’est du moins le sentiment de Gwenaël Plagne, le secrétaire du CSE Central EDF SA, auquel le nouveau PDG d’EDF est venu présenter ses priorités le 19 juin. Bernard Fontana a en effet annoncé poursuivre le plan Ambition 2035 de son prédécesseur, Luc Rémont, qui prévoit notamment de trouver 150TWh de nouvelles consommations d’électricité en 10 ans. La production nucléaire et la construction des EPR2, pour lesquels il a trouvé un accord sur le mode de financement avec l’Etat à peine arrivé, restent prioritaires. Le développement du SMR Nuward sera poursuivi pour «saisir des opportunités» à l’international. Les projets d’EPR au Royaume-Uni, notamment celui de Sizewell C, également.
Réduire de 30% les frais de fonctionnement
Pour le reste, EDF se recentre sur la France. Les aventures internationales, notamment sur les énergies renouvelables, ne sont plus la priorité. Les contrats existants seront honorés, mais EDF n'en signera pas de nouveaux s’il n’y a pas un financement solide des Etats. En revanche, le cap est mis sur les barrages hydroélectriques français, dans lequel Bernard Fontana veut investir 4 à 4,5 milliards d’euros pour les remettre à niveau, opérer des montées en puissance sur certains ouvrages, et même lancer la construction de nouvelles STEP (station de transfert d’énergie par pompage), sans forcément attendre le règlement du problème des concessions avec Bruxelles, a compris Gwénaël Plagne.
Pour assainir un peu les comptes, alors que l’entreprise est plombée par un endettement financier de 54,3 milliards d’euros et une dette ajustée de 87,6 milliards, le nouveau PDG va lancer un plan d’économie de 1 milliard d’euros d’ici à 2030 pour réduire d’un tiers les frais de fonctionnement qui s’élèvent à 3 milliards d’euros. Les détails ne sont pas encore connus. En revanche, aucune nouvelle cession d’actif d’envergure n’est prévue, ceux restants étant rentables.
Travailler sur la productivité du nucléaire
Pour assurer sa mission de service public, notamment auprès des industriels électro-intensifs, Bernard Fontana a promis la signature de 40 TWh de contrats long terme de fourniture d’électricité nucléaire, quand Luc Rémont arrivait péniblement à 10 TWh. Comment ? «Nous avons récemment introduit de nouvelles conditions contractuelles d’accès aux CAPN (les contrats d’allocation de production nucléaire, NDLR) qui sont plus favorables», a expliqué Bernard Fontana, le 24 juin, juste avant la signature d’une lettre d’intention avec l’italien Mercegaglia pour son site de Fos-sur-Mer. Il s’agirait de «quelques minces ajustements sur le montant de l’avance en tête et sur la façon dont elle peut être financée», minimise Marc Benayoum, le directeur commercial d’EDF.

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Mais pour que ces contrats de fourniture d’électricité nucléaire à tarifs négociés contre une part de partage du risque ne plombent pas l’entreprise, comme le précédent mécanisme Arenh (Accès réglementé à l'électricité nucléaire historique), il faut augmenter la production et baisser les coûts. Pour y parvenir, Barnard Fontana a une obsession, le "lead time", ou délai de mise en œuvre. Pour le réduire, Bernard Fontana veut simplifier l’organisation à tous les échelons du groupe. Par exemple en limitant la fréquence des réunions ou en baissant le nombre de points de contrôles des turbines Arabelle. «Il a une volonté industrielle d’aller à l’essentiel», explique le secrétaire du CSEC d’EDF. «Il a exprimé une volonté de reprendre en main le savoir-faire industriel, de recentrer l’entreprise sur ce qu’elle maitrise le mieux et de limiter les pertes de temps en décision».
Le "lead time" comme mantra
Le nouveau PDG d’EDF explique cette obsession du "lead time" par sa volonté de redonner à EDF sa «souveraineté industrielle». Cette reconquête n’ira pas sans nouvelle une réorganisation de l’entreprise, alors que celle de Luc Rémont sur le nucléaire est à peine en place, et la suppression de «barons», évoque un proche de l’entreprise. Faire du lead time un mantra pour toute l’entreprise nécessite de bousculer les habitudes, de changer les réflexes, les modes de management, pour instaurer une nouvelle culture, comme l’a réussi Bernard Fontana chez Framatome. A une culture de la falsification, il y avait substitué une culture de la transparence et de la confiance. Chez EDF, pour réussir le même exploit, il va lui falloir compter avec des 191444 salariés dans le monde, qui sont déjà sur leurs gardes.



