Après huit mois de guerre intense - depuis l’annonce fin août 2020 par Antoine Frérot du rachat des 29,9 % du capital de Suez détenus par Engie suivie par le lancement d'une OPA sur le reste des actions -, les deux parties ont donc réussi à trouver un accord. Il prévoit que Veolia paye 20,50 euros au lieu des 18 euros proposés jusqu’ici et que le nouveau Suez conserve non seulement l’intégralité du périmètre français, mais qu’y soient ajoutés des actifs de Veolia, essentiellement dans l’eau, dans plusieurs régions du monde pour permettre à Suez France de passer de 5 milliards à 7 milliards d’euros de chiffre d'affaires.
"Nous avons signé un accord de principe qui concerne trois sujets, a indiqué Philippe Varin, président du conseil d’administration de Suez devant les journalistes. Le premier c’est le prix de l’action, le deuxième, le périmètre du nouveau Suez que nous avons complété avec un certain nombre d’actifs. Nous sommes arrivés à 7 milliards d’euros, soit 40 % du chiffre d’affaires du groupe actuel, avec environ la moitié des effectifs. Et le troisième, pour accorder aux salariés impactés les garanties sociales sur quatre ans."
Le même combat, pas les mêmes objectifs
Philippe Varin a également confirmé la désactivation de la fondation néerlandaise où étaient logées les activités eau de Suez France au 20 avril. "Je me réjouis d’avoir trouvé un accord où nous conservons des compétences nationales et internationales. Pour l’eau, nous étions inquiets si nous nous limitions aux activités françaises. Sur les déchets, c’est du multi-local plus que du global. Un certain nombre d’acteurs qui ne sont pas de très grande taille vivent très bien."

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Pas de quoi rassurer l’intersyndicale de Suez, qui a défendu mordicus pendant plusieurs mois les positions de la direction et du conseil d’administration pour refuser un tel accord et qui se sent trahie. "Ils se sont couchés, alors qu’il fallait aller jusqu’au bout, jusqu’au 20 avril qui était la date limite proposée pour négocier, dénonce Franck Reinhold von Essen (CGT) membre de l’intersyndicale de Suez et secrétaire du comité d’entreprise européen du groupe. Nous sommes maintenant en soins palliatifs. Nous avions le même combat mais pas les mêmes objectifs que la direction."
Pas de contre-offre
De son côté, Philippe Varin rappelle que la situation de Suez n’était pas très enviable. "Il faut regarder la réalité en face. Depuis le 5 octobre, Veolia détient 29,9 % des actions et nous n’avions pas de contre-offre, rappelle le Président du conseil d’administration de Suez. Nous avons tout fait pour faire face à une action qui, sous couvert d’amicalité, était hostile. Nous avons réussi à faire passer le prix de l’action de 15,05 euros à 20,50 euros, soit une hausse de 33 %, et nous avons réussi à trouver un terrain d’entente sur le périmètre. Il faut se rendre compte du contexte dans lequel nous étions. Nous avons été très loin dans une défense robuste. Aller plus loin aurait été contre-productif."
L’intersyndicale, outre le fait que le prix payé par Veolia va demander des efforts – "nous ne sommes pas à l’abri de restructurations" – et qu’elle compte bien peser de tout son poids jusqu’à la signature de l’accord définitif, prévue le 14 mai, pour faire bouger les lignes, elle s’interroge sur les moyens financiers de Suez France, sur la place d’Ardian et GIP qui étaient les seuls à avoir des engagements sérieux, et ne semble pas rassurée par la présence de Meridiam.
Le principe de réalité
De leur côté, les fonds Ardian et GIP ont déclaré dans un communiqué qu’ils avaient "pris note de l'annonce faite par Suez et Veolia ce matin. Puisque nous n'avons pas participé aux négociations préalables à cet accord, et que nous n'avons connaissance à ce stade ni de ses termes spécifiques, ni de ses implications pour l'ensemble des parties prenantes, il nous faut désormais en étudier les conséquences." Pour l’instant, c’est le grand flou sur la place de chacun dans le futur Suez, même si les directions de Suez et Veolia ont réaffirmé que le capital resterait majoritairement français.
"Je comprends la déception des salariés et il ne faut pas nier le traumatisme, mais nous avions la responsabilité de faire face au principe de réalité et de ne pas entrer dans une guerre qu’on ne gagnerait pas, poursuit Philippe Varin. L’histoire du groupe a été faite de rebonds et le potentiel est là." Suez peut donc retrouver une place plus conforme à son statut, à l’avenir, en gagnant des appels d’offres y compris contre Veolia à l’international. Mais Franck Reinhold von Essen rappelle qu’il "faut des moyens financiers pour se relancer".



