L'Usine Nouvelle - Comment décrivez-vous l’incubateur Spartners ?
Céline Triquel - Le projet Spartners s'inscrit dans l'objectif plus large de réunir toutes les équipes de R&D du groupe ici, où l’on trouve 25% de la R&D scientifique française. L’idée était d’ouvrir un incubateur de biotech intégré dans le bâtiment tout en restant indépendant. Le site de Servier à Saclay a accueilli les premiers collaborateurs en février 2023 et en l’espace de quelques mois tout le monde était installé. L’incubateur a officiellement ouvert ses portes le 25 mai 2023.
Pourquoi un partenariat pour cet incubateur ?
Nous avions décidé d’ouvrir un incubateur, mais voulions qu'il soit indépendant de Servier. Il nous fallait donc un tiers de confiance, un opérateur pour la gestion du site. Fondé aux Etats-Unis en 2009, Biolabs gère une douzaine de sites outre-Atlantique et exporte son modèle, avec une expertise dans la gestion de ce type de lieu comprenant des équipements spécialisés, des espaces de co-working, des laboratoires de type L2. Biolabs est aussi spécialisé dans l’accueil des biotechs, principalement dans la pharma.
Ce n’est pas une coentreprise ?
Spartners n’est pas une entreprise en tant que tel. Nous avons confié la partie opérationnelle à Biolabs, et Servier finance les murs, les équipements. Les start-up s’acquittent auprès de Biolabs des prestations de services, proportionnellement aux espaces occupés.
Comment les start-up travaillent sur place ?
Elles sont libres d’opérer comme elles le souhaitent. Elles se focalisent sur leur science, leur R&D, tout le reste est géré par Biolabs. Il n’y a aucun lien de dépendance avec Servier, aucun droit de préemption, de premier regard, ni de prise de participation sur leurs travaux. Nous signons juste un contrat tripartite car elles évoluent dans nos murs, mais elles n’ont aucune obligation de nouer des partenariats et collaborations avec le groupe. Après elles ont accès aux experts de Servier, qui peuvent les aider dans leurs travaux, prodiguer des avis ou des conseils. Cela n’exclut pas d’éventuelles discussions partenariales. Le graal serait même que cela débouche sur des partenariats ou que des projets de start-up hébergées aboutissent par une collaboration avec Servier pour offrir une solution thérapeutique aux patients.
Comment sont-elles choisies ?
Nous avons un comité de sélection, qui réunit Biolabs, Servier, Bpifrance, France Biotech, Medicen, et le réseau des SATT qui coordonne la filière biotech. Chacun dispose d’une voix.
Nous avons une préférence pour les projets en oncologie et neurologie, qui sont des priorités de Servier, ou pour des sociétés qui développent des plateformes technologiques permettant d’accélérer la période de recherche et de développement de médicaments. Si les candidats ne sont pas dans un axe prioritaire, ce n’est pas rédhibitoire, il y a des arbitrages. Nous hébergeons par exemple une start-up en ophtalmologie.
Est-ce limité aux start-ups françaises ?
Non, au contraire, Spartners peut accueillir des start-up de partout dans le monde, d’ailleurs Biolabs est un réseau international. Ce serait riche d’accueillir des start-up de Boston ou de Singapour par exemple.
Et y-a-t-il des critères liés au degré de maturité ?
Spartners a vocation à accueillir et soutenir le développement de start-up déjà auto-financées car leur installation au sein de l’incubateur implique certains frais fixes : 250 euros par mois pour un collaborateur, 200 euros pour un bureau, 1700 euros par mois pour une paillasse avec tous les équipements, tous les laboratoires, même les consommables sont inclus, et l’accès aux salles partagées.
Vous avez lancé un concours jusqu’au 20 mai pour un "golden ticket". Comment ça marche ?
L’idée est d’offrir un an de résidence pour une paillasse, un bureau et une personne, et permettre de rejoindre cet écosystème. Le comité de sélection est associé à un sponsor, en l’occurrence Servier qui offre ce golden ticket et qui aura la charge d’évaluer le projet scientifique.
Quel est le temps habituel de résidence ?
C’est très flexible. Les start-up peuvent venir pour un mois, si ça leur suffit, il n’y a pas d’engagement de durée et elles peuvent mettre fin à leur résidence à tout moment avec un préavis de 30 jours environ. Après nous estimons qu’elles ne devraient pas avoir besoin de rester beaucoup plus que 18 à 24 mois. Spartners n’est pas conçu comme une pépinière mais un accélérateur.
Aujourd’hui combien de start-ups sont hébergées ?
Nous en avons cinq en résidence, et venons d’en sélectionner deux de plus. Cela correspond actuellement à une petite vingtaine de personnes. Notre capacité maximum est de 110 chercheurs, donc c’est plus une limite de personnes que de nombre de start-up.
Financièrement, quels sont les objectifs, et quel est le taux minimal d’occupation visé ?
L’objectif est d’atteindre 40% de taux d’occupation la première année et 70% dès la deuxième année, mais ce n’est pas gravé dans le marbre. Sur le plan financier il y a eu énormément d’investissements pour cet accélérateur, cela représente une dette importante, mais on se donne une quinzaine d’années pour amortir. Il y a beaucoup de coûts cachés, comme la gestion du bâtiment, des déchets. L’équilibre financier sera tardif, mais le retour sur investissement est clairement intangible si cela aboutit à des solutions thérapeutiques pour les patients.



