Le fer et l’acier prennent de plein fouet la vague chinoise

[Matière à penser] La déprime de l’immobilier chinois a des conséquences en cascade sur les usines sidérurgiques et les mines de fer du monde. Face à la baisse des cours, l’industrie sonne l'alarme.

Réservé aux abonnés
Acier US Steel
Les bobines d'acier laminées à chaud (HRC) se négocient près de 600 euros en Europe en août 2024. Des prix qui n'ont pas été aussi bas depuis décembre 2020.

Alerte chez les sidérurgistes. A l’image de l'industrie mondiale, les opérateurs de hauts-fourneaux et de fours électriques souffrent de la morosité de l’économie chinoise, et le spectre de surcapacités qu’elle fait planer sur le monde. Mi-août, Hu Wangming le président du conseil d’administration du plus grand producteur d'acier du monde, le chinois Baowu Steel Group, a fait un résumé remarqué de la situation : du point de vue de la demande, le secteur entre dans un «rude hiver», «plus long, plus froid et plus difficile à supporter que ce que nous avions prévu», rapporte Bloomberg. Il y a de quoi s’inquiéter : la production d’acier chinois représente plus de la moitié du marché mondial et la baisse de la demande domestique entraîne, mécaniquement, une hausse des exportations qui pousse les cours mondiaux à la baisse.

Des prix au plus bas depuis 2020

Les aciéristes, qui ont engrangé de l’argent lors du boom des matières premières entraîné par la pandémie de covid-19 en 2021 et 2022, voient désormais les cours vaciller et leurs marges s’effondrer. La tonne de bobines d’acier laminé à chaud (ou HRC, une commodité très suivie par les consommateurs d'acier plat) s’échange à 614 euros en Allemagne et à 402 euros en Chine en août 2024, chiffre le cabinet CRU International. Une baisse de 15 et 20% par rapport au début de l’année.

«Le secteur de la construction en Chine est en grande difficulté, cela entraîne une surproduction. Un grand nombre d’aciéries chinoises ont des marges négatives et sont saignées à blanc depuis deux ans», décrit Erik Hedborg, directeur chargé des matières premières pour l’acier au sein du cabinet CRU. 

«Conditions insoutenables» pour ArcelorMittal

Les conséquences se font sentir partout dans le monde, au détriment des aciéristes et au bonheur des acheteurs. «Les ventes d'acier chinois sont importantes vers l’Asie du sud-est, du nord-est et du Moyen-Orient », détaille Erik Hedborg. Au sud du Chili, la grande aciérie de Talcahuano a par exemple annoncé en août sa fermeture dès septembre, citant la concurrence de l’acier chinois. En Europe ou aux Etats-Unis des mesures douanières protègent un peu la production domestique, mais l’inquiétude reste présente.

Vos indices
Indices & cotations
Tous les indices
prix acier HRC CRU / Usine Nouvelle
prix acier HRC prix acier HRC

En Europe, l'acier est en baisse depuis le début de l'année et s'éloigne des années folles de 2021-2022 (données CRU International)

«Les conditions actuelles de marché sont insoutenables. Tant en Europe qu’aux Etats-Unis, les prix de l’acier sont en dessous du coût marginal», a alerté le géant ArcelorMittal, qui reste le premier producteur européen, lors de la présentation de ses résultats semestriels cet été, tout en affichant 500 millions d’euros de profits au deuxième trimestre 2024. Le géant allemand Thyssenkrupp (dont le milliardaire tchèque Daniel Kretinsky a acheté 20% des activités acier en avril) a aussi insisté sur la «faiblesse» de la demande d’acier, et envisage de vendre HKM, une aciérie de la Rhur allemande qu’il possède à 50% aux côtés de Salzgitter et Vallourec.

Autrement dit, la situation est compliquée. Cela peut s'intérpreter comme un «retour à la normale» pour l'industrie de l'acier, habituée à des marges très faibles, modère Erik Hedborg. L'arrêt de capacités en Chine, qui débute après une longue réticence des sidérurgistes chinois à stopper leurs fours, devrait limiter la débacle. Dans son rapport trimestriel, ArcelorMittal estime aussi que les faibles stocks d’acier en Europe et la relance de l’activité industrielle (espérée avec la baisse des taux d’intérêts) pourraient soutenir le marché du métal ferreux sur le Vieux continent.

Le fer aussi touché

Le minerai de fer, l’un des deux ingrédients majeurs de l’acier avec le charbon sidérurgique, est lui aussi touché par le coup de froid. Après des années fastes, et un pic à 215 dollars la tonne mi-2021, il se négocie un peu sous la barre des 100 dollars la tonne en août... en chute de 25% depuis janvier ! Les aciéristes chinois, qui engloutissent les trois quarts des exportations de minerai de fer, sont encore en cause. «Ils ont refait des stocks depuis la fin de 2023, et commencent à réduire la production et à puiser dedans», explique Erik Hedbord. A cela s'ajoute la construction de nouvelles mines, qui arrivent sur le marché, et le redémarrage progressif de certaines mines de Vale au Brésil, dont l'activité avait été arrêtée suite à la rupture catastrophique d'un barrage minier en 2019.

La situation affecte les comptes des géants du secteurs, comme BHP et Rio Tinto en Australie, sans les mettre dans le rouge. Si les deux géants investissent désormais sur le cuivre – ce dont témoigne le rachat à 3,2 milliards d'euros de l'entreprise Filo par BHP et Lundin Mining en juillet – le minerai fer reste le coeur de leur activité et conserve des marges confortables bien supérieures à 50%, apportant chaque trimestre plusieurs milliards de dollars de bénéfices.

Newsletter La Quotidienne
Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.
Les webinars
Les services L'Usine Nouvelle
Détectez vos opportunités d’affaires
78 - Rambouillet
Date de réponse 30/04/2026
Trouvez des produits et des fournisseurs