Le moteur de la Vedette de Bréhat ronronne. Au large, un point sombre lévite sur la ligne d’horizon : la sous-station du parc éolien en mer de Saint-Brieuc (Côtes-d'Armor) apparaît, posée sur ses fondations. Le site breton est devenu, mardi 28 mai, le deuxième grand parc éolien en mer totalement actif en France, s’ajoutant au parc éolien offshore de Saint-Nazaire (Loire-Atlantique), mis en service en novembre 2022. D’une capacité installée de 496 mégawatts (MW), le nouveau parc couvrirait une consommation annuelle équivalente à 9% de la population de la région Bretagne.
Brouillées par la brume, les silhouettes blanches des 62 éoliennes, situées à plus de 16 kilomètres de la côte, jaillissent de la ligne d’horizon. «Elles ont affronté leur première tempête en novembre », s’enthousiasme Stéphane-Alain Riou, directeur offshore d’Iberdrola France, le promoteur du parc, appartenant à l'énergéticien espagnol Iberdrola. Lors du passage de la tempête Ciaran, début novembre 2023, les vents ont pointé à 138 kilomètres par heure dans l’agglomération, bien au-delà des 100 km/h à partir desquels les éoliennes cessent de tourner – afin d’éviter la surtension des câbles. Dans ce genre de situation, l’équipe de contrôle du parc met les pales des éoliennes en rideau : mises de profil, elles ne sont plus soumises aux caprices du vent et cessent de tourner.
Le parc éolien en mer passe en maintenance
Au cœur de la forêt de mats, l’Edda Goëlo, un navire de soutien à l'éolien offshore (SOV) long de 80 mètres, sillonne le parc sans se presser. Le bâtiment norvégien bleu nuit héberge les 60 techniciens chargés de la maintenance des éoliennes du constructeur Siemens Gamesa. La distance du port de Saint-Malo (Ille-et-Vilaine) ne permet pas aux marins d’effectuer des rotations quotidiennes – le site malouin est le seul de la région capable d’accueillir le gigantesque bateau. L’équipage reste 14 jours au milieu du site.
À bord, les techniciens Siemens Gamesa, constructeur des turbines, effectuent toutes les opérations nécessitant de monter sur les éoliennes. Durée du contrat avec Iberdrola : cinq ans, à l’issue desquels le promoteur aura la possibilité d’internaliser. Situé à une heure de navigation du site, le port de maintenance de Saint-Quay-Portrieux (Côtes-d’Armor) doit ouvrir d’ici à 2028. Les techniciens pourront alors être quotidiennement débarqués à bord de 1 à 3 navires de transfert d’équipages (CTV). D’ici là, le port costarmoricain doit encore entrer en chantier, afin d’accueillir ces bateaux de 20 mètres au milieu des navires de pêches locaux.

- 1.2539+3.07
3 Avril 2026
Gazole France HTT€/litre
- 58.7+6.53
Février 2026
Cours des matières premières importées - Pétrole brut Brent (Londres) en euros€/baril
- 69.4+7.26
Février 2026
Cours des matières premières importées - Pétrole brut Brent (Londres) en dollars$ USD/baril
À terre, un centre technique et de contrôle doit également ouvrir d’ici à octobre à Binic-Étables-sur-Mer (Côtes-d’Armor). Là, les salariés d’Iberdrola seront chargés des opérations de contrôle à distance – comme la mise à l’arrêt des éoliennes en cas de vents forts – et du suivi administratif – contrôle de la validité des nombreuses formations des techniciens. À terme, l’équipe de maintenance du parc éolien doit compter au total 80 personnes.
La difficile installation des fondations jacket
Alors que la vedette approche, les éoliennes de 176 mètres sortent peu à peu de la brume. À leur pied, les fondations jaunes pointent lentement de la ligne d’horizon. Ces structures sont chargées de maintenir les mâts à une trentaine de mètres au-dessus du niveau de l’eau. En tout, 205 mètres séparent la pointe des pales de la surface de l’eau, soit la hauteur de la tour Montparnasse. Un gigantisme expliquant, en plus de la différence de facteur de charge, la puissance de ces éoliennes de 8MW chacune, contre environ 2,5MW pour les éoliennes terrestres.
À la base des grandes turbines, les fondations «jacket» – sorte de tripode métallique – plongent jusqu’à environ 40 mètres de fond, pour une hauteur totale de 75 mètres. Celles-ci ont été fabriquées par le consortium Navantia Windar et Haizea Breizh, filiale du groupe espagnol Haizea Wind. À Saint-Nazaire, le développeur EDF Renouvelables avait choisi, lui, d’installer ses éoliennes en mer sur des monopieux. Ces immenses tours en acier sont généralement plus simples à installer que les tripodes choisis par Iberdrola à Saint-Brieuc. «Mais le courant marin est trop puissant dans la zone pour choisir le monopieu», lance Stéphane-Alain Riou. Les fondations «jacket», permettent, elles, de laisser passer les masses d’eau.
Revers de la médaille, l’installation de ces petites tours Eiffel sous-marines est plus complexe. Là où il ne faut qu’un trou pour un monopieu, trois sont nécessaires pour la pose du tripode. De plus, un même bateau peut poser le monopieu puis installer l’éolienne à l’aide d’une grue : il faut en compter deux différents dans le cas de la fondation jacket.
Le temps a été compté pour le développeur : les contrats passés avec les armateurs des navires du chantier étaient limités à trois ans, jusqu’en 2024. «On a donc décidé de tout installer en même temps», résume Stéphane-Alain Riou, les yeux plissés par le reflet du soleil sur l’eau. Forer, enfoncer les pieux d’ancrage, celer les fondations jackets aux pieux avec du ciment puis pose des éoliennes… «Au plus haut de l’activité, le parc comptait 20 bateaux pour environ 1000 marins», se souvient l’ancien ingénieur.
Au total, l’enveloppe du projet, maintenance comprise, atteint 2,4 milliards d’euros. L’énergéticien espagnol étudie désormais «tous les appels d’offres français en cours» souffle Stéphane-Alain Riou. Prochain sur la liste : l'appel d’offres AO6 pour les 2 premiers parcs commerciaux méditerranéens, officiellement lancé début mai. Situés au large d’Agde (Hérault) et de Fos-sur-Mer, les deux sites devraient avoir une capacité de production d’électricité de 250 MW chacun (avec une extension de 500 MW), pour une mise en service prévue en 2031. Ils seraient également les deux premiers grands parcs éoliens flottants français.



