L’usine alsacienne de Constellium située à Neuf-Brisach (Haut-Rhin) investit 150 millions d’euros pour accroître sa capacité de recyclage. L’annonce a été faite lundi 20 juin aux 1420 collaborateurs du site. « Le feu vert a été donné. Les dernières démarches réglementaires ont été validées », indique Vital Beauvois, key account manager beverage, food and personal care chez Constellium. Les travaux débuteront en septembre 2022. Le site, qui produit 450 000 tonnes de bobines d'aluminium, est déjà le second plus grand centre de recyclage d’Europe. Plus de 150 000 tonnes de chutes de production y sont fondues pour devenir des plaques qui seront laminées jusqu’à 200 microns et transformées en bobine. A partir de 2024, ce sera le double.
Plus de fours et de matière à recycler
Pour y parvenir, le site alsacien qui s’étend sur 78 hectares, dont 20 hectares couverts, mettra en service de nouveaux fours. 1,5 hectare sera dédié à cette activité complémentaire qui intègre une zone de stockage et de préparation des déchets (les scrap). Les fours, dont le nombre n’est pas communiqué par l’entreprise, complèteront les cinq déjà en service (un électrique, quatre au gaz). « Cela va influer sur la quantité de matière recyclée qu’on met à l’intérieur de notre métal », indique Vital Beauvois. L’aluminium laminé par l’usine adresse aux trois quart le marché de l’emballage, essentiellement les fabricants de canettes. « Nous approvisionnons environ 30% du marché européen ». Le solde est utilisé par l’industrie automobile, dans la carrosserie ou pour fabriquer des échangeurs thermiques.
Jusqu’à 90% d’aluminium recyclé dans les canettes
Actuellement, le taux de recyclé dans les canettes produites à partir des bobines de Neuf-Brisach avoisine les 50%. Après l’investissement, Vital Beauvois prévoit d’atteindre 80 à 90%. La matière provient, pour l’instant, de trois principaux gisements. Le premier est celui de l’usine. Le site alsacien réintègre les chutes de production de ses 600 000 tonnes de plaques qu’il reçoit par an. Le second gisement réside dans les « scrap » (chutes de production) de ses clients. Constellium rachète environ 20% des déchets issus des process des fabrications de canettes. Le dernier tiers provient des « Used beverage can » (UBC), les canettes usagées. Environ trois milliards de ces emballages en balle compacte sont recyclés par l’usine alsacienne.
Le tri sélectif français « trop sale »
Sur les trois milliards de canettes traitées par Neuf Brisach, une très faible quantité provient de la collecte post-consommation française, indique Vital Beauvois. « Nous nous approvisionnons majoritairement à partir de pays où la consigne a été mise en place, explique le responsable commercial. Dans de nombreux cas, les UBC issues des centre de tri français ne sont pas assez propres pour être traitées chez nous. Il reste parfois des morceaux de carton, de plastique… ». La donne devrait toutefois changer avec les nouveaux fours. « Notre investissement nous permettra d’aller sur des canettes beaucoup moins propres ». De quoi confirmer le message que la canette se recycle à l’infini... même sale.
95 % d’énergie en moins pour une bobine 100% recyclée
Une façon aussi pour Constellium d’améliorer son empreinte carbone. Fabriquer un produit avec de l’aluminium recyclé économise 95 % d’énergie par rapport à son équivalent vierge issu du minerai. Alors que le groupe vise une réduction de ses gaz à effet de serre (scopes 1 et 2) de 25% en 2025 par rapport à 2015, toutes les initiatives sont bonnes à prendre. Le site de Neuf Brisach prévoit aussi d’ajuster ses achats de plaques. Selon leur provenance et l’énergie utilisée pour les produire, la quantité de CO2 n’est en effet pas la même si elle provient de France, de Norvège ou de Chine.
Le Groupe Constellium emploie plus de 12 000 collaborateurs à travers le monde sur 27 sites de production et trois centres de R&D en Amérique du Nord, Europe et en Asie. En 2021, le groupe a réalisé un chiffre d’affaires de 6,2 milliards d’euros.



