La centrale thermique au charbon de Saint-Avold sonne le rappel de ses anciens salariés

Gazel Energie a commencé à rappeler ses anciens salariés partis en pré-retraite ou en voie de reclassement en vue d'un possible redémarrage de la centrale thermique au charbon de Saint-Avold (Moselle). Le projet de loi pour la protection du pouvoir d’achat devrait permettre de les réembaucher.

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Centrale thermique Émile-Huchet alimentée au charbon et au gaz, à Saint-Avold (Moselle) - Mars 2019
La réouverture de la centrale à charbon de Saint-Avold (Moselle) entraînerait le retour d'anciens salariés sur le site.

La centrale thermique au charbon Emile Huchet de Saint-Avold (Moselle) n’avait jamais autant focalisé l’attention médiatique de mémoire de Naboriens, les résidents de cette commune de 16 000 habitants. L’annonce faite le 26 juin par le ministère de la Transition énergétique relative à une possible relance cet hiver de cette unité, arrêtée le 31 mars dernier, a braqué les projecteurs sur l’ancien bassin houiller lorrain. Une demi-surprise, puisqu’au mois de mars déjà, le gouvernement indiquait ne pas exclure un « redémarrage ponctuel de cette centrale ».

Le projet de loi pour la protection du pouvoir d’achat devrait permettre à son exploitant Gazel Energie, filiale du groupe tchèque EPH, de réembaucher d’anciens salariés du site partis en congé de reclassement ou d’accompagnement spécifique dans le cadre du plan sauvegarde de l’emploi (PSE) de l’entreprise. Le projet de loi devrait être adopté d’ici à début août. Il permettra à l’énergéticien de recruter en CDD des volontaires en suspendant temporairement leur congé. A Saint-Avold, le PSE portait sur la suppression de 87 postes. Les deux-tiers sont actuellement en retraite ou pré-retraite, un tiers en voie de reclassement.

Le redémarrage de la tranche au charbon de 600 mégawatts mise en service en 1981 n’apparaît pas insurmontable pour ses anciens opérateurs. « Nous avons l’expérience de maintenir le site disponible pour la production d’électricité. La difficulté, c’est que l’hiver dernier nous n’avons réalisé que la maintenance strictement nécessaire, sachant que la centrale devait être définitivement arrêtée au printemps », pointe Pascal Bernardi, un ancien responsable de la maintenance de la turbine.

70 salariés nécessaires au moins 

Cet ex-salarié de 58 ans est actuellement en congé de reclassement tout comme son fils, âgé de 31 ans, qui espère pour sa part pouvoir reprendre du service sur la future centrale biomasse de 20 mégawatts annoncée à horizon 2024 sur le site. Pour redémarrer la centrale Emile Huchet, Gazel Energie a commencé à recontacter ses anciens salariés. Mais certains traînent des pieds ou annoncent la couleur, se disant prêts à revenir à condition de choisir les collègues avec lesquels ils travailleront…

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Dans le local syndical à l’ombre des tours de refroidissement, Jean-Pierre Damm, délégué syndical FO, prend sa calculatrice. Il estime que six équipes de sept opérateurs seront nécessaires pour relancer l’activité, soit 70 salariés à minima. « Les équipes maintenance auraient dû rester sur le site, ce n’est pas le travail qui manquait. Et il aurait fallu sonder les personnels encore présents sur leur souhait de revenir ou non travailler cet hiver », regrette cette figure historique de la centrale. En dernier recours, l’article du projet de loi pouvoir d’achat prévoirait de faire appel à des compétences extérieures…

Le leader syndical explique le rôle majeur que pourrait jouer cet hiver la tranche au charbon de Saint-Avold, au-delà de la production électrique : « La centrale permettra d’éviter un black-out sur le réseau de transport d’électricité en corrigeant les chutes de fréquence lors des pics de consommation de la fin de journée, pour maintenir celle-ci autour de 50 Hz ».

Des pièces de rechange de Gardanne?

Le redémarrage de la tranche numéro 6 nécessite cependant un lourd travail préparatoire. Il implique des opérations de contrôle par paliers nécessitant trois semaines de travail avec l’intervention de prestataires extérieurs, indiquent les salariés interrogés. Des pièces de rechange seraient également requises. Certaines pourraient être récupérées dans les Bouches-du-Rhône auprès de l’ancienne centrale thermique au charbon de Gardanne, arrêtée en 2018, et reconvertie en centrale biomasse par Gazel Energie. Enfin, Saint-Avold devra faire une croix sur le charbon russe et s’approvisionner en Australie et en Afrique du Sud, moyennant des coûts de transports importants.

« Si la décision de relance avait été mieux travaillée en amont au niveau de l’Etat, l’industriel n’en serait pas à courir après le personnel parti avec le PSE. Mais il existe une culture industrielle sur notre territoire et je suis convaincu que les anciens salariés répondront présents pour rendre service », analyse Salvatore Coscarella, président de la communauté d’agglomération de Saint-Avold Synergie. Quant au nouveau conseiller RN de la circonscription, Alexandre Loubet, il regrette que les Naboriens soient contraints « de se retrousser les manches pour compenser une décennie de tergiversation des gouvernements Hollande et Macron sur le nucléaire mettant en péril la sécurité énergétique de notre pays ».

Sur le plan de l’emploi, le redémarrage de la tranche au charbon d’Emile Huchet demeure un épiphénomène pour le territoire, qui espère recréer des postes dans la chimie verte et l’hydrogène. La start-up norvégienne Circa a pris ses quartiers dans un des bâtiments de la centrale, tandis que Gazel Energie a annoncé un projet d’électrolyseur à l’horizon 2028 en partenariat avec le français H2V.

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