L'Usine Nouvelle. - Vous parlez régulièrement de simplification de portefeuille. En 2020, Solvay aura procédé à de petites cessions. Le temps des grandes cessions, comme celles des chlorovinyliques, des câbles d’acétate ou des polyamides, est-il terminé ?
Ilham Kadri - Depuis mon arrivée en 2019, j‘ai répété qu’il n’y a pas de “vache sacrée” dans le groupe. Je suis à l’écoute de nos actionnaires, de nos collaborateurs et de nos clients. J’ai mené mes propres investigations, j’ai soulevé toutes les pierres, tous les actifs. La bonne nouvelle est que Solvay dispose d’actifs de bonne qualité. D’ailleurs, en temps de crise, je constate que les marges sont là et leur qualité est prouvée. Ceci dit, notre stratégie vise clairement la simplification de notre portefeuille d’activités et la création de valeur. Nous travaillons à l’amélioration de certaines activités avant leur cession.
Nous n’avons pas à brader nos actifs car notre groupe se porte bien. Si nous estimons ne pas être le meilleur opérateur pour faire progresser un actif, nous avons la possibilité de le vendre en réalisant une bonne plus-value. La simplification de notre portefeuille doit se poursuivre dans les mois et années à venir, mais il n’y aura pas de cession forcée. Nous avons déjà réalisé une série de six cessions, notamment avec les polyamides et nous avons cédé près de 2 milliards d’euros de chiffre d’affaires. Aujourd’hui nous examinons les options stratégiques pour différentes activités, comme notre filière oil and gas, qui représente environ un demi-milliard d’actifs.

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Sur le front des acquisitions, à part quelques participations dans des start-up, Solvay a été très discret. Comment envisagez-vous la suite à court et moyen termes ?
Pour le moment, je suis plutôt dans la position de « faire peu mais bien ». Du point de vue des acquisitions, nous recherchons toujours des attraits technologiques et géographiques susceptibles d’accroître notre leadership. Pour ma part, j’ai réalisé beaucoup de M&A et il faut de la discipline et de la création de valeur. L’intégration de sociétés telles que Chemlogics et Cytec prend beaucoup de temps car nous voulons créer de la valeur de façon rentable et durable et non dilutive.
"Nous recherchons toujours des attraits technologiques et géographiques susceptibles d’accroître notre leadership"
En termes de projets, vous avez surtout signé des contrats dans le domaine de l’aéronautique. Pourtant votre branche Composites a été durement touchée en 2020 et vous avez fermé deux usines. N’est-ce pas paradoxal ?
L’aéronautique est un marché qui fonctionne sur le long terme. Les composites sont des matériaux prometteurs, dont la croissance devrait se poursuivre, même si, à court terme, le marché est en recul. Les composites sont des matériaux clés dans la conception des avions de nouvelle génération, car en remplaçant le métal ils permettent d’alléger les avions. Ils représentent aujourd’hui près de 50 % des gros porteurs et 25 % des moyen-courriers et nos produits Solvay sont bien positionnés sur ce segment.
La crise a accéléré la restructuration déjà planifiée de nos opérations. C’est ainsi que nous avons supprimé 570 postes et fermé deux sites de production au Royaume-Uni et aux Etats-Unis. Ce ne fut pas une décision facile mais elle était nécessaire. Ces fermetures ont généré 60 millions d’euros d’économies et leurs activités ont été transférées vers d’autres sites. Nous tablons sur un rebond à partir de 2023. Cette filière industrielle se ré-imagine, se restructure et nos clients demandent des innovations d’allègement et une chaîne d'approvisionnement plus efficace pour être plus concurrentiels. Les avions de nouvelle génération génèrent une faible pollution, et constituent l’avenir des composites. Dans l’aéronautique il y a également l’hydrogène. Airbus prévoit le lancement d’un avion à hydrogène en 2036. Nous venons de lancer notre plateforme d’hydrogène vert autour de nos technologies de membranes (polymère conducteur d'ions), qui est un composant nécessaire dans le processus de production d'hydrogène. Nous sommes donc très bien positionnés pour participer à la construction de l’écosystème de l’hydrogène.
"Nous sommes très bien positionnés pour participer à la construction de l’écosystème de l’hydrogène."
En France, que représente Solvay aujourd’hui et quels sont les projets industriels en cours ?
La France est un pays où nous sommes bien présents, notamment avec nos activités de recherche et innovation. C'est le pays où nous comptons le plus de salariés (3 700 personnes) grâce à des activités implantées depuis 155 ans avec l’héritage de Rhodia. Notre chiffre d’affaires en France est d’environ un milliard d’euros et plus de 70 % des activités sont destinées à l’export. Notre tissu industriel y reste très important avec dix sites et nous continuons d’y investir. Nous avons par exemple un projet à Dombasle (Meurthe-et-Moselle) pour la transition énergétique de ce site de production de carbonate de soude. Nous avons également lancé un consortium d’économie circulaire pour le recyclage des batteries, avec Veolia qui nous amène son savoir-faire de collecte et de désassemblage, tandis que nous apportons notre savoir-faire de chimiste pour séparer et réutiliser les matières critiques. Par ailleurs, nous doublons aussi nos capacités de production de vanilline naturelle et nous poursuivons nos investissements dans plusieurs autres projets industriels, comme celui d’augmenter nos capacités de polyfluorure de vinylidène (PVDF), à Tavaux (Jura).
Vous aviez détaillé ces derniers mois les projets de transition énergétique de Solvay. Vous avez aussi entamé une transition numérique. Où en êtes-vous ?
La digitalisation est devenue un sujet de premier plan au sein du groupe avec la pandémie. Nous venons d’ailleurs d’engager un Chief Digital Officer. Nous voulons déployer la digitalisation dans nos unités de production pour optimiser l’efficience des processus opérationnels. Notre site de Tavaux est un modèle en France. Nos collaborateurs pilotent l’usine de manière ultra-connectée. La digitalisation est effective dans une douzaine d’usines aujourd’hui et en cours de déploiement dans douze autres. La digitalisation améliore la productivité tout en réduisant les investissements. Elle se déploie aussi sur la chaîne d’approvisionnement, la R&D, l’expérience clients et chez nos collaborateurs. La crise a forcé l'expérience du télétravail et mis en place de nouvelles méthodes efficaces. Aujourd’hui 77 % de nos salariés sont capables de travailler à distance et nous voulons rendre cette possibilité structurelle. La digitalisation va se généraliser dans l’industrie chimique, qui est très en retard par rapport à d’autres secteurs.
Solvay renforce son plan d’économies
La restructuration de Solvay va se poursuivre. Lors de la présentation de ses résultats annuels, mercredi 24 janvier, le groupe a annoncé la suppression de 500 emplois supplémentaires à l’horizon 2022. Le plan d’économies de 300 millions d’euros annoncé en novembre 2019 va être également porté à 500 millions d’euros d’ici à la fin de l’année 2024. En 2020, le chiffre d’affaires du groupe a diminué de 10,1 % en termes organiques à 8,96 milliards d’euros sous l’impact de la crise sanitaire. “Le bénéfice net sous-jacent était de 618 millions d’euros en 2020”, indique le chimiste belge qui a réalisé un free cash flow record de 963 millions d’euros. Solvay a aussi rapporté des ventes moins pires que prévu au quatrième trimestre grâce à une forte demande dans les marchés des soins de santé, des biens de consommation, des soins à la personne et de l’électronique. Solvay a accusé une baisse de 9,3 % de son chiffre d'affaires au dernier trimestre de 2020 à 2,21 milliards d'euros, contre un consensus de 2,12 milliards d'euros.



