Après un mois de campagne ouverte de deux fonds activistes et une action auprès des administrateurs débutée depuis probablement bien plus longtemps, le conseil d'administration de Danone a décidé de se débarrasser du PDG de la première entreprise à mission cotée. Pourtant, ce conseil d’administration, n’était pas si critique de son président il y a tout juste en an. Il en était même très satisfait à l’époque. Cette information n’a rien de confidentiel, contrairement aux discussions entre administrateurs de ces dernières semaines.
Elle se trouve page 236 du dernier rapport annuel du géant de l’agro-alimentaire. Sur proposition du comité de gouvernance, composé de Michel Landel, Clara Gaymard, Benoît Potier et Lionel Zinsou-Derlin, le conseil d’administration de Danone avait estimé le 25 février 2020 que le PDG avait atteint 102,5 % de son objectif. Il avait en conséquence accordé à M. Faber la totalité de sa cible de rémunération variable soit 1 025 000 euros au titre de l’exercice 2019. Y-avait-il matière à le débarquer un an plus tard alors qu’une crise mondiale était survenue et que l’entreprise restait rentable ? A chacun de juger.
Au-delà, une petite musique est montée, expliquant qu’Emmanuel Faber se focalisait trop sur ses engagements RSE et avait échoué sur les performances économiques, en plus d’être un piètre manager. Et cela depuis plusieurs années. Là encore l’évaluation du conseil contredit cette théorie.
102,7 % d'atteinte de son objectiif

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Sur l’économique (60 % du variable), Emmanuel Faber avait atteint en 2019 selon le conseil 91,7 % de son objectif. Pas vraiment une déconfiture. Dans le détail, l’économique était composé de trois indicateurs : la croissance du chiffre d'affaires, la marge opérationnelle courante, le free cash flow. Si Emmanuel Faber avait connu un loupé sur l’objectif de croissance qui n’avait été que + 2, 6 %, il avait rempli 140 % de l’objectif de marge opérationnelle et 200 % de l’objectif de free cash flow avec un montant de plus de 2,5 milliards d’euros. Sur la dimension managériale (20 % du variable), l’objectif avait lui été atteint à 125 %. Il recouvrait le pilotage des organisations de Danone, dont on a beaucoup entendu dire par ses détracteurs dans la dernière période qu’il était mal assuré. Enfin son objectif RSE (20 % du variable) avait été atteint à hauteur de 112,5 %.
Avant qu’une crise mondiale ne se déclenche, fragilisant le marché des eaux de Danone, et que des fonds activistes lancent une campagne, le conseil évaluait donc très favorablement son PDG. Comment expliquer cette volte-face ? Première explication : il connaissait l’incompétence du PDG mais n’en tirait pas les conséquences sur l’évaluation de ses objectifs et sa rémunération, ce qui n’était pas très courageux. Deuxième explication : la crise a subitement décillé leurs yeux. Dans ce cas, il manquait singulièrement de clairvoyance auparavant. Troisième explication, il se satisfaisait sincèrement du résultat du PDG et n’a reculé que face aux coups de boutoirs des fonds activistes... et on en revient de nouveau à un manque de courage pour monter au créneau pour soutenir l'homme comme sa stratégie.



