L’Etat valide les plans de décarbonation des 50 sites industriels les plus émetteurs de CO2

Un an après avoir demandé aux industriels d’élaborer leur feuille de route en matière de décarbonation, le gouvernement va signer des contrats de transition écologique pour les 50 sites les plus émetteurs de gaz à effet de serre. De 50 à 70 milliards d’euros d’investissements devront être réalisés au total, afin de réduire de 45% leurs émissions d’ici 2030.

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Zone de Fos - ArcelorMittal et environs
L'acierie d'Arcelor Mittal de Fos doit réduire de 40% ses émissions à 2030 dans le cadre de son contrat de transition écologique signé le 22 novembre.

Dans la course à la décarbonation, l’heure est désormais aux travaux pratiques pour les industriels les plus polluants. La ministre de la Transition énergétique Agnès Panier-Runacher, son homologue de l’Industrie Roland Lescure et Dominique Faure, en charge des collectivités locales, vont signer ce mercredi 22 novembre, sur le Salon des maires, les contrats de transition écologique des cinquante sites industriels les plus émetteurs de CO2. Au final, les industriels s’engagent à réduire d’au moins 45% leurs émissions de CO2 d’ici à 2030, et atteindre à l’horizon 2050 la neutralité carbone.

La démarche a été engagée un an plus tôt. Le 8 novembre 2022, le président de la République avait réclamé aux industriels, convoqués à l’Elysée pour l’occasion, de détailler leur feuille de route pour décarboner leurs sites les plus polluants. En juin, la Première ministre Elisabeth Borne avait relevé les copies de chacun d’entre eux. Depuis, des discussions se sont engagés entre industriels et l’Etat pour approfondir les leviers à mobiliser pour les industriels. «Cela permet d’acter que ces stratégies sont adaptées aux possibilités technologiques et économiques de chaque groupe», valide un acteur industriel.

Les 50 sites représentent 60 % des émissions de l'industrie 

Le levier est en tout cas stratégique : à eux seuls, les 50 sites les plus émetteurs de CO2 – 55 sites en réalité car l’ensemble des raffineries françaises ont été intégrées dans l’exercice – représentent près de 60% des émissions de CO2 générées par l’industrie et 12% des émissions de gaz à effet de serre de la France. Outre les raffineries, ces sites fortement émetteurs regroupent des usines de sidérurgie, les principales plateformes pétrochimiques une vingtaine de cimenteries ainsi que des sucreries et les sites de fabrication d’engrais.

Selon les secteurs, les ambitions des industriels sont plus ou moins élevées. Dans la métallurgie, Saint Gobain PAM compte sur une baisse de 80% de ses émissions en 2030. Dans son contrat de transition écologique, le chimiste Novacarb envisage dans un scénario central une baisse de 47% de ses émissions à l’horizon 2030, qui pourrait monter à 67% de réduction dans l'hypothèse la plus favorable. Pour ses cinq raffineries françaises, TotalEnergies ambitionne quant à lui d’atteindre une baisse plus ambitieuse de 50% de ses émissions d’ici sept ans, davantage que l’objectif fixé par le gouvernement.

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Pour atteindre ces objectifs, des investissements massifs vont devoir être débloqués. De 50 à 70 milliards d’euros supplémentaires devraient être engagés par les industriels dans les prochaines années. «L’exercice va permettre de préciser la façon dont on va soutenir les industriels», souligne Bercy. Une partie de ces investissements pour mettre en place de nouveaux procédés industriels sera très difficile à rentabiliser et nécessitera des soutiens publics pour se réaliser. Mais il s’agit aussi pour la puissance publique de calibrer les infrastructures et de soutenir les raccordements au réseau électrique, mais aussi aux futurs pipelines d’hydrogènes ou de carbone, nécessaires à cette décarbonation.

L'électrification et le recours à la biomasse, principales pistes de décarbonation à horizon 2030

Pour l’instant, 5,6 milliards d’euros ont été débloqués dans le cadre de France 2030 pour soutenir la décarbonation de l’industrie, dont 1,27 milliard d’euros a déjà été engagé. Lors de son appel à la mobilisation des industriels, Emmanuel Macron avait promis un doublement de ces moyens, avec 5 milliards d’euros d’effort supplémentaire de l’Etat, mais ils n’ont pour l’instant pas encore été confirmés.

En soi, ces contrats de transition écologique correspondent de toute façon plus à un état des lieux des stratégies des groupes industriels qu’à un plan de route définitif. Surtout, ils ne valent pas engagement de l’Etat de soutenir financièrement des projets identifiés par les industriels. A l’inverse, ils n'assurent pas que toutes les pistes identifiées par les industriels seront déployées, faute de faisabilité dans les temps. La démarche permet surtout de préciser les options sur la table pour décarboner les sites les plus polluants.  En compilant l’ensemble de feuilles de route, 8 millions de tonnes de CO2 devraient être évitées en 2030 grâce à l’électrification des procédés. Cela passe notamment par le remplacement de fours à gaz par des fours électriques pour la verrerie ou l’agroalimentaire, mais aussi par des fours à arc électrique dans le laminage de l’acier. 7 millions de tonnes évitées proviendront de l’utilisation de la biomasse.

La capture de carbone, considérée comme «la voiture balai de la décarbonation», qui permet de réduire les émissions résiduelles lorsque toutes les autres méthodes ont été mises en œuvre, pourrait contribuer à hauteur de 4 à 8 millions de tonnes de CO2, en fonction du développement des infrastructures de transport et stockage disponibles à l’horizon 2030. S’y ajoutent aussi l’efficacité énergétique (4 millions de tonnes à gagner) et le remplacement des fluides frigorifiques, l’une des principales pistes de baisse des émissions dans l’industrie agroalimentaire (avec 2 millions de tonnes économisées). Mises bout à bout, ces briques technologiques devraient permettre de réduire de 22 millions de tonnes les émissions des 50 sites les plus émetteurs et de 35 millions de tonnes les émissions globales de l’industrie, en y ajoutant les efforts diffus supportés par les PME d’ici 2030.

Une nouvelle stratégie hydrogène d'ici la fin de l'année

Pour atteindre les objectifs de décarbonation, la balle est désormais aussi dans le camp de l’Etat. Il va devoir rendre possible les feuilles de route des industriels. Les stratégies des industriels ont déjà servi à calibrer les besoins supplémentaires en électricité. Agnès Pannier-Runacher et Roland Lescure doivent détailler «d’ici la fin de l’année» la nouvelle stratégie hydrogène, qui doit notamment préciser les investissements nécessaires dans le déploiement des infrastructures de transport d’hydrogène et leur régulation, mais aussi les enjeux d’importation et d’exportation de l’hydrogène bas carbone.

Le gouvernement devrait aussi étudier comment l’hydrogène peut contribuer à la gestion du réseau électrique. Après avoir déjà investi 9 milliards d’euros dans sa stratégie d’hydrogène, l’exécutif va par ailleurs engager 4 milliards d’euros à partir de début 2024 pour soutenir la production de 1 GW d’hydrogène bas carbone, via des appels d’offres. «Il faut donner une certitude sur le prix de kilo d’hydrogène décarboné sur 15 ans par rapport à l’hydrogène fossile», pointe le ministère de la Transition.

Des contrats de différence carbone adaptés au captage de CO2

Enfin, l'exécutif doit publier dans les prochaines semaines sa stratégie française de capture de carbone (CCUS), sur laquelle il planche depuis l’été. Pour pouvoir déployer ces solutions à grande échelle, des pipelines vont être nécessaires pour transporter le carbone, mais aussi des sites de stockage en France et à l’étranger. Des accords bilatéraux sont en cours de négociation avec le Danemark et la Norvège afin d’acheminer du CO2 vers les sites de stockage en cours de constitution en mer du Nord.

Pour financer ces projets de captage, le gouvernement compte déployer des contrats carbone pour différence, un nouveau mode de subvention imaginé pour faciliter la transition verte. Afin de limiter les risques des industriels d’investissement dans ces technologies, encore peu matures, le mécanisme prévoit de garantir aux industriels soumis aux quotas d’émissions carbone un niveau de prix du carbone, à l’horizon de 15 ans, permettant de rentabiliser leurs investissements en décarbonation. La France va pré-notifier d’ici la fin de l’année à la Commission européenne un premier appel d’offre lancé au premier semestre 2024. Dans un premier temps, il ne devrait concerner que la capture de carbone, mais le gouvernement n’exclut pas de l'étendre à d’autres technologies.

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