Séduire les investisseurs, dernière étape de la scission du chimiste Solvay et de la nouvelle entité Syensqo

Le groupe chimique belge Solvay finalise sa séparation avec la création d’un acteur éponyme, regroupant la chimie de commodités, et celle de Syensqo, embarquant les spécialités et matériaux. En attendant l’approbation des actionnaires le 8 décembre, il faut séduire les investisseurs.

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Avant l'avis des actionnaires attendu le 8 décembre, les dirigeants de l'actuel chimiste belge Solvay vantent auprès des investisseurs les profils des deux entreprises qui naîtront de la scission du groupe: le nouveau Solvay et Syensqo.

Opération séduction pour Solvay et Syensqo. Les deux futures entités appelées à porter, de manière séparée, l’héritage du groupe Solvay, amorcent la toute dernière ligne droite de leur création, avec un «road-show» pour convaincre les investisseurs. La dernière étape se tiendra le 8 décembre prochain, face aux actionnaires cette fois, qui devront donner leur feu vert pour la scission du chimiste belge.

La future gouvernance a été révélée début novembre : Philippe Kehren deviendra directeur général du nouveau Solvay, centré sur les activités de commodité, et Ilham Kadri, actuelle PDG du groupe prendra la direction de Syensqo, rassemblant matériaux et spécialités. Les deux futurs dirigeants ont présenté, le 13 novembre 2023, leurs premières perspectives et objectifs sur la période 2024-2028.

Comme l’a résumé Philippe Kehren à l’adresse d’Ilham Kadri lors d’une présentation en ligne, «Syensqo invente les produits du futur, Solvay invente les procédés d’avenir». Cela illustre bien la feuille de route des deux entités. Le nouveau Solvay veut se poser comme la référence de ses segments, en étant le plus performant à la fois en échelle et en coûts. Ce groupe de 5,6 milliards d’euros de ventes annuelles, de plus de 9 000 salariés et de 42 sites industriels, se dit leader de tous ses marchés : carbonate et bicarbonate de soude, solvants, terres rares pour les catalyseurs automobiles, silices ou encore peroxydes. «75% des activités sont alignés avec la croissance moyenne du PIB, ce qui nous offre de la prédictibilité, et les 25% restants affichent une croissance plus rapide», assure Philippe Kehren.

Le défi de la sortie du charbon pour le nouveau Solvay

Rentable, avec une marge d’Ebitda actuelle de 23%, et grand générateur de cash, le nouveau Solvay fait toutefois face à de nombreux défis. S’il est positionné sur des marchés résilients et parfois très attractifs, comme ceux des solvants verts, des produits chimiques pour la production de semi-conducteurs ou encore pour le recyclage des batteries, le futur groupe doit composer avec deux enjeux majeurs. D’une part, ses besoins industriels sont gourmands en capital et l’excellence opérationnelle et des procédés est clé. De l’autre, il fait face à l’immense défi d’une neutralité carbone visée pour 2050. Ce qui concerne avant tout ses usines de carbonate de soude qui concentrent la moitié des émissions de scope 1 et 2 de l’ensemble de l’actuel Solvay.

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Cela passera d’abord par la sortie du charbon. Sur 7 sites, 5 y ont encore recours pour leurs besoins énergétiques. Philippe Kehren assure que cette sortie du charbon sera «finalisée d’ici 2030». Le site américain y renoncera dès l’année prochaine, et deux, en France (Dombasle, en Meurthe-et-Moselle) et en Allemagne suivront sous deux ans avec de nouveaux procédés et solutions en déploiement et construction.

Restent deux autres sites en Europe, en Bulgarie et Espagne, qui doivent encore trouver leur solution. «Nous ne ferons pas de sortie du charbon à n’importe quel coût, nous devons trouver des solutions rationnelles et compétitives qui sécurisent ces sites sur le long-terme», prévient encore Philippe Kehren. Sur 4 milliards de dépenses d’investissement programmées jusqu’en 2028, le nouveau Solvay prévoit ainsi d‘en consacrer un tiers aux projets de décarbonation. Soit autant que pour les nouveaux projets industriels, et autant que pour l’amélioration de ses dividendes. Financièrement, il est prévu des économies de coûts de 300 millions d'euros par an, et une croissance moyenne de l’Ebitda d’un pourcentage moyen à un chiffre.

Faire de Syensqo un « moteur de croissance »

Très enthousiaste, Ilham Kadri se montre de son côté persuadée de la réussite du nouveau Solvay et aussi de celle de Syensqo qu'elle prendra en mains. Le groupe affichera 7,9 milliards d’euros de chiffre d’affaires annuel au démarrage, avec 13 200 employés et 62 sites industriels sur le globe. Géographiquement, Syensqo sera très nord-américain (marché qui concentre 41% de ses ventes), devant l’Asie (36%) et l’Europe (23%).

Focalisé sur l’innovation et la mise sur le marché de spécialités et de matériaux à forte valeur ajoutée, et donc plus rentables que les commodités, le futur groupe compte fortement investir en R&D, prévoyant des dépenses atteignant 5% du chiffre d’affaires en 2028 contre 3,8% en 2022 pour l’actuel Solvay. En ligne de mire, Ilham Kadri compte sur de futures ventes potentielles du portefeuille en développement de «3,5 milliards d’euros supplémentaires d’ici à 2028». La dirigeante entend faire de Syensqo «un moteur de croissance», avec des objectifs «d’accélérer la croissance», «d’aller plus vite que nos marchés», ou encore d’afficher «une profitabilité best-in-class».

Un des grands avantages de Syensqo réside dans ses marchés finaux, particulièrement porteurs, comme l’électrification et l’allègement, par exemple dans des segments comme l’aéronautique et l’automobile, ou encore toutes les applications de ses spécialités dans les domaines des soins de la personne ou de la transition énergétique. La croissance des ventes est ainsi attendue pour moyenne de 5% à 7% par an d’ici à 2028, avec un Ebitda sous-jacent qui passerait de 23,6% à environ 25%. Le profil environnemental de Syensqo a aussi de quoi séduire les investisseurs. Actuellement, l’entreprise annonce des émissions de scope 1 et 2 inférieures de 40% par rapport à 2021, visant une neutralité carbone sur ces deux scope en 2040. Pour le scope 3, l’objectif est de -23% d’ici à 2030. Aussi, à cette échéance, 18% des ventes seraient qualifiées de circulaires.

L'inconnue de l'engagement de la holding familiale Solvac

En attendant la fin des prochaines semaines de séduction des investisseurs puis le verdict des actionnaires le 8 décembre, ni Solvay ni Syensqo n’indiquent de fourchette de prix pour leur action respective. Ils ne détaillent pas non plus la structure capitalistique envisagée. La grande inconnue est de savoir comment Solvac, holding qui regroupe les familles fondatrices de Solvay, soutiendra l’une et l’autre des deux entreprises. Actionnaire principal, à plus de 30%, du groupe actuel, Solvac conférait une jolie protection capitalistique à l’ensemble du groupe pour son indépendance. Impossible de savoir comment, désormais, la holding interviendra. Seule certitude : elle a officiellement toujours soutenu le projet de scission.

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