Deux semaines après son adoption par le Congrès américain, le plan d’aide au secteur des semi-conducteurs baptisé « Chips and science act for 2022 » a déjà été approuvé par le président Joe Biden le 9 août. Cette enveloppe de 52,7 milliards de dollars (51,5 milliards d’euros) de subventions vise principalement à rapatrier la fabrication de puces sur le sol américain et à doper les efforts de R&D du secteur. Cela, dans une optique de souveraineté industrielle et de baisse de l’inflation.
Cette signature, sur la pelouse de la Maison blanche, porte déjà ses fruits, la présidence des Etats-Unis annonçant dans le même temps deux initiatives. Un investissement de 40 milliards de dollars mené par Micron pour créer une usine de puces mémoire ; un partenariat entre Qualcomm et GlobalFoundries, qui comprend 4,2 milliards de dollars pour rapatrier une partie de la production du premier dans l’usine de l’Etat de New-York du second.
"Pas un chèque en blanc"
Sur les 52 milliards de dollars du plan, 39 sont destinés à inciter les industriels à produire aux Etats-Unis. Une part de cette somme – 2 milliards de dollars – est directement fléchée pour rapatrier la fabrication de puces spécifiques à la défense et l’automobile, dont les difficultés d’approvisionnement ont ralenti la production et fait grimper les prix. A cela s’ajoutent plus de 13 milliards de dollars de subvention à la R&D et au développement de la main-d’œuvre.
« Cette loi ne donne pas de chèque en blanc aux entreprises, a prévenu Joe Biden lors de la signature. Elle a des garde-fous qui vont protéger l’argent du contribuable et les intérêts des travailleurs américains, des petites entreprises et de leurs communautés. » Parmi ces protections, précise la Maison blanche, l’impossibilité d’utiliser ces subventions pour construire des sites à l'étranger, notamment en Chine, pour racheter des actions ou pour verser des dividendes. Aussi, la garantie que les usines emploient des travailleurs syndiqués.
« C’est exactement ce dont nous devons faire pour faire croître notre économie, a précisé Joe Biden dans un communiqué. En fabriquant davantage de semi-conducteurs aux Etats-Unis, cette loi va faire augmenter notre production domestique et baisser les coûts pour les familles. Et elle va renforcer notre sécurité nationale en nous rendant moins dépendants de sources de semi-conducteurs étrangers. »
De nombreux projets en cours
Les deux annonces faites dans la foulée montrent l’intérêt industriel pour ce plan. L’investissement de Micron, de 40 milliards de dollars, devrait selon l’entreprise entraîner la création de 40 000 emplois et faire monter les Etats-Unis de 2 à 10% de parts de marché sur les puces mémoires. Le partenariat entre Qualcomm et GlobalFoundries, lui, s’intègre dans la démarche du concepteur de puce d’augmenter de 50% sa production sur le territoire d’ici cinq ans.
La signature devrait aussi relancer le projet de méga-usine qu’Intel, le champion national, avait mis en veille… à cause du retard pris dans l’adoption de la loi par le Congrès. Lancé en janvier 2022, ce projet de 100 milliards de dollars vise à créer, dans l’Ohio, huit unités de fabrication pour en faire le plus grand hub de semi-conducteurs des Etats-Unis. Dans un communiqué émis le jour même, le PDG de l’entreprise Pat Gelsinger s’est dit « enchanté » de la signature et a assuré que « Intel est engagé à restaurer un leadership, une innovation et une fabrication de bout-en-bout ici aux USA ». Le patron a aussi assuré « avoir hâte de travailler avec le ministère du Commerce sur la mise en place de cette initiative importante »…
Des signaux positifs, qui s’ajoutent à la création d’une usine TSMC, pour 12 milliards de dollars, lancée en juin 2021 ; à l’annonce, fin 2021, d’un projet de nouvelle usine Samsung au Texas, pour 17 milliards de dollars. Et au projet d’investissement de 30 milliards de dollars révélé par Texas Instruments en novembre 2021 pour ouvrir quatre usines de semi-conducteurs avant 2025. De quoi relancer la dynamique d’un pays qui, selon son président, fabriquait 40% des semi-conducteurs du monde… Et en produit désormais moins de 10%.



