C'est l’un des seuls vrais cas de déconnexion réussie de l'industrie européenne à la Russie. Les acteurs européens ont parvenu à se détourner de leurs approvisionnements russes en aluminium.
Plusieurs raisons peuvent l'expliquer : les sanctions temporaires imposées par Washington sur le géant Rusal (jusqu’à ce que l’oligarque Oleg Deripaska réduise son contrôle sur l’entreprise) ont eu un effet, tout comme l'imposition de droits de douane américains sur les produits contenant de l’aluminium russe et la décision des Bourses de Chicago et de Londres de refuser dans leurs entrepôts les métaux produits en Russie à partir de mi-avril 2024. «Historiquement, la moitié des exportations russes partait vers l’Europe, essentiellement par train de la Sibérie à Saint-Pétersbourg, puis par bateau jusqu’à Rotterdam. L’Europe s’est progressivement désengagée : presque plus personne ne prend d’aluminium russe», relate Antoine Chacun, le directeur exécutif de l’entreprise de négoce Oddo BHF Trading.
Ainsi, les 27 pays de l’Union européenne, qui importaient près de 1,5 million de tonnes d’aluminium russe en 2016, en ont importé 521000 tonnes en 2023 et 237000 sur les huit premiers mois de 2024. «Nous avons eu le temps de nous préparer et de trouver des sources alternatives. Les derniers contrats avec Rusal s’éteignent en ce moment», témoignait, en septembre, Jean-Marc Germain, le directeur général du géant des produits semi-finis en aluminium Constellium, sans préciser le nom de ses nouveaux fournisseurs. De manière générale, «nous importons davantage des pays du Golfe, de l’Indonésie ou de la Malaisie, tandis que l’aluminium russe a été redirigé vers la Chine et l’Inde, mais peut revenir en Europe sous forme de produits finis », observe Antoine Chacun.
Le cas particulier de l’aluminium de haute pureté, indispensable à l’industrie de la défense et sur lequel Rusal était en position de force, serait aussi «réglé, notamment via la pérennisation d’une usine en Nouvelle-Zélande», affirme un connaisseur du secteur. Ironie du sort, les nouvelles routes passent par la mer Rouge et subissent donc les tensions logistiques liées aux attaques des Houthis du Yémen.

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Vous lisez un article de L'Usine Nouvelle 3737 - Décembre 2024



