Airbus et Dassault Aviation ont enfin trouvé un accord concernant le programme Scaf (système de combat aérien du futur). L’information, révélée par La Tribune et l’agence de presse Reuters le 2 avril, a été confirmée à L'Usine Nouvelle par le ministère français des Armées : "les Etats ont reçu une offre des industriels concernés pour la réalisation d’un démonstrateur d’un nouvel avion de combat, dans le cadre du projet de système de combat aérien du futur".
Pour rappel, ce programme financé à parts égales par Berlin, Paris et Madrid a pour but de remplacer les Rafale français et les Eurofighter allemands et espagnols à l’horizon 2040. Le ministère précise encore que les négociations se poursuivent entre les industriels et les Etats sur l’ensemble du projet SCAF, au-delà du démonstrateur.
La pression du calendrier électoral
Ce premier accord marque toutefois un grand soulagement pour toutes les parties prenantes, étatiques comme industrielles. Avec l’approche des élections législatives en Allemagne cette année et de l'élection présidentielle en France l’an prochain, le risque était important qu’un tel programme d’armement soit stoppé durablement. Le Scaf peut de nouveau aller de l’avant. Le parlement allemand, le Bundestag, aura à s’exprimer dans les semaines qui viennent sur le financement d’une étape clé du programme, le vol d’un premier démonstrateur d’ici à 2027.
Si le contenu de l’accord n’est pas connu, Dassault Aviation et Airbus Defence & Space ont dû faire des concessions significatives tant les positions paraissaient difficilement conciliables. Le premier évoquait même la possibilité d'un plan B, quand le second s'y refusait catégoriquement. A l’occasion de leurs auditions devant les sénateurs français en mars dernier, Eric Trappier et Dirk Hoke, dirigeants respectifs des deux entreprises, avaient publiquement fait part de leur divergence concernant l’un des principaux volets de ce programme, celui de la conception de l’avion lui-même.
Dassault Aviation estimait que les conditions n’étaient pas réunies pour assurer pleinement sa responsabilité de maître d’œuvre au vu du partage des tâches souhaité par Airbus. Avec, en point d’orgue, la répartition des lots stratégiques comme les commandes de vol électriques, le système de mission, la furtivité, les essais en vol…
Pression des ministres de la Défense
Pour réconcilier les deux points de vue, la France - qui s’est vu attribuer le leadership du programme Scaf - et l’Allemagne sont directement intervenues par l’intermédiaire de leurs ministres de la Défense, respectivement Florence Parly et Annegret Kramp-Karrenbauer. Il s’agissait de faire respecter des règles du jeu claires en matière de coopération. "Nous avons demandé aux industriels de poursuivre leurs discussions pour aboutir à un accord concernant le démonstrateur de l’avion, avait précisé la ministre française devant les sénateurs le 17 mars. C’est une phase essentielle qui doit absolument tenir compte des grands principes que nous avions actés en 2017, c’est-à-dire l’identification de responsables pour chaque chantier du programme ainsi que le principe du meilleur athlète." Les deux ministres semblent avoir été entendues.
La raison a également prévalu. "Un échec ne profiterait qu’à nos compétiteurs économiques et à nos adversaires stratégiques", avait averti pour sa part Christian Cambon, président de la Commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées du Sénat après l’audition des deux industriels.



