A l’Inserm, la perspective d’un vaccin français inédit et robuste contre le Covid-19

Des chercheurs de l’Institut de recherche vaccinale de l’Inserm, en collaboration avec les universités Paris-Est Créteil et Paris-Saclay, ainsi que le CEA, développent un vaccin de deuxième génération utilisant un anticorps monoclonal pour lutter contre le Covid-19. En pré-clinique, les résultats laissent présager une efficacité robuste et une immunité longue. Des essais cliniques pourraient démarrer d’ici fin 2022.

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Vaccin
L'équipe française de chercheurs coordonnée par l'Institut de recherche vaccinale de l'Inserm développe un vaccin utilisant un anticorps monoclonal qui pourrait être plus robuste et conférer une durée d'immunisation plus longue que les vaccins actuels contre le Covid-19.

C’est une nouvelle piste prometteuse d’un vaccin contre le Covid-19. Le 1er septembre, une équipe composée de chercheurs de l’Institut de recherche vaccinale de l’Inserm (VRI), du CEA et des universités Paris-Est Créteil et Paris-Saclay a publié un article d’envergure dans la revue Nature Communications sur leur projet inédit. Basé sur une technologie à anticorps monoclonal, ce vaccin de deuxième génération stimule des cellules clés du système immunitaire. Efficace en développement pré-clinique, le vaccin préfigure une vraie robustesse et une durée d’immunité plus longue, avec la perspective d’une efficacité contre les variants actuels et futurs. Le démarrage des essais cliniques sur l’homme est envisagé à partir de fin 2022.

Cellules tueuses

Là où les vaccins actuels se montrent efficaces mais où se pose la question de la durée d’immunisation qu'ils permettent, avec des doses de rappel qui semblent inéluctables, ce projet français vise à élargir la réponse immunitaire et à allonger la durée d’immunisation. Le pari entrepris par l’équipe française de recherche est de cibler les cellules dendritiques, que le professeur Yves Lévy, directeur du VRI et coordinateur du projet, qualifie de "chefs d’orchestre du système immunitaire. Ces cellules scannent l’organisme en continu. Dès qu’elles détectent un microbe, elles le captent, le décortiquent et le présentent aux deux bras armés du système immunitaire : les anticorps, qui bloquent les infections, ainsi que les cellules tueuses : les lymphocytes T". Ces cellules tueuses vont plus loin, en étant capables de détruire les cellules produisant du virus dans un organisme infecté. Ce vaccin permet donc non seulement d’induire une réponse des anticorps, comme les vaccins actuels, mais ajoute aussi une réponse immunitaire cellulaire. Avec un autre avantage : "ces lymphocytes disposent d’une mémoire à long terme, on parle parfois de dizaines d’années", souligne Yves Lévy.

Le recours à un anticorps monoclonal

Lors du développement pré-clinique, l’équipe a mené des tests sur des singes infectés en mars et avril 2020 et a comparé deux populations : les singes convalescents, dotés donc d’une immunité naturelle, et des singes vaccinés. Lors d’une ré-exposition au virus, la première population a été ré-infectée et a présenté des maladies pulmonaires atténuées. Par contre, les singes vaccinés ont vu leur taux d’anticorps fortement augmenter, n’ont pas répliqué le virus et n’ont pas déclaré de maladie. Ce qui diminue les effets et réduit considérablement le risque d’infecter l’entourage.

Pour ce vaccin, le projet est parti sur une technologie utilisant un anticorps monoclonal. Une arme particulièrement efficace dans les traitements pharmaceutiques, qui a notamment changé la donne dans le domaine de l’oncologie, mais qui est encore peu utilisée dans les vaccins. Grâce à 10 ans de travaux dans ce domaine vaccinal avec cette technologie, le VRI avait déjà avancé sur cet axe avec un projet de vaccin préventif contre le VIH, qui est aujourd’hui en essai clinique de phase I. Techniquement, l’anticorps monoclonal est fusionné à une protéine du virus, avec pour mission de stimuler les cellules dendritiques qui iront à leur tour mobiliser les anticorps et les cellules tueuses.

Un vaccin adaptable aux variants

Actuellement, les vaccins ARNm sur le marché ciblent la fameuse protéine Spike du SARS-CoV-2. "Dans l’urgence, ces vaccins se sont concentrés sur cette région du virus, permettant de générer des anticorps qui bloquent l’infection, diminuent la charge virale et le risque de maladie grave", explique Yves Lévy. "Nous sommes dans ce projet sur un vaccin de deuxième génération, en associant à notre anticorps monoclonal un certain nombre de fragments du virus". Et en particulier des protéines moins sujettes à mutation que la Spike. L’avantage est que le projet permet d’adapter, et ainsi de mieux cibler les différences liées aux variants.

Dans le modèle pré-clinique validé, le vaccin a déjà été testé avec succès face aux variants alpha et bêta. Actuellement, dans l’optique de l’essai clinique prévu à partir de fin 2022, l’équipe française a mis en production, chez des partenaires industriels, un français et un européen, deux lots cliniques. Le premier est identique au modèle utilisé en pré-clinique. Le second est adapté aux variants gamma et delta. Pour le moment, dans le cadre du développement, Yves Lévy évoque des temps de production de 12 à 14 mois, mais estime qu’en cas de développement futur et de passage à l’échelle industrielle, ce délai pourrait être réduit autour de 3 à 6 mois.

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