Déjà accusé en mars de « complicité de crimes de guerre » par l'ancien candidat à l'élection présidentielle Yannick Jadot pour avoir refusé de se désengager complètement de Russie malgré l'invasion de l'Ukraine, TotalEnergies se retrouve à nouveau sous le feu des critiques. Selon une enquête du journal Le Monde et de l'ONG Global Witness, le champ gazier russe de Termokarstovoïe exploité par Terneftegaz, une entreprise codétenue par le groupe français à 49% et son partenaire russe Novatek (51%), aurait fourni du condensat de gaz à une raffinerie proche d'Omsk afin qu'il soit transformé en carburant.
Après avoir démenti, tout comme Novatek, cette information, TotalEnergies a annoncé le 26 août la cession de ses parts dans Terneftegaz à Novatek, "dans des conditions économiques permettant à TotalEnergies de recouvrer les montants investis dans ce champ qui lui restent dûs." L'accord de cession date, selon le groupe français, du 18 juillet et la cession aurait été validée par les autorités russes le 25 août, saisies le 8 août. La finalisation de la cession est attendue en septembre.
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Novatek nie l'intégration de ses condensats dans ce carburant
En s'appuyant sur les données de la base Refinitiv, qui permet de retracer la chaîne d'approvisionnement grâce à des images satellite, GlobalWitness affirme que cette raffinerie située près de Omsk aurait expédié 40 000 tonnes de kérosène aux bases russes de chasseurs-bombardiers Sukhoi à Morozovsk et Voronezh, situées près de la frontière ukrainienne. L'ONG ajoute que ces deux bases, dont les escadrons auraient participé au bombardement de la ville de Marioupol, n'avaient pas reçu de carburant en provenance d'Omsk depuis 2017.
De son côté, la supermajor pétrolière « réfute catégoriquement » ces accusations et déplore un « nombre important d’erreurs, de raccourcis, d’imprécisions, de spéculations et de contre-vérités ». Dans un communiqué publié le 26 août avant l'annonce de la cession, TotalEnergies avait tenu à rapporter les précisions que lui a fournies Novatek concernant le devenir des condensats de gaz produit par le champ de Termokarstovoïe. L'entreprise russe, toujours détenue à 19,4% par le groupe français, assure que ces derniers sont en totalité traités à la raffinerie de Purovsky et livrés au complexe industriel de Ust-Luga, qui fabrique selon elle « une série de produits dont du kérosène exclusivement exporté hors de Russie ». Selon le groupe, "ce jet fuel n'a pas les certificats nécessaires pour être vendu sur le marché russe".

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TotalEnergies, qui affirme ne pas participer aux décisions de valorisation des condensats de gaz par Novatek, a indiqué se réserver « le droit d'engager toute action judiciaire appropriée pour assurer la protection de ses intérêts et de sa réputation ». Interrogé sur cette affaire, le ministre délégué aux Transports Clément Beaune a quant à lui appelé à « faire la lumière » sur ces accusations, évoquant un sujet « extrêmement sérieux », sans pour autant « croire a priori tel ou tel ».
TotalEnergies a encore de nombreuses activités en Russie
Après le début de la guerre en Ukraine, le groupe pétrolier a annoncé qu'il n'investirait plus de capitaux dans de nouveaux projets en Russie et qu'il n'achèterait plus de pétrole et de diesel russes d'ici à fin 2022, mais y maintient encore des activités importantes. Il est notamment présent dans le pays à travers sa participation de 20% dans le champ gazier Yamal LNG (détenu à 50,1% par Novatek), qui a produit plus de 18 millions de tonnes de GNL en 2020. Il bénéficie également d'une participation de 10% dans Arctic LNG 2, un projet de GNL destiné à alimenter les marchés asiatiques dès 2023 et estimé à 21,3 milliards d'euros. Le groupe avait en revanche annoncé le 6 juillet, et finalisé le 3 août, la cession de sa participation de 20% dans le projet pétrolier Kharyaga à Zarubezhneft. Fin 2021, la Russie représentait ainsi 10% de ses capitaux employés, soit 13,7 milliards de dollars, 17% de sa production d'hydrocarbures et même 30% de sa production annuelle de gaz naturel.



