Décryptage

L’industrie européenne menacée par les taxes de Donald Trump sur l’acier et l’aluminium ?

Comme promis, Donald Trump va instaurer le 12 mars d’importants droits de douane de 25% sur toutes les importations d’acier et d’aluminium aux Etats-Unis. L’industrie européenne ne sera pas la première touchée, mais s’inquiète néanmoins.

Réservé aux abonnés
Aciers électriques sur le site d'ArcelorMittal de Saint-Chély d'Apcher
Les Etats-Unis sont le deuxième plus gros client des sidérurgistes européens.

Comme un air de déjà-vu. A la suite de ses annonces à bord de l’avion présidentiel Air Force One, le président des Etats-Unis Donald Trump a signé lundi 10 février un texte instaurant des surtaxes douanières sur les importations d’acier et d'aluminium. Des mesures similaires avaient déjà été adoptées par Donald Trump lors de son premier mandat. Sauf revirement, les différentes exemptions accordées par Washington à ses pays alliés depuis seront annulés dès le mercredi 12 mars.

L’acier sera ainsi taxé à hauteur de 25% à son arrivée sur le sol américain, comme c'était le cas après 2018. Les surtaxes sur l'aluminium, de 10% en 2018, seront aussi augmentées pour atteindre 25%. Dans un communiqué daté du 11 février, la Maison-Blanche précise ne pas prévoir d'exception et inclure des «produits clés de l'aval» afin de favoriser les métaux «fondus et coulés» sur son sol. Elle pointe le faible taux d'utilisation de ses aciéries et fonderies d'aluminium domestiques (respectivement 75 et 55%).

Bruxelles a déjà fait savoir sa volonté de répliquer. «Des droits de douane injustifiés contre l'Union européenne ne resteront pas sans réponse. Ils entraîneront des contre-mesures fermes et proportionnées», a répondu la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, mardi 11 février. L'Usine Nouvelle a décrypté les trois questions qui se posent pour l'industrie européenne. 

L’industrie européenne est-elle un fournisseur clé des Etats-Unis ?

Globalement, non, l'industrie européenne n'est pas un fournisseur clé des États-Unis. Mais ces derniers sont de tels consommateurs de métaux produits hors de leurs frontières que les conséquences ne seront pas anodines. En 2024, le pays de l’Oncle Sam a importé un peu moins de 15% de son acier, soit de l’ordre de 29 millions de tonnes en 2024 (la plupart sous forme de produits semi-finis) et les trois-quarts de son aluminium (soit 4,8 millions de tonnes importées). Ce sont ses voisins qui seront les premiers touchés.

Selon l'association américaine du fer et de l'acier (AISI), les premiers exportateurs de fer vers les États-Unis sont le Canada (23% des importations américaines en 2024), le Brésil (15%) et le Mexique (12%). Ensemble, les 27 pays de l’Union européenne – Allemagne et Pays-Bas en tête – ont tout de même envoyé 4,2 millions de tonnes d’acier outre-Atlantique, à peine moins que le Brésil. Les États-Unis sont le deuxième client de l'industrie sidérurgique européenne et captent 16% de ses exportations, estime Eurofer.

Du côté de l’aluminium, les États-Unis produisent peu. De nombreuses fonderies ont fermé, certaines très récemment. Les droits de douane décidés par Donald Trump visent principalement le Canada, où les géants Alcoa et Rio Tinto ont de nombreuses usines. Le pays représente à lui seul près des deux tiers des besoins d’aluminium primaire de l’industrie américaine, note l’association américaine de l’aluminium. L’Union européenne, de son côté, est un petit fournisseur avec 230000 tonnes d’aluminium envoyées aux États-Unis en 2023, selon l’Agence américaine pour le commerce international (ITA)

Quels sont les risques pour les usines européennes?

Difficile à dire. Au niveau individuel, les industriels conservent jalousement le secret sur leurs clients. Toutefois, les déclarations de la Maison-Blanche laissent entendre que les taxes seront générales, incluant les produits semi-finis et les diverses nuances échangées. La plupart des producteurs d’acier et d’aluminium devraient donc être affectés, à différents degrés. Ce qui explique les réactions négatives de la plupart des représentants du secteur de ce côté de l’Atlantique. Certains sites, spécialisés dans la production de nuances d’aciers et des produits spéciaux exportés vers les États-Unis peuvent être particulièrement touchés, mais devraient pouvoir répercuter une partie des nouvelles taxes à leurs clients.

Autre sujet d’inquiétude : les droits de douane implémentés par Donald Trump pourraient entraîner, par effet domino, une augmentation des importations de métaux vers l’Europe, qu’il s’agisse d’aluminium canadien ou d’acier du monde entier. «En 2024, les États-Unis ont importé environ 23 millions de tonnes de produits sidérurgiques en provenance de pays tiers autres que l’UE. Ces volumes sont désormais susceptibles d’être massivement détournés vers le marché européen», explique Henrik Adam, le président d’Eurofer dans un communiqué de presse. Alors que les producteurs d’acier européens souffrent déjà face à la surproduction de la Chine, l’organisme qui représente le secteur militait déjà avant les dernières annonces américaines auprès de la Commission européenne (qui travaille sur un plan d'urgence pour protéger la sidérurgie européenne). Il souhaite que l'institution révise les mesures de sauvegarde en application dans le secteur, jugées insuffisantes et qui doivent s’arrêter en juin 2026.

Du côté d'European aluminium, qui représente les industriels du métal léger, le son de cloche est similaire.Soulignant le risque pour les fabricants de produits à haute-valeur ajoutée,l'organisme écrit que la décision «pourrait perturber les flux mondiaux d'aluminium et créer un afflux d'importations d'aluminium vers l'UE». «Je n’y vois pas une menace immédiate : le débouché naturel de l’aluminium canadien reste les États-Unis. Les Américains n’ont pas construit de nouvelles fonderies depuis des décennies. Une bonne partie de l'aluminium canadien continuera à aller aux États-Unis, mais ce sera plus cher pour les clients», modérait de son côté Guillaume de Goÿs, président d’Aluminium Dunkerque, interrogé par L’Usine Nouvelle il y a quelques jours sur les conséquences éventuelles barrières tarifaires.

Quelles leçons peut-on tirer de la dernière fois ?

Donald Trump avait instauré des barrières tarifaires similaires, dites section 232, mi-2018, déjà dans l'optique d'attirer des industriels à domicile. À l’époque, la mesure avait entraîné une baisse des importations, redynamisant du même coup les prix de l’acier produit à domicile et la sidérurgie étasunienne, a établi un rapport de l’ITA. Le fleuron US Steel, par exemple, a profité de l’appel d’air pour se refaire une santé. En revanche, les industries consommatrices d’acier – automobile, équipements, biens de consommation en métal – ont souffert.

Pour ce qui est de l’Europe, l’impact des mesures tarifaires annoncées dépendra aussi… De leur réalité à long terme. En 2018, les pays visés avaient répliqué. L'Union européenne avait notamment ciblé le bourbon ! Petit à petit, divers accords de libre-échange avaient été signés, limitant effectivement l’application de ces taux, d’abord pour le Mexique et le Canada et l’Australie. Pour l’Europe, les exportations vers les États-Unis ont fortement baissé après 2018. En 2021, l’administration Biden a instauré un système de quotas permettant à chaque pays européen d'envoyer une certaine quantité de métaux sans surtaxe. Sans toutefois permettre aux sidérurgistes européens de retrouver leur niveau d'activité d'avant 2018.

Newsletter La Quotidienne
Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.
Les webinars
Les services L'Usine Nouvelle
Détectez vos opportunités d’affaires
78 - Rambouillet
Date de réponse 30/04/2026
Trouvez des produits et des fournisseurs