Aucune décision prise pour une possible cession de Biogaran, les médicaments génériques de Servier en France

Les rumeurs s’amplifient depuis quelques mois au sujet d’une possible cession de Biogaran, la filiale française de médicaments génériques du groupe Servier, dont les productions sont essentiellement implantées en France et en Europe. Désormais très recentré sur l’oncologie, le laboratoire français affirme que rien n’est décidé.

Réservé aux abonnés
Image d'illustration de l'article
En France, le laboratoire Servier gère intégralement ses productions de médicaments, comme ici au sein de son complexe de Gidy (Loiret), mais s'appuie en revanche sur un réseau de 39 sous-traitants pour la fabrication de ses médicaments génériques Biogaran.

«Concernant Biogaran, aucune décision n’est prise», affirme Servier dans une déclaration officielle. Selon un article des Echos publié le 17 avril, quatre acteurs négocieraient avec le laboratoire français pour la reprise de sa filiale française de médicaments génériques. Outre le fonds BC Partners, et un «fonds en tandem avec un industriel français», sont également cités deux laboratoires indiens, Torrent Pharmaceuticals et Aurobindo Pharma, ce qui fait craindre une délocalisation de productions vers l’Inde.

Selon la déclaration de Servier, le groupe ne veut «pas commenter les rumeurs», ajoutant qu’il «a opéré un virage majeur dans les traitements innovants, notamment en oncologie», et que «les revues stratégiques sont régulières pour maximiser le potentiel de toutes nos activités».

Comme le reste de la «big pharma», Servier a recentré sa stratégie sur les médicaments innovants

Depuis 2018, Servier s’est fortement engagé dans la diversification de son portefeuille en prenant un virage prononcé vers l’oncologie, avec de grandes acquisitions au Danemark et aux Etats-Unis, des investissements industriels en biomédicaments, et un chiffre d’affaires dans cette branche qui a désormais dépassé le milliard d’euros de chiffre d’affaires annuel (sur un total de 5,33 milliards d’euros pour l’exercice 2022-2023 clos fin septembre dernier).

Cette stratégie est loin d’être singulière : c’est celle privilégiée par la plupart des grands laboratoires mondiaux, lesquels optent pour des activités centrées sur les médicaments les plus innovants et les plus rentables, adressant des maladies plus graves et parfois sans encore de traitement. Dans cette logique, la majorité des acteurs de la big pharma ont ainsi cédé leurs activités annexes, en particulier leurs médicaments génériques, ces dernières années.

32% de parts du marché des médicaments génériques en France pour Biogaran

En France, Biogaran dispose d‘un statut particulier. Avec plus de 30% de parts de marché, c’est le leader des médicaments génériques dans le pays. Fondée en 1996, la filiale Biogaran rassemble près de 1000 références et écoule plus de 300 millions de boîtes de médicaments chaque année en France.

Elle constitue l’une des branches de l’activité de médicaments génériques de Servier. Trois autres filiales évoluent en parallèle de Biogaran, avec Egis pour l’Europe de l’Est et l’Europe centrale, Swipha au Nigeria et Pharlab au Brésil. Au total, cet ensemble de médicaments génériques a généré 1,29 milliard d’euros de chiffre d’affaires sur l’exercice 2022-2023, en progression de 8,8% sur un an. Servier ne détaille pas ses chiffres par filiale, mais les ventes de Biogaran s’étalonneraient, selon les informations de L'Usine Nouvelle, autour de 750 millions d’euros par an.

Servier gère ses productions, Biogaran s'appuie sur la sous-traitance

Côté production, Biogaran et Servier présentent des schémas bien séparés. Pour les médicaments Servier, le groupe s’appuie sur sa filiale Oril Industries à Bolbec (Seine-Maritime), pour les principes actifs, et sur son vaste complexe de Gidy, dans le Loiret, en plus d’implantations internationales en Espagne, en Chine, en Pologne ou encore en Irlande. En revanche, Biogaran s’appuie essentiellement sur de la sous-traitance.

La filiale indique que ses médicaments sont produits à 51% en France et à 90% en Europe. Dans l’Hexagone, Biogaran évoque 39 sous-traitants répartis sur tout le territoire, mais sans plus de précision sur les acteurs concernés. Au total, pour la France, 8600 emplois sont concernés par ces productions, mais essentiellement en sous-traitance. Selon nos informations, Biogaran ne recense qu’environ 240 salariés directs.

En cas de cession de cette filiale, les risques de changement de contrats de sous-traitance et de possibles délocalisations ne peuvent être écartés. Avec des impacts potentiels sur le réseau et les emplois industriels de l’industrie pharmaceutique en France, et donc sur sa souveraineté sanitaire. Roland Lescure, ministre délégué chargé de l’Industrie et de l’Energie estime d'ailleurs que « concernant la vente de Biogaran, je tiens à être clair et ferme. L’État suit et est très vigilant sur ce dossier. Si un investisseur étranger souhaite acheter Biogaran, nous nous laissons la possibilité d'activer la procédure dite IEF [investissements étrangers en France, ndlr]. Elle permet de contrôler les investissements réalisés par des entreprises étrangères en France dans des secteurs stratégiques. Dans le cadre de cet examen, nous déterminerons les conditions nécessaires et proportionnées pour afin d'assurer notre souveraineté sanitaire ».

Newsletter La Quotidienne
Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.
Ils recrutent des talents
Les webinars
Les services L'Usine Nouvelle
Détectez vos opportunités d’affaires
Trouvez des produits et des fournisseurs