Les lourdes opérations de maintenance indispensables au redémarrage de la centrale thermique au charbon Emile Huchet de Saint-Avold, en Moselle, vont bon train depuis leur lancement début septembre. Dans la salle du groupe turbine-alternateur, d’imposantes pièces d’acier jonchent le sol dans l’attente d’un nettoyage approfondi et d’un contrôle aux ultrasons.
A partir du mois d’octobre, cette tranche d’une puissance de 600 mégawatts devrait convertir à nouveau en électricité la vapeur fournie par l’imposante chaudière au charbon, comme elle le fait depuis sa mise en service en 1981. L’exploitant du site, l’énergéticien GazelEnergie, filiale française du groupe tchèque EPH, devrait produire environ 1,5 térawattheure cet hiver, soit l’équivalent de 0,3% de la production totale d’électricité en France en 2021.
Pour orchestrer le redémarrage, annoncé le 26 juin par le ministère de la Transition énergétique, pas loin de 200 opérateurs ont retrouvé le chemin de la centrale. Celle-ci avait été fermée le 31 mars 2022 conformément aux engagements de «sortie du charbon» pris dans la loi Energie-climat. Parmi ces personnels, 68 salariés de GazelEnergie, mais aussi une grosse centaine de sous-traitants du groupe Spie et d’entreprises locales en charge des travaux de maintenance.
Dix millions d’euros pour redémarrer la productiontruncate
Une partie des 87 salariés licenciés en mars 2022 par GazelEnergie a accepté de revenir sur le site. Thomas About, jeune chef de quart, était parti en congé de reclassement avec l’idée de reprendre des études et de rejoindre EDF. Le salarié a pu être réembauché temporairement en CDD grâce aux dispositions de la loi du 16 août pour la protection du pouvoir d’achat. «C’est un petit retour en arrière, mais nous serons là pour le réseau. La Direction générale de l’énergie et du climat souhaite un redémarrage des installations de Saint-Avold le plus tôt possible, idéalement au 1eroctobre. Nous aurons sans doute quelques jours de retard», éclaire-t-il. La reprise d’activité de la centrale, deuxième au charbon encore en activité en France avec Cordemais (Loire-Atlantique), a été autorisée jusqu’au 31 décembre 2023. Mais un décret doit encore préciser le nombre d’heures de fonctionnement autorisé pour l’hiver.

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«La remise en marche des installations de Saint-Avold mobilise un investissement de 10 millions d’euros de la part de GazelEnergie. En effet, la centrale devait être définitivement stoppée en 2022. Dans cette perspective, nous n’avions pas ouvert d’importants chantiers de maintenance. Aujourd’hui, l’Etat nous demande d’être très disponible, en soutien au réseau électrique. Nos installations doivent être d’autant plus prêtes», résume Camille Jaffrelo, porte-parole de GazelEnergie.
Ph. Bohlinger Le groupe turbine-alternateur de la centrale de Saint-Avold est en partie désossé par des sociétés de maintenance. Photo: Philippe Bohlinger
Jean-Pierre Damm, délégué syndical FO de la centrale, craint cependant que le réveil précipité des installations d’Emile Huchet et un rythme de fonctionnement soutenu n'affectent les conditions de travail des personnels. «Il y a des trous dans la raquette dans l’organisation des équipes pour faire tourner la centrale 7 jours sur 7, 24 heures sur 24. Je ne suis pas sûr que les salariés puissent tenir le rythme. Or, nous ne voulons pas nous retrouver les conditions de travail dégradées de l’hiver 2021-2022 avec encore moins d’effectifs», interpelle-t-il.
Création d'un fonds de compensation carbone
Le parc de stockage du charbon s’est couvert ces derniers mois de 210 000 tonnes de minerai. Cette quantité représente environ un tiers des besoins pour l’hiver. Jusqu'alors, il provenait essentiellement de Russie. Désormais, le charbon est importé de Colombie, des Etats-Unis et d’Afrique du sud. Ce combustible fossile conduira la centrale à rejeter au cours de ses six mois de fonctionnement 1,48 million de tonnes de CO2 dans l’atmosphère, soit 8% des émissions du système électrique français en 2021.
«L’apport de Saint-Avold limitera les risques de pénurie d’électricité en France dans un contexte de renchérissement des prix du gaz et de faible disponibilité du parc nucléaire hexagonal, mais aussi de baisse de la production d’hydroélectricité de l’ordre de 20%», rappelle Nicolas Berghmans de l’Iddri, un laboratoire d’idées centré sur les enjeux de développement durable et de relations internationales. Toutefois, précise l’expert énergie-climat, «la remise en route de centrales au charbon placées sous cocon s’observe partout en Europe. Ce détour provisoire lié à la conjoncture ne remet pas en cause l’objectif européen de sortie de la dépendance aux hydrocarbures russes à l’horizon 2027».
Dans ce contexte, le projet de décret augmentant la durée de fonctionnement des centrales au charbon en France prévoit une compensation carbone s’ajoutant aux obligations de restitution des quotas de CO2 dans le cadre du marché européen. A Saint-Avold, cette compensation viendrait alimenter un fonds destiné à financer des projets de réduction des émissions de gaz à effet de serre sur le territoire. Au menu: plantation de forêts ou financement de bus à hydrogène, entre autres.



