Solvay tournera bien une page décisive de ses 160 ans d’existence avant la fin de l’année. Annoncé au printemps 2022, le projet de séparation en deux grands groupes se poursuit et devrait être entériné définitivement en décembre prochain lors d’une assemblée générale extraordinaire des actionnaires. La date exacte n’est pas encore fixée. En revanche, les nouveaux patronymes sont connus. Les appellations Solvay et Syensqo sont retenues, comme annoncé le 16 juin par Ilham Kadri, la PDG du groupe belge lors d’une conférence en ligne.
Syensqo regroupera toutes les spécialités chimiques du groupe actuel. Cet ensemble représente un chiffre d’affaires annuel, pour 2022, de 7,9 milliards d’euros, avec une marge d’Ebitda de plus de 22% - ce que le groupe présente comme une performance supérieure à celle de ses pairs. Syensqo regroupe l’ensemble de la chimie et des matériaux de spécialités du groupe actuel, certains étant biosourcés, soit des substances et matériaux à forte valeur ajoutée qui se vendent cher. Ces lignes de produits ciblent aussi des marchés très concurrentiels et en forte croissance, comme les applications dans la mobilité propre, l’hydrogène vert, les thermoplastiques, les batteries, l’électrification ou encore l’allègement des matériaux. Cet ensemble dispose par ailleurs d’un objectif de neutralité carbone des productions industrielles à l’horizon 2040.
La composition du nom Syensqo (à prononcer "ScienceCo"), plus facile et compréhensible à l’écoute qu’à l’écrit, relève de plusieurs éléments. "Sy" est une référence directe à Solvay, "En" une référence directe au fondateur Ernest Solvay. Ce qui forme la partie "Syens", est évidemment liée à la science. Si le "Qo" est un rapprochement avec la traditionnelle contraction anglophone Co pour Company, le Q est une référence au premier congrès scientifique de Solvay, en 1911, qui avait posé, selon Ilham Kadri «les fondations de la physique quantique». Au final, ce nouveau patronyme est sensé illustrer la volonté du futur acteur d’incarner des «explorateurs créant des ruptures pour faire avancer l’humanité», explique la PDG de Solvay.
Les activités historiques conservent le patronyme Solvay
L’héritage du nom Solvay sera confié au second groupe qui rassemblera les activités historiques du chimiste belge, comme le carbonate et le bicarbonate de soude, ainsi que les peroxydes, la silice ou encore les solvants. L’ensemble représente un chiffre d’affaires de 5,6 milliards d’euros en 2022, pour une marge d’Ebitda de 23%. Ces activités évoluent sur des marchés très divers, allant de la purification d’eau et d’air à l’agroalimentaire, en passant par l’automobile ou la pharmacie, avec de gros volumes. Un des défis sera la décarbonation de l’outil industriel, avec une neutralité envisagée pour 2050. Solvay a déjà engagé de multiples projets sur ses différents sites, en particulier en Europe, sur le principe d’une sortie de l’utilisation du charbon pour les besoins énergétiques fixée en 2030. Un milliard d’euros d’investissements est prévu simplement pour décarboner les seules activités de carbonate de soude.
Le futur Solvay et Syensqo sont appelés à évoluer de manière séparée dès 2024. Des bilans comptables séparés depuis 2021 seront présentés le 3 août prochain lors de la parution des résultats du groupe du premier semestre. Si les structures des deux futurs acteurs commencent à être bien définies, les éléments sur la structure capitalistique et la gouvernance ne sont pas encore dévoilés. En particulier la présence de Solvac, holding qui regroupe les familles fondatrices de Solvay et qui demeure jusqu’à présent le principal actionnaire du groupe avec 30% du capital détenu. En 2022, lors de la présentation du projet de scission, Solvac avait assuré de son engagement fort dans les deux futures entreprises. «Nous nous attendons à ce que la situation actuelle se poursuive», a indiqué Ilham Kadri à ce sujet.



