Le marché ne s’est pas emballé. Euronext a enregistré une brève envolée du cours de l’action Solvay à l’ouverture de la Bourse, le 15 mars juste après l’annonce de sa scission, avant une chute qui n’a jamais vu remonter le titre au niveau de la veille. A en croire cette courbe d’un jour, le nouveau projet stratégique n’a pas séduit les investisseurs. L’idée est de scinder le groupe chimique belge en deux entités distinctes d’ici au second semestre 2023. Avec d’un côté les commodités chimiques, activités portées sur les volumes et vouées à générer du cash, et de l’autre les spécialités chimiques, plus rentables et ciblant des marchés porteurs. Ces deux sociétés internationales resteront ancrées en Belgique, cotées sur Euronext à Bruxelles et Paris.
Le chimiste belge n’est pas coutumier des virages stratégiques. Mais depuis sa création en 1863, Solvay en a accompli quelques-uns, sans échec notable. Avant 2000, les évolutions ont été progressives, comme lors d’une première diversification à partir des années 1950 dans les plastiques, venus s’ajouter aux activités historiques de carbonate de soude puis de dérivés chlorés. Après le choc pétrolier de 1973, Solvay s’est fait une place dans les sciences de la vie en misant sur la santé et les phytosanitaires pour étayer son portefeuille, via une stratégie de croissance externe.
Transformation plus tranchante depuis 2001
Après 2000, Solvay a opté pour des virages plus serrés. En 2001, exit les polyoléfines, bases des matières plastiques, cédées à BP. En 2009, la division pharmacie est entièrement vendue au laboratoire américain Abbott, marquant un retour net vers la chimie. Dernièrement, en 2019, la division polyamides a été transmise à BASF et Domo. En parallèle, sur le front des acquisitions, Solvay a accompli trois opérations majeures. L’une n’a pas vraiment porté ses fruits, celle de Chemlogics, spécialiste américain des produits chimiques pour l’extraction du pétrole et du gaz, en 2013. Les deux autres ont considérablement changé la donne et le profil du groupe. D’abord avec la reprise du français Rhodia, en 2009, qui a bien étoffé l’empreinte industrielle et le portefeuille de spécialités de Solvay. Ensuite avec l’acquisition inspirée de l’américain Cytec en 2015, embarquant le groupe dans les matériaux composites et les débouchés dans l’aéronautique.

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Performances financières
Le projet actuel est autrement plus radical. Il n’est plus question d’alléger ni de renforcer le portefeuille, mais de le scinder définitivement. Focalisée depuis son arrivée en 2019 sur le redressement de la rentabilité du groupe et la réorganisation des différentes divisions, Ilham Kadri vante une situation idéale pour Solvay. La PDG juge que les actions entreprises sous son mandat ont « amélioré et transformé la performance financière de la société », au point de « dépasser les prévisions en 2021 », avec « trois ans d’avance » sur le « plan stratégique de moyen terme », et ce malgré le « stress test du Covid ». C’est « cette performance de Solvay au cours de ces trois ans qui permet de prendre aujourd’hui ces mesures plus audacieuses », se félicite encore la dirigeante.
Le géant belge de la chimie va donc se transformer en deux entités présentées par Ilham Kadri comme « deux nouveaux leaders dans leurs marchés, chacun avec une orientation stratégique propre qui leur permettra un meilleur positionnement pour dégager de la valeur». Le projet nourrit quelques incertitudes sur cette valeur à venir, et même sur l’avenir du nom Solvay. En attendant la dénomination future, les deux entités sont provisoirement baptisées EssentialCo et SpecialtyCo.
Produits chimiques essentiels
La première rassemble les activités fondatrices de carbonate de soude avec celles dans les peroxydes, la silice et les solvants. L’ensemble représente 45 sites industriels et 4,1 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2021. Ilham Kadri décrit un « leader des produits chimiques essentiels sur des marchés attractifs », avec un « mandat pour renforcer le leadership en matière de coûts et de génération de liquidités ». Reste qu’il s’agira d’un groupe de commodités chimiques, très dépendant de l’excellence de ses procédés, de sa productivité et des prix pour assurer sa rentabilité. Un positionnement assumé mais qui interroge, alors que la très grande majorité des acteurs mondiaux de la chimie ont sciemment délesté leurs portefeuilles des commodités ces dernières années pour les axer sur les spécialités, bien plus rentables en raison d’une bien meilleure valeur ajoutée.
Spécialités tournées vers les marchés porteurs
C’est précisément ce que sera SpecialtyCo. Cette entité de spécialités a pesé 6 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2021 et opère 68 sites industriels dans le monde. Elle regroupe d’une part les polymères et composites de haute performance du groupe, générant des marges élevées et alimentant des marchés finaux en vogue comme l’allègement, les batteries et l’hydrogène. Cerise sur le gâteau, selon Ilham Kadri, ce « segment des matériaux est devenu autonome et de dépend plus » du cash généré par celui des produits chimiques essentiels « pour alimenter sa croissance ». L’ensemble abritera d’autre part les polymères et solutions de performance pour des marchés de grande consommation et la gestion des ressources, basés sur des technologies de pointe et des ingrédients plus durables.
Attractives spécialités
Sur le papier, cette seconde entreprise paraît la plus prometteuse pour se développer. C’est elle qui concentre l’innovation, la création de valeur et les meilleures marges. C’est aussi elle qui sera le plus facile à décarboner, une des grandes priorités de Solvay depuis trois ans, avec un objectif de neutralité carbone dès 2050. Pour SpecialtyCo, ce sera désormais avant 2040, avec dix ans d’avance sur EssentialCo. Le projet est pleinement soutenu par Solvac, la holding regroupant depuis 1983 les familles fondatrices, qui reste le principal actionnaire de Solvay avec 30% du capital. Dans un communiqué, Solvac « s’engage à rester un actionnaire de référence dans les deux sociétés ». Pour le moment. Finalement, c’est peut-être ce soutien de la holding, aujourd’hui particulièrement protecteur pour Solvay, qui refroidit les investisseurs. Car vu le profil des deux futures entités, celui de SpecialtyCo a tout pour aiguiser plus certains appétits.



