Aluminium Dunkerque inaugure son premier four d'aluminium recyclé, pour 12 millions d’euros

Aluminium Dunkerque (Nord) a inauguré jeudi 15 mai un four de fonderie à 12 millions d’euros. L’outil doit permettre au producteur d’aluminium primaire d’augmenter ses capacités de 8%, tout intégrant de l’aluminium recyclé dans certains de ses produits. Le premier consommateur d’électricité de France a profité de l’occasion pour annoncer la signature d’un contrat de 10 ans avec EDF.

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Four recyclage Aluminium Dunkerque
Le nouveau four d'Aluminium Dunkerque produira 20 000 tonnes d'aluminium recyclé par an, en utilisant 7000 tonnes de métal en fin de vie.

C’est le début d’un long plan de décarbonation pour Aluminium Dunkerque. Le premier producteur d’aluminium primaire de France, basé à Loon Plages dans le Nord, a inauguré, jeudi 15 mai, son premier four de fonderie dédié à l’aluminium recyclé. L’investissement atteint 12 millions d’euros et crée une dizaine d’emplois sur le site, où travaillent déjà 720 salariés et 250 sous-traitants.

La large carcasse d’acier, de 10 mètres de large et 4 mètres de haut, peut contenir 65 tonnes de métal fondu. De quoi lui permettre de produire 20000 tonnes de lingots d’alliage d’aluminium par an. Le métallurgiste a annoncé en même temps la signature prochaine d'un contrat de fourniture d'électricité de 10 ans avec EDF [voir encadré].

Intégrer de l’aluminium recyclé

«A l’échelle mondiale, la demande d’aluminium est en forte croissance. L’Ademe et RTE estiment qu’elle augmentera de 50% d’ici 2050, et nos clients attendent en plus un aluminium bas-carbone, circulaire et produit en Europe», débute Guillaume de Goÿs, le PDG du site. D’où ce projet, qui permet à Aluminium Dunkerque, propriété de l’américain AIP depuis 2021, d'augmenter ses capacités d'environ 8% tout en proposant des produits contenant une part d’aluminium recyclé. «Ils ne seront pas vendus plus cher», précise le PDG.

Les fours de fonderie interviennent en aval de l’électrolyse de l’aluminium, pour allier l’aluminium en fusion avant de produire des plaques ou des lingots. Le nouveau four – le huitième de l'usine – est le seul dédié au recyclage. Il consommera 7000 tonnes d’aluminium recyclé en fin de vie et 13000 de chutes et déchets internes chaque année. Relié à une lingotière, qui existait déjà, il produira des lingots d’alliages, qui contiendront notamment du silicium pour répondre aux besoins des fonderies automobiles ou du bâtiment. Aluminium Dunkerque chiffre qu’il produira l’équivalent de 19% des importations françaises de lingots d’alliage d’aluminium.

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Le four ne recyclera pas directement des déchets d’aluminium – ce qui nécessite beaucoup d’analyse, et des systèmes de traitements des fumées et du métal – mais se fournira en «saw» (de larges galettes d’aluminium) produit par des affineurs et dont la composition est connue, explique Hélène Debou, chargée du projet recyclage chez Aluminium Dunkerque. «Nos clients nous demandent des alliages primaires de bonne qualité, avec des taux de fer très bas : ce four nous permet d’en produire en intégrant du contenu recyclé», explique Guillaume de Goÿs.

Technologie d'oxycombustion

Interrogé sur ses approvisionnements dans un contexte de compétition exacerbée pour l’aluminium en fin de vie, le PDG rappelle que de l’ordre de 500 000 tonnes de déchets d’aluminium sont envoyés hors de France chaque année. «Nous sommes raisonnablement confiants», explique-t-il tout en rappelant que la filière demande une réglementation pour limiter ces exportations. Une proposition à laquelle s’opposent vigoureusement les industriels qui récupèrent et trient les métaux, par la voix de Federec.

Pour des raisons économiques et techniques, le nouveau four d’Aluminium Dunkerque fonctionnera au gaz naturel. Mais «nous l’avons optimisé, en installant deux brûleurs pour oxycombustion, dans lesquels l’air est remplacé par de l’oxygène pur», note tout de même Hélène Debou, qui chiffre que cela réduit la consommation de gaz naturel de 30%. Au total, Aluminium Dunkerque estime qu’une tonne de métal recyclé aura une empreinte carbone de 500 à 600 kilos de CO2, contre de l’ordre de 4 tonnes pour le métal primaire (déjà très bien positionné dans le monde, car l’usine bénéficie de la faible intensité carbone du réseau électrique français).

Ce projet n’est qu’une première étape pour la décarbonation de l’usine, dont les dirigeants ont présenté un plan détaillé, baptisé Lowcal, en 2023. Dans les prochaines semaines, l’usine doit installer un premier pilote de capture de CO2 dans les cuves, un projet sur lequel l'industriel travaille avec Fives, Trimet et Rio Tinto. L’objectif affiché est de réduire de 30% son empreinte carbone d’ici à 2030. A cette date, le métallurgiste prévoit d’ajouter 40 000 tonnes de capacités de recyclage d’aluminium sur son site. Ce qui suppose d’installer de nouveaux fours...

Un nouveau type de contrat de long terme pour Aluminium Dunkerque après la fin de l’Arenh

Les négociations entre EDF et les industriels électro-intensifs avancent doucement. Jeudi 15 mai, l’énergéticien a annoncé avoir signé avec le producteur d’aluminium Aluminium Dunkerque un protocole d’accord engageant sur un contrat d’approvisionnement en électricité de 10 ans qui commencerait au 1er janvier 2026. Une signature définitive est ensuite attendue d’ici à fin juillet 2025. En parallèle, EDF annonce avoir désormais douze lettres d’intention, dont deux déjà signées, contre dix en mars dernier pour ses CAPN, des contrats d’un autre type pouvant aller jusqu’à 18 ans. Ces lettres d’intention représentent désormais une consommation annuelle de 15 TWh, un niveau encore loin de celui attendu par l’Etat ces derniers mois. D’autant que la plupart des lettres d’intention doivent encore être définitivement transformées en contrats.

Le nouveau type de contrat sélectionné par Aluminium Dunkerque pourrait permettre à EDF d’ajouter plusieurs TWh à ce total, en plus de s’assurer la demande électrique du plus grand site de consommation électrique en France. De fait, la consommation annuelle d’Aluminium Dunkerque représente environ 4 TWh, soit près de 1% de la consommation électrique française. Même si le contrat du producteur d’aluminium avec EDF ne couvrira pas l’entièreté de sa consommation. Comme les CAPN, il prévoit le versement d’une avance en tête à EDF et un mécanisme de partage des risques. Avec des modalités différentes des CAPN. «Nous avons jugé que le prix est compétitif», commente Guillaume de Goÿs, sans fournir de détails sur les prix ou les arrangements trouvés.

Il a fallu un an et demi de discussions entre EDF et l'industriel pour aboutir à ce protocole d’accord. L’arrivée début mai de Bernard Fontana comme PDG d’EDF pourrait bien avoir accéléré le tempo. Lors de son audition devant les parlementaires fin avril, Bernard Fontana avait indiqué avoir «peut-être un peu plus de sympathie» que l’ex-PDG Luc Rémont envers les électro-intensifs et vouloir chercher «des marges de manœuvre» pour répondre à leurs besoins. Il a aussi expliqué aux Echos se donner l'été pour continuer de négocier des contrats de long terme avec les électro-intensifs, alors qu'une échéance avait jusqu'ici été fixée vers mai. Concernant un autre pilier de sa nouvelle politique commerciale, EDF indique avoir signé près de 10000 contrats d’une durée de quatre ou cinq ans à la mi-mai, contre 6400 début mars. Jonathan Grelier

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