Elisabeth Borne relève les copies des 50 sites industriels les plus émetteurs de CO2

Les feuilles de route pour la décarbonation des 50 sites industriels les plus émetteurs de gaz à effet de serre ont été remis à la Première ministre Elisabeth Borne lors du Conseil national de l'industrie. Elles font la part belle à l’électrification et au captage de carbone

Réservé aux abonnés
Unité de captage de CO2 d'Arcelor Mittal à Dunkerque
La France va se doter d'une stratégie sur le captage de CO2.

Les industriels rentrent désormais dans le dur sur la décarbonation. Depuis six mois, les 50 sites industriels les plus émetteurs de gaz à effet de serre en France planchent sur leurs feuilles de route pour réduire leurs émissions d’ici à 2030. Ces dossiers doivent être remis vendredi 23 juin à la Première ministre Elisabeth Borne lors du Conseil national de l’industrie, organisé dans l’enceinte du salon aéronautique du Bourget. «Les objectifs de baisser de 45 % les émissions de gaz à effet de serre à 2030 sont atteints. C’est un excellent résultat», se félicite-t-on à Matignon.

L’exercice est stratégique pour permettre à la France d’accélérer sa trajectoire de décarbonation. A eux seuls, ces 50 sites industriels représentent 55% des émissions de l’industrie française, mais 10% des émissions de CO2 du pays. Les feuilles de route, très détaillées, doivent par ailleurs nourrir la «planification écologique » voulue par Emmanuel Macron.

En les agrégeant, l’Etat va pouvoir préciser les besoins supplémentaires en électricité, les subventions publiques et les infrastructures qu’il faudra financer. De quoi nourrir le conseil national de la planification écologique, prévu avant l’été mais aussi la loi de programmation énergie climat. A côté des grands sites industriels, plusieurs filières également fortement émettrices mais de façon plus diffuse, comme la chimie et l’agroalimentaire, se sont aussi prêtées à l’exercice des feuilles de route.

Une stratégie captage du carbone lancée

Au total, les feuilles de routes identifient 50 milliards d'euros d'investissement pour les industriels d'ici sept ans. Mais la décarbonation des sites les plus émetteurs représente par ailleurs 30 terrawattheures supplémentaires de besoin en électricité pour électrifier les procédés, produire de l'hydrogène et capter le CO2. 10 terrawattheures additionnels de biomasse devront aussi être mobilisés. Dans le détail, les solutions des industriels pour parvenir ont réservé des surprises. A côté de l’électrification des procédés, la capture et la séquestration du CO2 représentent une partie plus importante de l’effort d’ici 2030 que ce que le gouvernement anticipait. Arrivent ensuite le retour à la biomasse et l’hydrogène, qui devrait jouer un rôle dans les stratégies de décarbonation qu’au-delà de 2030.

Lors du Conseil national de l’Industrie, Elisabeth Borne devrait d’ailleurs lancer une consultation autour de la stratégie française sur la capture de carbone et son stockage. «Nous sommes à la page 1 de notre stratégie sur la capture de carbone», reconnaissait le ministre de l’industrie Roland Lescure début avril. Jusqu’à présent, la France a pris du retard sur cette solution, alors que dans certains secteurs, comme le ciment, ces technologies apparaissent comme la seule option pour baisser les émissions. Mais il faudra probablement construire des infrastructures pour transporter le carbone capté dans les fumées industrielles et le stocker dans des poches souterraines. La Norvège développe déjà le site de stockage Northern lights. Des régions françaises pourraient accueillir des sites de stockage géologique du carbone, mais il faudra probablement aussi construire des pipelines pour transporter le carbone, mais aussi affiner le modèle économique.

Un milliard d'euros d'appels à projet lancés

Reste que sans subvention de l’Etat, ces investissements auront beaucoup de mal à se faire. Selon Bercy, un tiers environ des investissements pour la décarbonation ne pourront pas être rentabilisés et nécessitent donc un fort soutien. Fin 2022, Emmanuel Macron a promis de monter à 10 milliards d’euros l’enveloppe disponible pour soutenir les efforts des grands sites industriels. Elisabeth Borne va annoncer le lancement opérationnel d’un milliard d’euros d’appels à projet, sur les 5,6 milliards d’euros prévus dans France 2030 en faveur de la décarbonation. Une partie va concerner les grands sites émetteurs. D’autres dispositifs vont soutenir la réduction des émissions de sites plus petits et le développement de la chaleur biomasse.

En parallèle, le gouvernement travaille toujours à la mise en place de contrats pour différence carbone. Le dispositif doit limiter les risques des investissements réalisés pour la décarbonation par rapport à l’achat de quotas d’émission de CO2 sur le marché européen du carbone. Il devrait faciliter les projets des industriels qui mobilisent les technologies les moins matures, comme la capture de carbone ou l’hydrogène. Le gouvernement vise une finalisation du dispositif à la fin de l’année, avant de le notifier à la Commission européenne. L’Allemagne de son côté vient de lancer son premier appel à projet pour des contrats pour différence carbone. Elle y a réservé une enveloppe de 50 milliards d’euros.

Newsletter La Quotidienne
Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.
Ils recrutent des talents
Les webinars
Les services L'Usine Nouvelle
Détectez vos opportunités d’affaires
Trouvez des produits et des fournisseurs