C'était une position compliquée à tenir. Plusieurs mois après l'invasion de l'Ukraine par la Russie, TotalEnergies consent pour la première fois à réduire concrètement l'étendue de son activité en Russie. La multinationale française annonce mercredi 6 juillet se retirer du projet pétrolier Kharyaga. L'énergéticien va céder sa participation de 20% à l'entreprise publique russe Zarubezhneft, révèle l'agence de presse Reuters, à qui un porte-parole de l'entreprise à déclaré que «cette transaction est soumise à l'approbation des autorités russes».
La coentreprise Kharyaga est opérée par la société pétrolière contrôlée par l'État russe Zarubezhneft, qui exploite deux champs pétroliers dans la région du Nenets. Selon deux sources actives dans le secteur du trading pétrolier russe citées par Reuters, contrairement à son habitude, en juin, TotalEnergies n'a pas agi en tant que vendeur pour le volume de 100 000 tonnes de pétrole issu de Kharyaga qui lui est réservé mensuellement. Ce serait Zarubezhneft qui l'aurait fait à sa place.
Le norvégien Equinor est déjà sorti du projet Kharyaga
Il s'agit du premier désinvestissement majeur de TotalEnergies en Russie suite aux sanctions occidentales décidées en représailles de la guerre en Ukraine. TotalEnergies participait au projet pétrolier Kharyaga depuis plus de vingt ans, aux côtés de la société norvégienne Equinor, qui a annoncé le 25 mai avoir transféré ses participations dans quatre coentreprises russes à Rosneft et ainsi être libérée de tous ses engagements et obligations futurs. L'entreprise a précisé qu'un accord de sortie du projet Kharyaga a été signé.
Contrairement à BP, Shell et Equinor, TotalEnergies ne s'est pas précipité pour couper ses liens avec la Russie. Aux premiers jours de l'invasion russe, le groupe français a d'abord annoncé le 1er mars ne pas vouloir se désengager de ses actifs, déclarant simplement qu'il «n’apportera[it] plus de capital à de nouveaux projets» dans le pays. Quelques jours plus tard, le 22 mars, «face à l’aggravation du conflit», TotalEnergies a revu sa copie. Le groupe a décidé de mettre fin à l’achat de pétrole et de produits pétroliers en provenance de Russie et promis d'«engager la suspension progressive de ses activités en Russie, en veillant à la sécurité de son personnel». Puis le groupe a annoncé le 27 avril passer à son bilan une provision de 4,1 milliards de dollars, liée principalement aux risques pesant sur son projet de gaz naturel liquéfié (GNL) Arctic LNG 2. TotalEnergies dispose toujours à l'heure actuelle de parts dans d'importants projets russes. L'entreprise détient 19,4% du gazier russe Novatek, 20% de la société de projet Yamal LNG (déjà en production), 10% du projet LNG 2 (en construction) et 49% de TerNefteGaz.
avec Reuters (Reportage Reuters, Silvia Aloisi, version française Laetitia Volga, édité par Jean-Stéphane Brosse)



