Solvay n’a pas attendu la signature de son contrat de transition écologique, ce 22 novembre 2023. Le chimiste belge, qui finalise sa scission en deux groupes distincts a déjà lancé le programme de décarbonation de son complexe de carbonate de soude et de bicarbonate de sodium à Dombasle (Meurthe-et-Moselle).
En Lorraine, il s’est associé à Veolia pour entièrement repenser l’alimentation énergétique de ce site de 500 salariés et sous-traitants qui, avec ses 500 000 tonnes de capacités par an et ses 480 000 tonnes d’émissions de CO2 chaque année, se classe parmi les 50 sites les plus émetteurs de France. L’objectif est une sortie du charbon d’ici fin 2024, afin de réduire de 50% les émissions du complexe. Le projet s’inscrit plus globalement dans la décarbonation de l’ensemble des usines de carbonate de soude de Solvay dans le monde, qui représentent à elles seules la moitié des émissions du groupe.
Solvay a démarré la construction en février 2022 d’une unité de cogénération, laquelle utilisera des combustibles de récupération (CSR), classés en déchets non recyclables et qui seront fournis par Veolia. Le démarrage de cette unité est désormais programmé pour la fin 2024, selon un porte-parole du groupe chimique belge, et devrait permettre alors de limiter les émissions annuelles de CO2 du site à 240 000 tonnes. Au total, le budget de ce projet s’élève à 225 millions d’euros. Pour assurer le financement, Solvay et Veolia ont constitué la société Dombasle Energie, dont ils sont actionnaires. Ils ont été rejoints par le fonds d’investissement néerlandais DIF Capital Partners, spécialisé en partie dans les projets industriels de décarbonation et qui a pris une part majoritaire dans Dombasle Energie. Par ailleurs, l’Ademe a déjà alloué 13,3 millions d’euros d’aides au projet, tandis que la région Grand Est participe à hauteur de 1,5 million d’euros.
L'usine de Solvay à Dombasle développe aussi un nouveau procédé électro-chimique
En parallèle de ce projet, Solvay travaille aussi à Dombasle au développement d’un nouveau procédé de production de carbonate de soude, baptisé «e.Solvay» en raison de sa technologie d’électrification. Dans une interview à L’Usine Nouvelle en octobre 2022, Philippe Kehren, actuel président de la division Carbonate de soude et dérivés mais qui sera dans quelques semaines à la tête de Solvay, expliquait que ce procédé doit permettre «d’éliminer l’utilisation de combustibles solides au niveau des fours à chaux et de les remplacer par un procédé électro-chimique pour recycler l’ammoniac utilisé comme intermédiaire dans la synthèse du carbonate de soude. Cela permettra aussi d’éliminer les rejets de calcaire dans les effluents et de réduire la consommation d’eau, de saumure et de calcaire». Après une validation en laboratoire en Espagne, la réussite à échelle industrielle de ce procédé sur l’unité pilote de Dombasle est une étape cruciale pour un déploiement sur les sites industriels de carbonate de soude du chimiste.



