Après avoir évincé assez brutalement Emmanuel Faber, le conseil d’administration de Danone a finalement décidé de nommer à sa direction générale un profil rassurant et plus classique : Antoine de Saint-Affrique. Ces dernières semaines, le nom du dirigeant du chocolatier suisse Barry Callebaut revenait avec insistance, tout comme celui de Nathalie Roos, qui dirigeait précédemment la division "produits professionnels" de L'Oréal.
Bon bilan chez Barry Callebaut
C’est finalement le premier qui a eu les faveurs des administrateurs de Danone, lundi 17 mai, confirmant une information dévoilée par Le Figaro. Il avait annoncé il y a peu quitter ses fonctions, à sa demande, chez Barry Callebaut au 1er septembre prochain après plus de six ans passés à la tête de l'entreprise. "Son bilan y est remarquable", souligne un observateur. Parmi ses faits d'armes : avoir augmenté la présence internationale du numéro un mondial du cacao et du chocolat face aux géants agroalimentaires que sont Mars ou Nestlé, notamment dans les pays émergents où la consommation de chocolat est naissante. Le tout en doublant le cours de bourse du groupe suisse. Un argument auquel les investisseurs de Danone ont été inévitablement sensibles puisque la faiblesse de la performance boursière du géant agroalimentaire français était au cœur du départ forcé d'Emmanuel Faber.
Le profil international d’Antoine de Saint-Affrique, 57 ans, a forcément convaincu pour diriger Danone. Diplômé d’un MBA de l’Essec, c’est un habitué des groupes internationaux et de l’alimentaire, où il a réalisé une grande partie de sa carrière. Avant d’être nommé en 2015 à la tête de Barry Callebaut, il était avait dirigé la branche alimentaire d’Unilever et été membre de son comité exécutif : il y avait fait ses armes dans le marketing, en France et aux États-Unis, avant de diriger des filiales dans la zone euro et en Europe de l’Est.

- 1102.98+6.11
Mars 2026
Huile de palme - Malaisie$ USD/tonne
- 472.5+2.86
Mars 2026
Graines de soja - Etats-Unis$ USD/tonne
- 658.25+5.07
Mars 2026
Phosphate diammonique (DAP)$ USD/tonne
Travailler sur la transition environnementale
Alors que Danone a fait de son empreinte environnementale une quasi mission, se sachant attendu au tournant par ses consommateurs friands de ses yaourts ou boissons, Antoine de Saint-Affrique a travaillé sur l’enjeu de la durabilité chez Barry Callebaut. Le chocolatier s’est fixé l’année 2025 pour fournir ses clients avec 100 % de cacao durable, en multipliant les partenariats locaux et en investissant «plusieurs millions d’euros chaque année, nous confiait en 2017 Antoine de Saint-Affrique. C’est clairement une logique d’investissement pour l’avenir ». Au Ghana et en Côte d’Ivoire, plus de 60 % de son cacao était alors déjà durable. Les fruits du travail réalisé par ses agents techniques, outil GPS et smartphone à la main, qui cartographient une à une des dizaines de milliers de parcelles et interrogent leurs propriétaires sur leur productivité, leur utilisation de pesticides et leur situation familiale, afin de les intégrer dans ses programmes de certification.
Si Danone – connu pour ses marques Actimel, Evian, Blédina... - est accusé par certains d’être en panne d’innovation comparé à ses concurrents Nestlé et Unilever, Antoine de Saint-Affrique peut se targuer d’en avoir laissé une en héritage à Barry Callebaut : une quatrième classe de chocolat (après le blanc, le noir et le lait), née dans son centre R&D de Louviers (Eure), appelée Ruby. "Nous en attendons un premium significatif car c’est extrêmement difficile à faire, nous avait-il confié lors de son lancement en 2017. Il faut trouver au Brésil, en Côte d’Ivoire et en Équateur les fèves de cacao ayant naturellement cette couleur rosée, avec un goût fruité, et les transformer via un process différent et beaucoup plus compliqué que pour les autres types de chocolat.".
Première mission
L'une des premières missions d'Antoine de Saint-Affrique sera de mettre en place le plan Local First, façonné par Emmanuel Faber. La réorganisation de Danone autour de pôles régionaux devrait se traduire par 1 850 suppressions de postes à travers le monde mais devrait également permettre au groupe de rattraper ses concurrents au niveau de la rentabilité. Danone vise une marge opérationnelle supérieure à 15 %, contre 14 % aujourd'hui.



